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Nous les piqueux !

Nous, les piqueux, il y a longtemps que nous avons compris ce que sont le bien-être animal et l’écologie, et ce pour plusieurs raisons.

Depuis toujours et plus encore aujourd’hui, nous, les piqueux, sommes de vrais professionnels du chien et de son environnement. Croyez-vous qu’il soit facile de s’occuper des chiens ? Il nous faut respecter de nombreuses règles relatives à l’élevage, à la garde et la détention d’animaux. Le chenil doit être propre, ventilé, protégé de la chaleur et du froid. Les chiens doivent pouvoir évoluer à leur guise. La meute, compagne indispensable du veneur, exige une attention et des soins constants. Ce sont des athlètes auxquels sont demandés des efforts réguliers, prolongés et éprouvants. Ils doivent être choyés.

Ainsi qu’il vente, qu’il neige ou qu’il pleuve, tous les jours de l’année, nous nettoyons nos chenils, nous nourrissons et promenons nos chiens. Nous organisons toute la gestion de l’alimentation ainsi que les différents soins vétérinaires. Nous, les piqueux, veillons sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre sur nos chiens et chevaux.

Cela nous fait donc doucement rire lorsque des citadins nous expliquent que nos chiens ne sont pas heureux sans avoir jamais mis un pied dans un chenil de chasse à courre. Ces experts de la condition animale devraient avant tout regarder dans les villes dans lesquelles leurs animaux de compagnie patientent toute la journée en attendant le retour de leur maître. Et si ce dernier veut bien leur consacrer un peu de temps avant de se jeter devant les écrans, ils ont de la chance.

Nous, les piqueux, ne nous limitons pas à la vie du chenil mais prenons pleinement part à l’activité cynégétique. Nous sommes présents dans la vie de la forêt. Toute l’année, nous œuvrons pour la préservation des espèces et le maintien de l’équilibre de la faune sauvage en forêt grâce à nos connaissances de la nature, des prélèvements raisonnables et équilibrés.

S’il n’y a plus de veneurs et de chasseurs, la vie sauvage s’essoufflera et laissera nos forêts françaises vides. Les populations trop importantes détruiront la végétation.

Être piqueux c’est plus qu’un métier, c’est notre passion, c’est toute notre vie, et elle est belle.

David Montoux, dit Débuché

Equipage de la Hardouinais

Toutes les vèneries sont belles !

L’intersaison favorise les rencontres entre veneurs de différentes régions chassant différents animaux ; l’été 2021 n’aura pas échappé à la règle, même si les fêtes de chasse furent moins nombreuses qu’en période « normale ». On se rencontra donc entre veneurs de tous horizons, vantant leur passion pour l’animal qu’ils chassent ou les caractéristiques inégalables de leur région, l’un et/ou l’autre faisant d’eux des veneurs « à part ». Et il est sans doute exact que chasser le chevreuil dans le Médoc, le lièvre en Bretagne ou le renard dans le Jura procure à ceux qui s’y adonnent des sensations sans équivalent qui font qu’ils peuvent se sentir « à part ». Pour ne rien dire de ceux qui, chassant loin des fauteurs de troubles anti chasse de la région parisienne, pensent appartenir à un monde distinct qui ferait volontiers sécession d’avec les premiers – sur le mode « coupons-nous un bras si nous voulons survivre ».

Ce qu’on vient de décrire ci-dessus pourrait s’apparenter à une forme de « chauvinisme », bien français. On aime le territoire sur lequel on chasse, qu’on en soit originaire ou qu’il nous ait adopté, car la vènerie nous le fait parcourir et connaître d’une manière à nulle autre pareille. On aime aussi l’animal qu’on y chasse, tant la diversité de ses ruses demeure une énigme obsédante et admirable, jamais totalement résolue.

Olivier de La Bouillerie aura chassé partout tous les animaux « courables » dans sa vie de veneur, et il continue de le faire avec ardeur. Alors qu’on lui demandait récemment quel animal il préférait courir, il répondit que peu lui importait car son bonheur résidait dans l’observation et la compréhension des chiens de meute ; leur intelligence et leurs dons exceptionnels lui procurent la même admiration qu’ils chassent le sanglier ou le lapin, le chevreuil ou le lièvre, le cerf ou le renard.

Sachons entendre ces propos, qui placent le chien au-dessus de tout, et ce pour trois raisons :

  1. La vènerie offre l’opportunité de comprendre, mieux que n’importe quel autre exercice, les capacités d’une espèce distincte de la nôtre, capacités qui nous sont quasiment étrangères – le flair – ou qui relèvent de l’exemplarité – le courage, la persévérance, l’instinct collectif, la fidélité.
  2. En s’intéressant à la chasse d’autres animaux sur d’autres territoires, on diversifie ses expériences de chasse, on enrichit sa connaissance de la vènerie et, qui sait, son expertise.
  3. En considérant l’art de la vènerie française comme un tout indissociable, on touche à une réalité indiscutable : notre communauté de destin.

Dans le monde contemporain, alors que débute une année électorale qui pourrait être décisive pour l’avenir de notre passion, c’est seulement unis que les veneurs l’emporteront ; unis entre eux quel que soit l’animal qu’ils chassent et la région où ils le chassent et aussi unis avec leurs frères des chasses traditionnelles, durement malmenées, et les chasseurs à tir. N’imaginons pas que les uns se sauveront au détriment des autres. Ceux qui nous attaquent le font au nom d’une idéologie animaliste ; ils ne se satisferont pas de quelques victoires pour cesser le combat ; au contraire, ils y trouveront les raisons de pousser plus loin leurs exigences. C’est la relation de l’Homme aux animaux qu’ils remettent en cause.

A la veille de l’ouverture, souhaitons-nous une saison 2021/2022 pleine de belles émotions partagées, avec la conscience aigüe des enjeux particuliers qui l’entourent.

Concours de trompe de chasse : nos veneurs ont du talent !

La vènerie est connue sous bien des aspects. Parmi eux, la trompe de chasse. Le concours virtuel 2021, initié par la Société de vènerie, nous a permis de constater encore une fois que notre passion est très vivante !

Sept juges représentant sept régions différentes, sonneurs reconnus et veneurs, ont pu apprécier la prestation des nombreux concurrents, à tête reposée et à l’abri de risques sanitaires. Cette formule, qui ne remplace évidemment pas une rencontre en présentiel, a permis aux concurrents de sonner sans stress et de nous offrir le meilleur de leur prestation. Un grand bravo à tous, aux lauréats ainsi qu’à ceux qui ont pris le temps de se mettre en tenue pour les vidéos.

Du point de vue jugement, nous avons pris le temps d’affiner nos notes en réécoutant les enregistrements en cas de doute, ce qui n’est jamais le cas sur le terrain.

Les vainqueurs nous ont présenté des fanfares d’un très haut niveau, que nous avons hâte d’entendre en forêt lors de la prochaine saison ! 

La trompe de chasse, patrimoine vivant de notre belle vènerie, participe au rayonnement de nos valeurs et nous espérons que cette première édition du concours virtuel en suscitera bien d’autres. 

Pour écouter les fanfares des gagnants, cliquer ici

 

Nicolas Bon,

Champion de France 2001

Champion international 2002

Président du Jury du concours de trompe de chasse 2021

La confiance aux chiens

Veneurs, grâce à votre odorat, votre instinct, votre condition, êtes-vous capable de déjouer les ruses, d’anticiper la refuite ou de prendre un animal ?

Certes, il est indispensable d’aiguiller les chiens lorsque le renseignement est bon, de les guider dans un grand défaut, de les encourager lorsqu’ils font leurs preuves ou encore leur faire comprendre certaines erreurs. Cependant, l’autonomie et le silence, s’avèrent absolus.

Au plus profond de son génie, le prédateur carnivore qu’est le chien chasse, connaît fort bien les artifices de ses proies et est ainsi capable de les empêcher. Lui accorder son entière confiance n’avoue pas la réussite mais contribue amplement à l’optimisation d’une quête.

« Les valets », passionnément nommés, vouent une entière confiance à celui qui les chérit, qui les nourrit, qui les affectionne et qui les mène à la chasse. Du Maître au Piqueux, cette relation s’établie en vivant au plus près d’eux, en comprenant leurs mœurs, leur hiérarchie, leurs qualités distinctes, leurs maux ou leurs désirs.

Sans compagnon, la chasse à courre, la chasse aux chiens courants, la chasse sous terre ou bien la chasse au chien d’arrêt ne pourraient se pratiquer. Il n’en serait davantage pour tous les animaux de compagnie qui, grâce à la foi, lient une relation fidèle et pourtant si difficile à élucider.

La confiance aux chiens forme l’essentialité, le cœur de l’ouvrage, le fil conducteur de l’histoire, de la relation, de la complicité hors-normes.
« Les chiens sont représentés à 80% par le Maître, le restant par l’origine. »
Quelques proches épris reconnaîtront celui qui, de ses innombrables observations, révèle un constat donnant matière à réfléchir, à remettre en cause certains comportements et, sans nul doute, à laisser libre les savoirs canins.

La réponse à cette question préambulaire reste simple et sans besoin de justification : NON. Néanmoins, certains Hommes au sang surchauffé, se pensant sûrement meilleurs que leurs chiens, hurlent, réprimande ou cassent le travail dûment effectué.

Déc[O]uplons les savoirs de la nature.
J’accour[R]e.

Parlonschasse.com, le site de la communauté des chasseurs

La chasse étant une passion commune, le site parlonschasse.com nous servira de moyen de communication afin de partager nos expériences, nos connaissances et l’essentiel à connaître autour du monde de la chasse. Vous trouverez sur le site un forum de discussion pour les diverses questions et échanges, un wikimunition pour connaître davantage les munitions de chasse communément utilisées, un annuaire où figurent tous les acteurs du monde de la chasse, et enfin des blogs pour les actualités du domaine.

Forum de discussion

Le forum est un lieu d’échange et de discussion destiné à tous les passionnés du monde de la chasse. Le but du forum est de permettre à chacun d’élargir leurs connaissances sur le domaine, mais aussi d’optimiser leurs activités. Peu importe que vous soyez un simple amateur ou un expert de la chasse, le forum vous accueille dans la convivialité et avec un respect mutuel. S’inscrire est pour vous l’occasion de connaître davantage de gens qui possèdent la même passion que vous. N’hésitez pas à poser la moindre question, tous les membres du forum sont là pour vous aider et vous accompagner au mieux.

(suite…)

« Au fait, c’est quoi la ruralité ? »

Le 12 juin dernier, la FNC avec le soutien de la FNSEA et de la Fédération des pêcheurs d’Ille-et-Vilaine organisait une première manifestation virtuelle qui a réuni près de 400 000 participants, sur le thème « Liberté, Ruralité ».

A cette occasion, une amie éthologue qui apportait son soutien à la mobilisation sans nécessairement se considérer elle-même comme faisant partie de la ruralité, m’a posé cette question simple, et pourtant essentielle : « C’est quoi, au juste, la ruralité ? »

Pour la scientifique qu’elle est comme pour toute discussion sérieuse, définir les termes est un passage obligé si l’on veut faire mieux qu’ouvrir une guerre sémantique stérile et faire avancer les choses sur le fond, ce dont le débat public manque cruellement.

Voici donc la réponse que je lui ai livré. Elle n’est pas fermée, et n’engage que moi, mais gageons que certains parmi vous sauront s’y retrouver, et peut-être proposeront de la compléter.

Dans son acception la plus courante, la ruralité se réfère à tout ce qui concerne la campagne, et ses habitants. Seulement voilà, la campagne n’est pas un état de la nature qui précède l’homme, mais le produit du façonnage de la nature primaire par l’homme sur le temps long. Aucun champ de blé, aucune estive ne précède l’avènement de l’homme sur cette Terre.

Et si c’est le cas aussi pour la ville, la différence est qu’à la ville, on s’isole du sauvage autant que faire se peut, alors qu’à la campagne on le dompte, on l’adapte, on le forge.

Partant de ce principe, le critère tant nécessaire que suffisant pour être profondément rural n’est peut-être pas là où l’on réside – on peut prendre la campagne comme un dortoir et rien de plus – mais plutôt la capacité que l’on a à contribuer à façonner le territoire pour qu’il soit campagne.

Et par un jeu de réciprocité, ceux qui domptent la nature pour en faire la campagne forgent de leur terroir une culture, et leur culture influence leur manière de façonner la nature en campagne.

En conséquence, sous le vocable « ruralité », je mets celles et ceux qui contribuent à façonner, dans la durée, la campagne (peu importe où ils dorment), leurs pratiques liées à ce façonnage et les cultures spécifiques qui en découlent.

Au premier rang de la ruralité donc, je vois les agriculteurs et les éleveurs, les chasseurs, les pêcheurs, les forestiers.

Les métiers connexes essentiels en sont aussi partie prenante : de celui qui fabrique le fromage à celui qui vend le grain ou répare le tracteur…

Certaines pratiques culturelles y ont aussi leur place évidente, qu’on aime ou pas : la corrida est l’émanation d’une culture propre à certains terroirs, en incarne la vie culturelle, et influence le visage de l’élevage dans les régions concernées et donc façonne le territoire. La vènerie coche aussi toutes les cases : elle est une culture, elle façonne nos forêts, elle n’est rien sans l’élevage de nos chiens, les chevaux…

Le médecin de campagne, le commerçant de village, sont d’une importance vitale au maintien d’une population rurale sans laquelle la ruralité n’aurait pas de sens. Mais ces premières pratiques que j’ai citées sont celles qui sont clé de voute dans ce qui permet à la campagne d’être la campagne.

Voilà comment je conçois le concept de ruralité. Une identité, faite d’activités spécifiques et d’un bagage culturel associé, bien plus qu’une classification INSEE de sa commune de résidence. Et c’est cette identité qui mérite d’être défendue contre les attaques répétées qu’elle subit aujourd’hui.

Dunning et Kruger : surconfiance et vènerie

Les psychologues Dunning et Kruger ont travaillé, dans les années 1990, sur l’effet de « surconfiance », par lequel les moins qualifiés dans un domaine surestiment leur compétence. Ainsi qu’on va le voir, si elle n’est pas la seule, la vènerie nous offre de nombreux exemples de cet effet, modélisé par les deux chercheurs.

L’hypothèse démontrée est que l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance. Ainsi en est-il du veneur débutant, qui, après quelques laisser-courre suivis avec fougue, émet rapidement des avis définitifs sur la qualité des chiens, le moment où ils ont fait change, là où reste l’animal que nous avons manqué, et la (piètre) qualité de ses comparses veneurs. Ainsi en est-il aussi, dans un autre registre, de nos opposants qui ne viennent vérifier sur le terrain que les théories qu’ils ont échafaudées dans l’abstrait et estiment valider leurs hypothèses pour avoir tenté de suivre de loin des équipages auxquels ils n’ont pas même daigné parler. C’est le moment, décrit par l’étude Dunning-Kruger, où la compétence est faible et la confiance en soi énorme, bien nommée « montagne de la stupidité » par certains.

Mais ceux qui veulent bien faire montre du doute et de la curiosité nécessaires à la véritable découverte de toute chose, vont bientôt progresser, pas à pas, dans l’expertise. Le jeune veneur comprendra que l’erreur d’appréciation le guette, lui-aussi, à chaque coin de bois, que les mystères de la voie sont insondables, qu’il serait vain, en vènerie, de prétendre trouver réponse à toute question, et que l’incertitude de ses comparses est bien souvent la preuve de leur sagesse. Avec l’autoévaluation réaliste de ses compétences, il apprendra l’humilité.

De même, celui qui, bardé de certitudes, prétendait s’opposer à la chasse à courre en agissant « sur le terrain », découvrira bientôt, s’il y met du doute et de la curiosité, une réalité tout autre des clichés dont on lui avait bourré le crâne ; et l’excellent témoignage d’Aimy recueilli en vidéo démontre bien le tissu d’invraisemblances dont sont abreuvés les militants embrigadés par nos opposants.

Ce deuxième temps où l’expertise s’accroit et où la confiance en soi diminue est qualifié de « vallée de l’humilité » par les mêmes commentateurs de l’étude Dunning-Kruger.

S’ensuit alors la phase de la maturité, celle où l’expertise et, peu à peu, la confiance en soi augmentent. Le veneur, au prix de longues journées d’hiver passées avec les chiens, comprendra progressivement mieux leur langage et les messages qu’ils lui envoient. De nombreuses retraites manquées auront forgé sa connaissance des ruses des animaux, sans jamais être certain de celles qu’ils ont employées pour le dépister à nouveau. Peu à peu, doutant toujours, il apprendra à faire humblement confiance en son expertise croissante. Quant à l’opposant converti, ses goûts le porteront, au choix, à rejoindre les rangs des veneurs (c’est le cas d’Aimy), ou à porter ailleurs les pas de son ardeur militante, là où de vrais combats sont à mener.

L’humble confiance ou l’humilité confiante : un programme de vie !

AVA et paranoïa

Les opposants à la chasse à courre ont récemment présenté leur bilan de la saison 2020/2021 sur leurs réseaux sociaux. Ceux qui doutent de l’objectivité de leur analyse, tout en nuance, ne vont pas être déçus.

Sur 15 000 journées de chasse à courre organisées entre le 15 septembre 2020 et le 31 mars 2021, nos opposants dénombrent 37 incidents qu’ils qualifient de « graves », soit un incident toutes les 405 chasses ; pas étonnant que peu d’entre nous s’en soient rendu compte. Encore précisent-ils qu’il ne s’agit là que d’une « part infime de la réalité ! Les veneurs étant prompts à faire nettoyer derrière eux, à offrir des morceaux de gibier et de l’argent aux habitants dérangés, mais aussi à tout simplement menacer et faire pression sur ceux qui hésiteraient à parler. Tout est fait pour maintenir cette omerta. » La fameuse théorie du complot revisitée à la sauce mafieuse ; on voit que, pour ce qui est du bilan objectif, ça commence très fort.

Nous avons regardé de près ces prétendus incidents :

  • Quinze d’entre eux sont de pures inventions ; la liste – fastidieuse – est à disposition.
  • Cinq sont relatifs à des chiens prétendument « errants ». Rappelons qu’un chien errant est un « chien qui vit sans entrave ni domicile parce qu’il n’appartient à personne ou parce que le lien avec son maître est cassé, par fugue ou abandon ou parce que son maître est décédé» (définition Wikipedia). Dans le cas de la chasse à courre, il ne peut s’agir de « chiens errants » ; les chiens de vènerie sont tous tatoués ou pucés ; leurs propriétaires sont ainsi parfaitement identifiables ; aucun équipage n’abandonne ses chiens. Courant librement dans des espaces ouverts, les chiens de meute peuvent s’écarter de la voie de l’animal et échapper un moment à la vigilance des veneurs, sans, pour autant, pouvoir être qualifiés d’errants.
  • Deux autres prétendus « incidents graves» sont relatifs à des cerfs graciés ; nos opposants auraient-ils préféré qu’ils soient servis, eux qui se vantent de les sauver ?
  • Signalons le tragique 2 janvier 2021 où une poule a été croquée en bordure d’une forêt tandis qu’au même moment un chien était mordu dans une autre ; on ne trouve mention d’aucun de ces deux « incidents graves» dans la moindre gazette, leurs correspondants locaux, même les plus avides d’actualité cynégétique, ne s’en étant pas montrés intéressés.
  • On relève aussi deux collisions entre un animal de meute et un véhicule ; voilà qui explique, en partie seulement, les 30 millions de mammifères tués sur les routes d’Europe chaque année selon le magazine « Frontiers in Ecology and the Environment », peu suspect de sympathie pour les veneurs.
  • Le reste est à l’avenant et on craindrait de lasser le lecteur de ces lignes à les énumérer plus longuement.

Reste un incident important, survenu en gare de Chantilly le 12 janvier, et ayant entraîné une perturbation du trafic ferroviaire ; si cet incident fait l’objet d’un règlement amiable entre la SNCF et l’équipage qui chassait, il pose aussi, bien évidemment, la question de la cohabitation de la vènerie avec la vie des villes.

Quelle énergie mauvaise, quelle imagination perverse, quelle hargne idéologique, quel délire paranoïaque habitent les rédacteurs de ces mensonges pour transformer des anecdotes dérisoires en prétendus « incidents graves » ?

« Être au-dessous de ses prétentions avouées constitue un ridicule constant dont se repaissent les petits esprits », affirmait Honoré de Balzac dans la Comédie Humaine. Il y a assurément peu de grands esprits à l’origine de ce bilan fumeux.

Tempête, la chienne qui m’a fait aimer la vènerie

Cela fait quatorze ans que j’ai rencontré mon mari Jacques, et par voie de conséquence, quatorze ans que j’ai découvert la vènerie. J’ai très vite compris que si je décidais de vivre avec l’un, je devrais également vivre avec l’autre. Cependant je ne peux pas dire que je sois tombée aussi rapidement amoureuse de la vènerie que de celui qui m’y a initiée. J’appréciais les journées à cheval en forêt, entourée de nos amis. Pour autant la chasse ne m’a pas immédiatement conquise. Il a fallu pour cela une nouvelle rencontre.

Cette rencontre, c’est celle que j’ai vécue avec les chiens. C’est à travers eux, en les voyant se donner sans compter à chaque chasse, et en découvrant tous les sentiments que cela me procurait, que je me suis à mon tour passionnée pour la vènerie. La première à m’avoir fait ressentir ces émotions fortes est une chienne du nom de Tempête.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Tempête n’est pas née chez nous, aux Capucins. Elle y est même arrivée déjà vieille, à l’âge de huit ans. En revanche, c’est un des premiers chiens à y avoir vécu. Elle faisait partie du lot que nous avait cédé M. Michel Cavarot, ancien Maître d’équipage du Rallye des Cimes, alors que nous nous lancions au lièvre. M. Cavarot nous avait conseillé de nous méfier de son caractère très chasseur et parfois peu créancé, la chienne ayant tendance à apprécier les odeurs de chevreuil.

Méfiants ou non, nous avons dû attendre avant de découvrir les qualités de Tempête. Habituée à chasser avec des veneurs à pied, elle s’est mise entre les pattes d’un cheval qui lui a marché dessus dès notre première chasse. Diagnostic : fracture. Traitement : repos ! Pendant de longs mois, nous avons donc chassé avec tous les autres chiens, sans savoir que nous laissions au chenil la meilleure d’entre eux.

Parmi tous les chiens qui ont vécu aux Capucins, Tempête n’est pas la plus belle. Elle était petite, tricolore, un peu rousse, au poil épais, et à la tête toute blanchie de vieille chienne. Ce n’était pas non plus la plus rapide. A la chasse, elle avait la fâcheuse manie de s’arrêter tous les deux mètres pour crier en levant la tête, comme si elle hurlait au loup. En termes d’efficacité, on a vu mieux. En revanche, c’était de loin la plus passionnée. C’est cette fureur de chasser qui me fascinait chez elle.

L’intelligence qu’on pouvait lire dans ses yeux était irrésistible. On aurait cru qu’elle comprenait tout. Elle savait d’ailleurs très bien se faire comprendre en retour. Ce n’est pas pour rien si elle a fini sa vie entre le chenil et la maison, passant la plupart de son temps allongée sur le canapé aux côtés de notre Jack Russel, ou en train de se balader dans le jardin.

L’amour des chiens est la motivation principale de mon mari dans sa passion pour la vènerie, et dans la vie de manière générale. Cette motivation je l’ai faite mienne, grâce à Tempête et à tous ceux qui lui ont succédé. La passion pour nos chiens est au fondement de notre équipage des Petites Landes Capucins, et nous sommes aujourd’hui très heureux de la partager avec tous ceux qui y chassent avec nous.

« La cohabitation m’exaspère… »

Retour à la Nature aidant, le veneur n’est plus seul en forêt. Et les nouveaux arrivants ont à peu près en nous voyant la réaction du facteur noir des Visiteurs lorsqu’il aperçoit le brave Montmirail. Les grandes heures de la Vénerie façon Vernet ne sont plus. Voulons-nous considérer les autres promeneurs comme des hôtes à part entière et non comme des intrus que nous tolérons ? Et si, derrière le veneur, il y avait un gars sympa croisé un jour en forêt avec qui vider un godet

Si la situation de la Vénerie n’était pas si préoccupante, ou justement peut-être parce qu’elle l’est, un bel esprit écrirait certainement une nouvelle fanfare, « Le badaud en forêt » ou « La VTT » dont les paroles chantées version piqueux commenceraient par « La cohabitation m’exaspère… » pour mieux égayer nos dîners d’après-chasse. Nous aurions sans doute plus souvent l’occasion de la sonner que notre « Passage de l’eau en barque ».

Il faut dire que, retour à la Nature aidant, nous ne sommes plus seuls en forêt. Nous avions l’habitude des ramasseurs de champignons. Ces promeneurs, connaisseurs des lieux de cueillette et des types de champignons (souhaitons-le pour eux…), étaient issus peu ou prou de la même branche d’arbre que les veneurs. Les croiser en forêt ne posait pas de difficulté particulière pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum de civilité.

Les choses ont singulièrement changé avec l’arrivée des zélés zélotes de Décathlon, vététistes harnachés ou autres adeptes de la marche nordique embâtonnés qui ignorent à peu près tout de la chasse à courre ; ou pire encore qui n’en connaissent que ce que les médias en disent… Sûrs de leur bon droit, ils sont jeunes, ils sont bio, ils sentent bon la sueur chaude… ces nouveaux arrivants ont à peu près en nous voyant la réaction du facteur noir des Visiteurs lorsqu’il aperçoit le brave Montmirail : « des malades, c’est des malades… ». On en rit au cinéma, mais il faut s’en inquiéter en forêt car les gros bataillons de la contestation viendront de leurs rangs plus que de ceux des antispécistes déjà discrédités par leur jusqu’au boutisme. La question qui se pose à nous tous, dans la durée, est donc de savoir comment accueillir nos nouveaux amis.

Chacun a en tête des bonnes pratiques. Elles ont souvent été rappelées. Elles sont la base de la courtoisie déjà abordée dans une autre Lettre. Mais la question n’est pas là. Comment se fait-il que les êtres charmants que nous savons être au rendez-vous soient de pareils butors en action de chasse ? Bien des rancœurs profondément cuites et recuites ne proviennent que des malentendus initiaux. Le renard ne demandait rien d’autre qu’un peu de patience au Petit prince pour être apprivoisé. Savons-nous apprivoiser nos nouveaux colocataires ? Il n’y a là rien d’insurmontable… à condition de le vouloir.

Le point clé est là. Les grandes heures de la Vénerie façon Vernet ne sont plus. Voulons-nous considérer les autres promeneurs comme des hôtes à part entière et non comme des intrus que nous tolérons ? Lisez bien les commentaires sur Facebook (n’y répondez pas…). Peu d’idéologues s’expriment. La majorité parle de préjugés et de craintes. Sentiment de mépris, peur d’être bousculé, tiré comme un lapin. Et si, derrière le veneur, il y avait un gars sympa croisé un jour en forêt avec qui vider un godet en chantant « La cohabitation m’exaspère… » ?

Alors la Vénerie vivra !

La chasse, cette connexion à notre nature

Ayant passé ma jeunesse au cœur d’une meute et vivant au rythme de la forêt, c’est lors de mes années de vie à l’étranger en quête de connaissances et découvertes que j’ai compris l’essentiel. J’ai pleinement pris conscience de ce que la chasse m’apportait dans sa globalité en tant que femme et plus encore, en tant que mère.

À l’heure où chacun est pris dans le rythme effréné que nous impose la société, nombreux sont ceux qui, bienpensants, se perdent et se déconnectent.

De plus en plus marginalisés, subsistent encore quelques millions de veneurs et chasseurs, non entendus, non reconnus. Mais pourquoi les attaque-t-on au nom du bien-être animal et de l’écologie ? Encore connectés à notre nature, nous sommes ancrés, remplis de bon sens et de fait, peu manipulables. Si seulement « ils » savaient et comprenaient le lien entre la spiritualité et la chasse, pourquoi cette passion nous remplit et nous anime tant !

Chaque week-end au fil des saisons, des millions d’âmes s’illuminent pour communier avec la nature. Tôt le matin, dans le silence, une atmosphère nous pénètre. Nos animaux le sentent, on se connecte ensemble, on se prépare puis on concocte notre panier de mets élaborés avec amour pour les partager. Nous avons tous le cœur rempli de joie mais aussi plein d’interrogations, dans l’attente de découvrir les défis et les moments privilégiés que nous proposera la nature. Arriverons-nous à associer nos connaissances cynégétiques à notre savoir-être tout en écoutant notre instinct pour fonctionner en synergie et en confiance tous ensemble ?

Nous nous réjouissons de nous retrouver, puis, en symbiose, dans une même dynamique, avec notre groupe d’amis, notre famille, nos chiens et nos chevaux nous débutons la chasse. Commence alors la grande danse où nous unissons nos vibrations à celles de la forêt, des plaines, des rivières, des animaux domestiques et sauvages. Pendant ces quelques heures, nos cinq sens en éveil, tête aux aguets et corps actif, nous sommes plus que jamais à l’écoute de notre instinct, ancrés dans le moment présent à recharger nos batteries tout en fusionnant avec l’immense énergie qui nous entoure.

La journée aura offert à chacun son flot d’émotions, de fatigue et son lot de partage. Chacun aura vécu son pic d’adrénaline et en aura pris plein les yeux, le nez et les oreilles pour rentrer le cœur rassasié. Chaque animal qui aura été prélevé avec loyauté fait partie du cycle de la vie et ceux que nous aurons laissés en forêt forceront notre respect.

Comme l’ont fait mes parents, je m’évertue à transmettre à mon tour à mes enfants ces valeurs et à les sacraliser. Rester aligné à cette réalité et à son bon sens paysan, c’est détenir les clés de notre vraie nature. Cette connexion leur apportera les bons outils pour se ressourcer physiquement, se nourrir mentalement et réussir à trouver le bonheur dans la simplicité. En d’autres mots, c’est leur donner l’opportunité d’être et de rester libres en accédant à leurs ressources intérieures.

Quête, conquête et prise

La saison qui s’est achevée il y a un peu plus d’un mois aura vu revenir comme une litanie, en dépit des aléas inhabituels liés au contexte sanitaire, la question éternellement posée : « tu as chassé ? vous avez pris ? ». Cette obsession de savoir si « vous avez pris » ne saurait résumer, pour le veneur éclairé, l’intégralité de sa journée de chasse. Quand bien même la prise constitue l’objectif, « seule la route est belle » et la chasse n’est pas seulement belle d’avoir pris ; elle l’est aussi – voire surtout – de ce qui a précédé la prise.

Nos détracteurs reprochent à ce vocable « prendre – ou ne pas prendre – un animal » d’édulcorer le fait que nous le tuons. C’est – encore et toujours – ne pas comprendre ce qu’est la chasse à courre. L’expression « prendre un animal » emprunte au vocabulaire guerrier. On prend un chevreuil ou un lièvre, comme on prend une citadelle ou une place forte. Il s’agit de conquérir ici la position de l’adversaire, là l’animal sauvage. Dans l’un comme l’autre cas, cet « autre » est réputé difficile et même hostile à se laisser prendre.

L’altérité de l’animal de vènerie, c’est sa sauvagerie. Lorsque mon voisin plume son oie, je ne lui demande pas s’il vient de la prendre, mais s’il l’a tuée ce matin ou hier ; son oie est un animal domestique ; elle est née puis a été élevée pour être mangée. Insister sur ce point n’est pas une manie de grammairien vétilleux ou de carnivore obsessionnel mais la recherche de la signification profonde de ce que sont les animaux domestiques et les animaux sauvages dans leur relation à l’Homme.

Chasser à courre, c’est tenter de conquérir un animal sauvage ; ce que l’Homme n’a pas domestiqué, il tente de s’en emparer, nature du prédateur qui domine la chaîne alimentaire depuis la nuit des temps ; ambition sans cesse renouvelée puisque, par définition, le sauvage est destiné à demeurer sauvage. Prendre un animal signifie la victoire éphémère du veneur sur l’altérité de l’animal sauvage. La lutte est loyale ; l’animal n’est pris que s’il est coiffé par les chiens ou servi par l’homme « à bout touchant ».

Dès lors, on comprend mieux ce qui fascine le veneur dans la quête de l’animal qu’il chasse : tenter de triompher, grâce à ses chiens, des ruses d’un animal que son état sauvage a conduit à développer des capacités physiques et sensorielles très supérieures aux siennes ou même à celles de sa meute. Conquête provisoire, incertaine (l’animal n’est pris, en moyenne, qu’une fois sur quatre), et, pour ces raisons, passionnante et sans égal en ceci qu’elle est peut-être l’unique opportunité de nous confronter, nous autres Occidentaux, à l’altérité du monde sauvage.

D’aucuns ne voudraient voir dans la chasse qu’un moment d’équitation d’extérieur et souhaiteraient que la poursuite d’un leurre soit substituée au noble déduit ; un député avait même suggéré, l’an passé, que ce leurre soit un robot (sic). Si l’engagement physique est réel, dans la vènerie à cheval comme dans la vènerie à pied, il n’est que consécutif d’une quête plus profonde, plus mystique. Encore, pour y atteindre, faut-il accepter de se laisser mener sur les sentiers initiatiques de la quête. La quête pour la conquête ; au bout la prise, peut-être.