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Une vie de chien : les « i », millésime exceptionnel

Si de nos jours la Vènerie incite davantage à mettre en avant et laisser s’exprimer la jeunesse, notre expérience est en tout état de cause bien moins riche que celle de nos aînés. Ma petite carrière de jeune veneur m’a tout de même permis – et me permet encore – de croiser la route de merveilleux compagnons de chasse.

L’un d’eux se nomme Interprète. Ce chien, impressionnant par sa taille et son ossature, n’est en réalité qu’un grand chiot joueur et débordant de gaîté. La discipline favorite d’Interprète était celle tant admirée des veneurs de sanglier : le rapproché. Il y a quelques années de cela, la forêt de Châtillon était loin d’être aussi giboyeuse que de nos jours. Avant de pouvoir prendre ou même chasser, fallait-il encore lancer…

 Interprète avait toutes les qualités d’un grand rapprocheur à mes yeux. Il était évidemment fin de nez mais pas trop, évitant ainsi ces rapprochés interminables, qui ne nous laissent que trop peu de temps pour défier la robustesse des bêtes noires de Châtillon. Profondément gorgé, il était extrêmement explicite et matérialisait tout son cheminement de coups de gueule réguliers, nous faisant ainsi comprendre une multitude de détails sur les nuitées des sangliers. S’il était à l’époque inconcevable de lancer un sanglier autrement qu’avec une poignée de rapprocheurs, certains vautraits optent désormais pour un départ de meute à mort. C’est également notre manière de procéder, ce qui demande aux chiens beaucoup de sang-froid. Interprète avait cette grande qualité d’être imperturbable, peu importe ce qu’il se passait autour de lui, il maintenait avec conviction et minutie.

Mon meilleur souvenir d’un laisser-courre avec Interprète restera celui du 14 mars 2020, veille du premier confinement et par conséquent dernière chasse de la saison. L’un de nos Valets de limier avait connaissance d’un sanglier. Arrivé aux branches, Interprète en reconnait timidement, ce qui laisse présumer une voie haute. Toutefois il travaille méticuleusement, sous le regard discipliné des 33 autres chiens. La tâche va pourtant se compliquer avec la présence de nuitées bien plus récentes d’une compagnie, que les autres chiens commencent à percevoir. Malgré cela, Interprète maintient son animal et continue à décortiquer les indices, tandis que nous contenons le reste de la meute et ses chants de sirène. Après une bonne heure de rapproché, la meute au grand complet finit par lancer ce sanglier, baugé à une centaine de mètres de la compagnie. Si Interprète n’a guère participé au 4 heures 50 de chasse qui ont suivies, sa prestation restera pour le moins mémorable.

Il va sans dire qu’Interprète fut le sujet de nombreuses saillies, donnant naissance à plusieurs chiots, parmi lesquels Neptune. Neptune est aujourd’hui l’un de nos meilleurs chiens et excelle quant à lui dans le change.

Les vraies légendes ont toutes en commun de se retirer ou de mourir au sommet de leur art. Interprète est toujours des nôtres, pour notre plus grand bonheur. Toutefois, force est d’admettre qu’il n’a guère su s’adapter à l’accroissement fulgurant de la population d’animaux dans notre forêt ; nous avons donc jugé préférable de réduire ses activités au bois le matin et de le laisser couler une paisible retraite dans notre chenil.

Joyeuses Saint Hubert !

Depuis les derniers jours d’octobre et jusqu’à la fin novembre, partout en France, des hommes et des femmes se seront retrouvés par centaines pour célébrer Saint Hubert, le patron des chasseurs. Au total, ce sont sans doute plus de 100 000 personnes qui auront communié dans le souvenir de ce veneur passionné, avec l’intérêt constant des médias locaux, et c’est déjà beaucoup.

Ces rassemblements qui débutent invariablement par une messe sont une curiosité à l’heure où elles sont de moins en moins fréquentées. Et pourtant, la fête de Saint Hubert est le jour de prédilection pour de nombreux amis, riverains, élus, responsables de terrain, qui viennent assister à la messe de Saint Hubert, à la chasse, et, lorsque tout se passe au mieux, à la curée. Ce rassemblement autour d’une journée particulière dit beaucoup de l’attachement de nos contemporains à notre mode de chasse et à ses fastes : trompes, tenues, chiens et aussi chevaux pour certains de nos équipages. On connaît même des gens qui organisent leurs vacances pour assister à la Saint Hubert de tel ou tel équipage. Et il faut être entré en procession dans une église bourrée à craquer d’un public attentif et y avoir écouté résonner les trompes pour être véritablement saisi du bel enthousiasme qui anime l’assistance. L’enthousiasme, un autre mot pour l’inspiration.

Mais derrière la beauté de ces instants, quelles sont les réelles motivations de ce si nombreux public ? Quelle inspiration y trouve-t-il ? Revenons un instant à Saint Hubert, ou plutôt à Hubert (656-727), pas encore saint ni même évêque de Liège. On sait de lui qu’il était un chasseur acharné qui « en poursuivant le gibier à la trace » le « forçait sous l’élan des chevaux ». Il en eut un jour la révélation de sa foi qui le conduisit à « dire au courre un méprisant adieu » et à consacrer sa vie à Dieu, ce qui lui vaudra d’être canonisé.

Tous les veneurs n’aspirent pas à la sainteté et tous n’abandonneront pas les plaisirs du noble déduit pour la mission sacerdotale. Mais, pour autant, cela ne signifie pas que la quête mystique qui anima Hubert de Liège soit étrangère aux veneurs du XXIème siècle. Lorsqu’aux côtés de leurs chiens de meute, ils tentent de déjouer les ruses des animaux qu’ils chassent, c’est à une communion avec un autre monde à laquelle les veneurs sont conviés : le monde sauvage, celui que l’Homme n’a pas domestiqué, et dont il n’a pas percé les mystères. Cette « altérité qui lui résiste » selon les termes de l’anthropologue Charles Stépanoff dans son dernier ouvrage paru aux éditions de La Découverte : L’animal et la mort. Et dès lors la prise prend tout son sens : le moment où le veneur servant ses chiens réussit à pénétrer ces mystères, à entrer pour un court instant en relation/communion avec cette altérité. La victoire est éphémère ; chaque chasse la remet en question. Cela enseigne au veneur la modestie de sa condition face aux mystères de la nature, et le respect des animaux qu’il chasse et de leur pouvoir.

Alors amis, riverains, élus, attachés à nos forêts et à nos campagnes, continuez de prendre part aux Saint Hubert de nos équipages. Votre présence dit votre curiosité, finalement très moderne, pour cette rencontre avec un autre monde, le monde sauvage, que les veneurs n’aspirent surtout pas à domestiquer mais dont ils cherchent inlassablement à percer les mystères.

Vènerie et écologisme

Il en va de l’ouverture de la saison de chasse à courre comme du défilé 14 juillet, de la rentrée des classes, des soldes, de Noël ou des vacances scolaires : un sujet qui revient chaque année à la même époque. Pour ce qui est de nos détracteurs, on attend année après année les nouvelles perles qu’ils vont inventer pour tenter de nuire à « la plus belle des chasses ». Avouons tout net que le millésime 2021 nous a beaucoup déçu. Qu’on en juge.

Onze sénateurs, écologistes pour la plupart, ont déposé une (nouvelle ?) proposition de loi visant à faire interdire la chasse à courre. Aux vues de l’exposé des motifs, repris à peu près mot pour mot des précédentes propositions, on peut légitimement penser que les huit parlementaires signataires, élus de départements où l’on ne chasse pas à courre, n’ont pas eu la curiosité d’aller vérifier sur le terrain leurs allégations ; dommage, ils auraient rapidement compris leur inexactitude. Mais que dire des parlementaires de Gironde, Ille-et-Vilaine ou Loire-Atlantique, signataires de cette PPL ? La vènerie est à leurs portes, vivante, pratiquée avec passion par des centaines (voire des milliers en Gironde) des administrés qu’ils sont censés représenter, et, à tout le moins, consulter sur leurs réflexions. Il semblerait bien que le dogme écologiste les ait dissuadés de pousser plus avant leurs recherches. L’exposé des motifs de cette PPL est un tissu de contre-vérités, auxquelles la Société de Vènerie a répondu point par point dans un courrier adressé personnellement à chacun de ses signataires. « Il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir » prétend le dicton. Nous en avons là une belle illustration.

Particulièrement regrettable lorsqu’il s’agit d’élus de la République, cette initiative législative relève d’une tendance à laquelle un nom est désormais donné : l’ultracrépidarianisme, soit l’art de parler de ce qu’on ne connaît pas.

Autre exemple de cette tendance favorisée par l’essor des réseaux sociaux, qui met en demeure les hommes publics de s’exprimer sur tout, les affirmations poignantes de nullité de Julien Bayou, secrétaire national du parti Europe Écologie Les Verts. Dans une récente interview accordée à France Info, il déclarait sobrement : « La chasse, y en a marre… Ce qu’on nous présente comme une activité rurale, c’est une fake news complète parce que la chasse est aujourd’hui un hobby de citadins, de cadres CSP+ et la majorité des ruraux, les vrais, est opposée à la chasse parce que ce sont des nuisances sans fin ».

France Info, Libération et le Monde, peu suspects de sympathie pour le monde cynégétique, ont apporté un démenti factuel et formel à ces affirmations, dans une session de « fact-cheking » désormais devenue la règle dans beaucoup de médias. De fait, la chasse demeure très ancrée dans la ruralité. Et pourtant, n’y a-t-il pas matière à se réjouir de ce que des citadins souhaitent jouir, eux-aussi, des plaisirs de la nature ? Un mur-frontière trumpien devrait-il être construit, ceinturant le périphérique parisien et les grandes métropoles, afin de contenir les urbains dans leurs villes et les ruraux dans leurs campagnes ? Que signifie cette stigmatisation des uns et des autres, cette assignation à résidence de nos concitoyens ? Un nouveau type de ségrégation ? Un projet de société ? Merci, mais non merci. La chasse est une des activités de la ruralité, dont elle partage les espaces avec les autres ; elle y accueille chaleureusement tous ceux qu’elle intéresse.

Le mot de la fin de l’extrémisme vert revient à cet automobiliste de l’Oise qui, croisant une chasse à courre en forêt de Compiègne, a sciemment foncé sur un chien avec la ferme intention de l’écraser et de le tuer. Le chien est miraculeusement rescapé de la collision, mais que penser de la haine savamment attisée par l’escrologiste picard à moustache qui pousse ses affidés à de tels comportements : tuer des chiens pour sauver des animaux ? Les activistes anti-chasse organisent avec talent leur propre et prochaine disparition. Réjouissons-nous !

20 ans de l’Association des Jeunes Veneurs

Le 28 août dernier, l’Association des Jeunes Veneurs a sonné le rappel auprès de ses adhérents et anciens membres pour venir fêter ses 20 ans au Château de Boussay (37). Près de 300 jeunes et anciens jeunes ont ainsi pu se réunir pour fêter comme il se doit cet anniversaire qui leur a réservé de nombreuses surprises !

Les plus aguerris et lointains d’entre eux sont arrivés dès le vendredi soir pour « se mettre en lèvres » de l’ambiance festive qui rythmera l’ensemble du week-end.

Le samedi matin, l’Assemblée Générale a permis à Paul Cotreuil de faire la transition avec le nouveau président de l’association : Aymeric Boutrot (Rallye Saintongeais). Une conférence a ensuite été animée par Messieurs Gilles de Becdelièvre, propriétaire de Boussay qui nous a présenté ce lieu chargé d’histoire de Vènerie, mais aussi par Antoine Gallon, responsable de la Communication de la Société de Vènerie, Laurent Facques, responsable des marcheurs, et Jean-Michel Leniaud, ancien directeur de l’École des Chartes et actuel Président de la Société des Amis de Notre Dame de Paris. Nous les remercions une nouvelle fois pour leurs interventions.

C’est au son des fanfares et des chants faisant écho dans la cour du château que nous avons pu déjeuner tous ensemble. Il faut dire que nos participants eurent besoin de toutes leurs forces pour l’après midi qui leur était réservée !

C’est les panses bien remplies et les gorges abreuvées que chacun a pu ensuite revêtir son plus beau déguisement pour constituer les équipes. Mention spéciale pour l’équipe des anciens du Staff de l’AJV avec le thème « où est Charlie ? » (Cf. photos). Les participants sont dirigés vers le bois attenant au château où tant de laissers courre ont débuté. Au programme : relai ventriglisse, trompe sourde, équipement du cheval, dressage d’un boxe, course d’obstacles, time’s up chasse ou encore dégustation à l’aveugle de mets de choix (tête de veau, appâts de pêche, cervelle d’agneau, fromage douteux…). Se prêtant au jeu et faisant preuve d’un réel esprit de compétition, les différentes équipes se sont dépassées plus que jamais et ont pu partager tous ensemble ce bon moment.

Comme le veut la coutume, c’est sur une brisée fumante que nous avons découplé notre meute de participants dans la voie du chevreuil. Il faudra peu de temps pour qu’un bon brocard soit attaqué. Rapidement bousculé par le poids des chiens, il se dirige vers le parc du château. Ses ruses ne lui serviront qu’un temps et il ira finalement à l’eau dans les douves de Boussay qui n’en attendaient pas moins. Plus mordants que jamais, les fins limiers de l’AJV l’aboient et finissent, après une chasse d’un peu moins d’une demie heure, par couvrir notre brocard : Paul Cotreuil. Curée au château, les honneurs à Monsieur Gilles de Becdelièvre.

Activité finale, un morceau du Sud-Ouest a été importé exceptionnellement pour l’occasion : une arène garnie de quelques vachettes. L’équipe d’animation avait préparé de nombreuses activités qui nous ont tous tenu en haleine. Chacun a pu en profiter pour prendre sa dose d’adrénaline et se frotter à ses dames cornues pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Malgré quelques bleus, chacun a pu ensuite mettre ses habits de lumière pour le cocktail dans le parc du château. Rythmé par le déclin du jour et le traditionnel concours de trompe, il a permis à chacun de débriefer cette journée riche en émotions. Dîner guinguette en extérieur avec comme toile de fond la façade éclairée de Boussay. Gage de qualité, le tournebroche Gueuleton a pu servir des culottes d’agneaux au miel et leurs pommes de terre de Noirmoutier, le tout arrosé par notre cuvée spéciale 20 ans.

Enfin, après la remise des prix aux équipes victorieuses et les divers messages de soutien reçus de nos amis Pierre de Rouälle, Instachasseresse, Pierre de Boisguilbert ou encore… Jean Lassalle, le ciel de Boussay s’est éclairé de notre feu d’artifice. Jusqu’au bout de la nuit, les 20 ans de l’association ont été dignement fêtés, chantés, sonnés et bien sûr arrosés. Une chose est sûre, le Raout 2021 a été l’occasion pour tous de se remémorer les bons souvenirs, plus ou moins lointains, passés avec l’Association des Jeunes Veneurs. La réussite de cet anniversaire nous laisse présager au moins 20 ans d’un avenir au service des jeunes, de la Vènerie et de la Ruralité.

Vers un petit livre vert ?

En matière d’environnement, un même cycle semble devenu la règle : un événement soulève une vague d’émotion, qui impose à son tour une nouvelle règlementation, nécessairement restrictive.

Que des accidents ou des catastrophes naturelles ou industrielles soulèvent des interrogations, c’est bien naturel. Cela étant, la raison finit par être sacrifiée sur l’autel de l’émotion.

Cette émotion devient, non le point de départ d’une démarche de réévaluation, mais le pivot de toute nouvelle réglementation. À aucun moment l’émotion ne permet de faire un état des lieux de la réglementation existante : l’émotion ne tolère pas ces demi-mesures. Il lui faut nécessairement instaurer une nouvelle loi, toujours plus restrictive, sans chercher à renforcer ou faciliter les conditions d’application des normes en vigueur.

À aucun moment l’environnement n’est traité selon le syllogisme cher aux juristes : exposé de la situation, exposé réglementaire, confrontation de la situation avec l’état de la réglementation. Cette méthode est pourtant la seule à même d’avancer de manière pragmatique et dépassionnée sur des sujets aussi fondamentaux que celui de l’environnement.

L’émotion court-circuitant la réflexion, elle devient le creuset de toutes les caricatures : les agriculteurs sont des pollueurs, les éleveurs sont des sadiques, les chasseurs tuent des cyclistes.

Exception, émotion, généralisation : tel est le triste triptyque qui tend à se généraliser.

L’émotion n’a pas besoin d’experts, elle a besoin de coupables, de gentils et de méchants. Il faut simplifier le raisonnement pour mieux condamner, sans nuance. Ces méthodes relèvent sans contredit de la terreur intellectuelle dont nous devenons les otages.

Grâce à l’émotion, l’application de la règle de droit finit par devenir secondaire. L’émotion justifiant tout, pourquoi ne pas aller crever les pneus du voisin qui ne partagerait pas les mêmes convictions que les miennes ? Ce n’est malheureusement pas une question rhétorique : les agriculteurs se font agresser par des activistes, un collectif appelle au sabotage des véhicules ou produits contraires à leur goût. Que dire du sabotage des miradors ou de la citronnelle projetée sur nos chiens ?

Mais cela n’a aucune importance tant que c’est validé par les experts auto-proclamés de l’environnement. Ces prétendus experts jouent sur la peur, l’émotion et la culpabilité pour ramener à eux les brebis qui ne penseraient pas comme eux. Après les manifestations du 18 septembre, un « humoriste » d’une radio publique nous décrivaient comme des Nordahl Lelandais, cruels, cons, armés et tueurs de cyclistes : aucune importance, son émotion vaut plus que notre expertise.

Le marketing de l’environnement a supplanté la connaissance de l’environnement.

Ne nous laissons pas entrainer vers ce marketing écologique qui empêche la nuance et le débat. Il est inquiétant, et il empêche un débat apaisé et constructif sur les questions environnementales pourtant fondamentales.

Saint-Exupéry le disait bien plus poétiquement : « Celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit. »

Paraphrasant Clémenceau : l’écologie est chose trop sérieuse pour être confiée à des militaires verts ; à nous chasseurs de prendre toute notre part aux débats. A défaut, nous serions contraints de digérer leur Petit Livre Vert ; on a connu les dégâts de son prédécesseur Rouge…

Nous les piqueux !

Nous, les piqueux, il y a longtemps que nous avons compris ce que sont le bien-être animal et l’écologie, et ce pour plusieurs raisons.

Depuis toujours et plus encore aujourd’hui, nous, les piqueux, sommes de vrais professionnels du chien et de son environnement. Croyez-vous qu’il soit facile de s’occuper des chiens ? Il nous faut respecter de nombreuses règles relatives à l’élevage, à la garde et la détention d’animaux. Le chenil doit être propre, ventilé, protégé de la chaleur et du froid. Les chiens doivent pouvoir évoluer à leur guise. La meute, compagne indispensable du veneur, exige une attention et des soins constants. Ce sont des athlètes auxquels sont demandés des efforts réguliers, prolongés et éprouvants. Ils doivent être choyés.

Ainsi qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, tous les jours de l’année, nous nettoyons nos chenils, nous nourrissons et promenons nos chiens. Nous organisons toute la gestion de l’alimentation ainsi que les différents soins vétérinaires. Nous, les piqueux, veillons sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur nos chiens et chevaux.

Cela nous fait donc doucement rire lorsque des citadins nous expliquent que nos chiens ne sont pas heureux sans avoir jamais mis un pied dans un chenil de chasse à courre. Ces experts de la condition animale devraient avant tout regarder dans les villes dans lesquelles leurs animaux de compagnie patientent toute la journée en attendant le retour de leur maître. Et si ce dernier veut bien leur consacrer un peu de temps avant de se jeter devant les écrans, ils ont de la chance.

Nous, les piqueux, ne nous limitons pas à la vie du chenil mais prenons pleinement part à l’activité cynégétique. Nous sommes présents dans la vie de la forêt. Toute l’année, nous œuvrons pour la préservation des espèces et le maintien de l’équilibre de la faune sauvage en forêt grâce à nos connaissances de la nature, des prélèvements raisonnables et équilibrés.

S’il n’y a plus de veneurs et de chasseurs, la vie sauvage s’essoufflera et laissera nos forêts françaises vides. Les populations trop importantes détruiront la végétation.

Être piqueux c’est plus qu’un métier, c’est notre passion, c’est toute notre vie, et elle est belle.

David Montoux, dit Débuché

Equipage de la Hardouinais

Toutes les vèneries sont belles !

L’intersaison favorise les rencontres entre veneurs de différentes régions chassant différents animaux ; l’été 2021 n’aura pas échappé à la règle, même si les fêtes de chasse furent moins nombreuses qu’en période « normale ». On se rencontra donc entre veneurs de tous horizons, vantant leur passion pour l’animal qu’ils chassent ou les caractéristiques inégalables de leur région, l’un et/ou l’autre faisant d’eux des veneurs « à part ». Et il est sans doute exact que chasser le chevreuil dans le Médoc, le lièvre en Bretagne ou le renard dans le Jura procure à ceux qui s’y adonnent des sensations sans équivalent qui font qu’ils peuvent se sentir « à part ». Pour ne rien dire de ceux qui, chassant loin des fauteurs de troubles anti chasse de la région parisienne, pensent appartenir à un monde distinct qui ferait volontiers sécession d’avec les premiers – sur le mode « coupons-nous un bras si nous voulons survivre ».

Ce qu’on vient de décrire ci-dessus pourrait s’apparenter à une forme de « chauvinisme », bien français. On aime le territoire sur lequel on chasse, qu’on en soit originaire ou qu’il nous ait adopté, car la vènerie nous le fait parcourir et connaître d’une manière à nulle autre pareille. On aime aussi l’animal qu’on y chasse, tant la diversité de ses ruses demeure une énigme obsédante et admirable, jamais totalement résolue.

Olivier de La Bouillerie aura chassé partout tous les animaux « courables » dans sa vie de veneur, et il continue de le faire avec ardeur. Alors qu’on lui demandait récemment quel animal il préférait courir, il répondit que peu lui importait car son bonheur résidait dans l’observation et la compréhension des chiens de meute ; leur intelligence et leurs dons exceptionnels lui procurent la même admiration qu’ils chassent le sanglier ou le lapin, le chevreuil ou le lièvre, le cerf ou le renard.

Sachons entendre ces propos, qui placent le chien au-dessus de tout, et ce pour trois raisons :

  1. La vènerie offre l’opportunité de comprendre, mieux que n’importe quel autre exercice, les capacités d’une espèce distincte de la nôtre, capacités qui nous sont quasiment étrangères – le flair – ou qui relèvent de l’exemplarité – le courage, la persévérance, l’instinct collectif, la fidélité.
  2. En s’intéressant à la chasse d’autres animaux sur d’autres territoires, on diversifie ses expériences de chasse, on enrichit sa connaissance de la vènerie et, qui sait, son expertise.
  3. En considérant l’art de la vènerie française comme un tout indissociable, on touche à une réalité indiscutable : notre communauté de destin.

Dans le monde contemporain, alors que débute une année électorale qui pourrait être décisive pour l’avenir de notre passion, c’est seulement unis que les veneurs l’emporteront ; unis entre eux quel que soit l’animal qu’ils chassent et la région où ils le chassent et aussi unis avec leurs frères des chasses traditionnelles, durement malmenées, et les chasseurs à tir. N’imaginons pas que les uns se sauveront au détriment des autres. Ceux qui nous attaquent le font au nom d’une idéologie animaliste ; ils ne se satisferont pas de quelques victoires pour cesser le combat ; au contraire, ils y trouveront les raisons de pousser plus loin leurs exigences. C’est la relation de l’Homme aux animaux qu’ils remettent en cause.

A la veille de l’ouverture, souhaitons-nous une saison 2021/2022 pleine de belles émotions partagées, avec la conscience aigüe des enjeux particuliers qui l’entourent.

Concours de trompe de chasse : nos veneurs ont du talent !

La vènerie est connue sous bien des aspects. Parmi eux, la trompe de chasse. Le concours virtuel 2021, initié par la Société de vènerie, nous a permis de constater encore une fois que notre passion est très vivante !

Sept juges représentant sept régions différentes, sonneurs reconnus et veneurs, ont pu apprécier la prestation des nombreux concurrents, à tête reposée et à l’abri de risques sanitaires. Cette formule, qui ne remplace évidemment pas une rencontre en présentiel, a permis aux concurrents de sonner sans stress et de nous offrir le meilleur de leur prestation. Un grand bravo à tous, aux lauréats ainsi qu’à ceux qui ont pris le temps de se mettre en tenue pour les vidéos.

Du point de vue jugement, nous avons pris le temps d’affiner nos notes en réécoutant les enregistrements en cas de doute, ce qui n’est jamais le cas sur le terrain.

Les vainqueurs nous ont présenté des fanfares d’un très haut niveau, que nous avons hâte d’entendre en forêt lors de la prochaine saison ! 

La trompe de chasse, patrimoine vivant de notre belle vènerie, participe au rayonnement de nos valeurs et nous espérons que cette première édition du concours virtuel en suscitera bien d’autres. 

Pour écouter les fanfares des gagnants, cliquer ici

 

Nicolas Bon,

Champion de France 2001

Champion international 2002

Président du Jury du concours de trompe de chasse 2021

La confiance aux chiens

Veneurs, grâce à votre odorat, votre instinct, votre condition, êtes-vous capable de déjouer les ruses, d’anticiper la refuite ou de prendre un animal ?

Certes, il est indispensable d’aiguiller les chiens lorsque le renseignement est bon, de les guider dans un grand défaut, de les encourager lorsqu’ils font leurs preuves ou encore leur faire comprendre certaines erreurs. Cependant, l’autonomie et le silence, s’avèrent absolus.

Au plus profond de son génie, le prédateur carnivore qu’est le chien chasse, connaît fort bien les artifices de ses proies et est ainsi capable de les empêcher. Lui accorder son entière confiance n’avoue pas la réussite mais contribue amplement à l’optimisation d’une quête.

« Les valets », passionnément nommés, vouent une entière confiance à celui qui les chérit, qui les nourrit, qui les affectionne et qui les mène à la chasse. Du Maître au Piqueux, cette relation s’établie en vivant au plus près d’eux, en comprenant leurs mœurs, leur hiérarchie, leurs qualités distinctes, leurs maux ou leurs désirs.

Sans compagnon, la chasse à courre, la chasse aux chiens courants, la chasse sous terre ou bien la chasse au chien d’arrêt ne pourraient se pratiquer. Il n’en serait davantage pour tous les animaux de compagnie qui, grâce à la foi, lient une relation fidèle et pourtant si difficile à élucider.

La confiance aux chiens forme l’essentialité, le cœur de l’ouvrage, le fil conducteur de l’histoire, de la relation, de la complicité hors-normes.
« Les chiens sont représentés à 80% par le Maître, le restant par l’origine. »
Quelques proches épris reconnaîtront celui qui, de ses innombrables observations, révèle un constat donnant matière à réfléchir, à remettre en cause certains comportements et, sans nul doute, à laisser libre les savoirs canins.

La réponse à cette question préambulaire reste simple et sans besoin de justification : NON. Néanmoins, certains Hommes au sang surchauffé, se pensant sûrement meilleurs que leurs chiens, hurlent, réprimande ou cassent le travail dûment effectué.

Déc[O]uplons les savoirs de la nature.
J’accour[R]e.

Parlonschasse.com, le site de la communauté des chasseurs

La chasse étant une passion commune, le site parlonschasse.com nous servira de moyen de communication afin de partager nos expériences, nos connaissances et l’essentiel à connaître autour du monde de la chasse. Vous trouverez sur le site un forum de discussion pour les diverses questions et échanges, un wikimunition pour connaître davantage les munitions de chasse communément utilisées, un annuaire où figurent tous les acteurs du monde de la chasse, et enfin des blogs pour les actualités du domaine.

Forum de discussion

Le forum est un lieu d’échange et de discussion destiné à tous les passionnés du monde de la chasse. Le but du forum est de permettre à chacun d’élargir leurs connaissances sur le domaine, mais aussi d’optimiser leurs activités. Peu importe que vous soyez un simple amateur ou un expert de la chasse, le forum vous accueille dans la convivialité et avec un respect mutuel. S’inscrire est pour vous l’occasion de connaître davantage de gens qui possèdent la même passion que vous. N’hésitez pas à poser la moindre question, tous les membres du forum sont là pour vous aider et vous accompagner au mieux.

(suite…)

« Au fait, c’est quoi la ruralité ? »

Le 12 juin dernier, la FNC avec le soutien de la FNSEA et de la Fédération des pêcheurs d’Ille-et-Vilaine organisait une première manifestation virtuelle qui a réuni près de 400 000 participants, sur le thème « Liberté, Ruralité ».

A cette occasion, une amie éthologue qui apportait son soutien à la mobilisation sans nécessairement se considérer elle-même comme faisant partie de la ruralité, m’a posé cette question simple, et pourtant essentielle : « C’est quoi, au juste, la ruralité ? »

Pour la scientifique qu’elle est comme pour toute discussion sérieuse, définir les termes est un passage obligé si l’on veut faire mieux qu’ouvrir une guerre sémantique stérile et faire avancer les choses sur le fond, ce dont le débat public manque cruellement.

Voici donc la réponse que je lui ai livré. Elle n’est pas fermée, et n’engage que moi, mais gageons que certains parmi vous sauront s’y retrouver, et peut-être proposeront de la compléter.

Dans son acception la plus courante, la ruralité se réfère à tout ce qui concerne la campagne, et ses habitants. Seulement voilà, la campagne n’est pas un état de la nature qui précède l’homme, mais le produit du façonnage de la nature primaire par l’homme sur le temps long. Aucun champ de blé, aucune estive ne précède l’avènement de l’homme sur cette Terre.

Et si c’est le cas aussi pour la ville, la différence est qu’à la ville, on s’isole du sauvage autant que faire se peut, alors qu’à la campagne on le dompte, on l’adapte, on le forge.

Partant de ce principe, le critère tant nécessaire que suffisant pour être profondément rural n’est peut-être pas là où l’on réside – on peut prendre la campagne comme un dortoir et rien de plus – mais plutôt la capacité que l’on a à contribuer à façonner le territoire pour qu’il soit campagne.

Et par un jeu de réciprocité, ceux qui domptent la nature pour en faire la campagne forgent de leur terroir une culture, et leur culture influence leur manière de façonner la nature en campagne.

En conséquence, sous le vocable « ruralité », je mets celles et ceux qui contribuent à façonner, dans la durée, la campagne (peu importe où ils dorment), leurs pratiques liées à ce façonnage et les cultures spécifiques qui en découlent.

Au premier rang de la ruralité donc, je vois les agriculteurs et les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs, les forestiers.

Les métiers connexes essentiels en sont aussi partie prenante : de celui qui fabrique le fromage à celui qui vend le grain ou répare le tracteur…

Certaines pratiques culturelles y ont aussi leur place évidente, qu’on aime ou pas : la corrida est l’émanation d’une culture propre à certains terroirs, en incarne la vie culturelle, et influence le visage de l’élevage dans les régions concernées et donc façonne le territoire. La vènerie coche aussi toutes les cases : elle est une culture, elle façonne nos forêts, elle n’est rien sans l’élevage de nos chiens, les chevaux…

Le médecin de campagne, le commerçant de village, sont d’une importance vitale au maintien d’une population rurale sans laquelle la ruralité n’aurait pas de sens. Mais ces premières pratiques que j’ai citées sont celles qui sont clé de voute dans ce qui permet à la campagne d’être la campagne.

Voilà comment je conçois le concept de ruralité. Une identité, faite d’activités spécifiques et d’un bagage culturel associé, bien plus qu’une classification INSEE de sa commune de résidence. Et c’est cette identité qui mérite d’être défendue contre les attaques répétées qu’elle subit aujourd’hui.

Dunning et Kruger : surconfiance et vènerie

Les psychologues Dunning et Kruger ont travaillé, dans les années 1990, sur l’effet de « surconfiance », par lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence. Ainsi qu’on va le voir, si elle n’est pas la seule, la vènerie nous offre de nombreux exemples de cet effet, modélisé par les deux chercheurs.

L’hypothèse démontrée est que l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance. Ainsi en est-il du veneur débutant, qui, après quelques laisser-courre suivis avec fougue, émet rapidement des avis définitifs sur la qualité des chiens, le moment où ils ont fait change, là où reste l’animal que nous avons manqué, et la (piètre) qualité de ses comparses veneurs. Ainsi en est-il aussi, dans un autre registre, de nos opposants qui ne viennent vérifier sur le terrain que les théories qu’ils ont échafaudées dans l’abstrait et estiment valider leurs hypothèses pour avoir tenté de suivre de loin des équipages auxquels ils n’ont pas même daigné parler. C’est le moment, décrit par l’étude Dunning-Kruger, où la compétence est faible et la confiance en soi énorme, bien nommée « montagne de la stupidité » par certains.

Mais ceux qui veulent bien faire montre du doute et de la curiosité nécessaires à la véritable découverte de toute chose, vont bientôt progresser, pas à pas, dans l’expertise. Le jeune veneur comprendra que l’erreur d’appréciation le guette, lui-aussi, à chaque coin de bois, que les mystères de la voie sont insondables, qu’il serait vain, en vènerie, de prétendre trouver réponse à toute question, et que l’incertitude de ses comparses est bien souvent la preuve de leur sagesse. Avec l’autoévaluation réaliste de ses compétences, il apprendra l’humilité.

De même, celui qui, bardé de certitudes, prétendait s’opposer à la chasse à courre en agissant « sur le terrain », découvrira bientôt, s’il y met du doute et de la curiosité, une réalité tout autre des clichés dont on lui avait bourré le crâne ; et l’excellent témoignage d’Aimy recueilli en vidéo démontre bien le tissu d’invraisemblances dont sont abreuvés les militants embrigadés par nos opposants.

Ce deuxième temps où l’expertise s’accroit et où la confiance en soi diminue est qualifié de « vallée de l’humilité » par les mêmes commentateurs de l’étude Dunning-Kruger.

S’ensuit alors la phase de la maturité, celle où l’expertise et, peu à peu, la confiance en soi augmentent. Le veneur, au prix de longues journées d’hiver passées avec les chiens, comprendra progressivement mieux leur langage et les messages qu’ils lui envoient. De nombreuses retraites manquées auront forgé sa connaissance des ruses des animaux, sans jamais être certain de celles qu’ils ont employées pour le dépister à nouveau. Peu à peu, doutant toujours, il apprendra à faire humblement confiance en son expertise croissante. Quant à l’opposant converti, ses goûts le porteront, au choix, à rejoindre les rangs des veneurs (c’est le cas d’Aimy), ou à porter ailleurs les pas de son ardeur militante, là où de vrais combats sont à mener.

L’humble confiance ou l’humilité confiante : un programme de vie !