Recevez chaque mois la newsletter en vous inscrivant ici

Déraison et ridicule

Un veneur agressé en pays Nantais par un automobiliste qui tentait de dérober un chien de meute aux cris de « On va te crever. Vous allez tous y passer. » Un autre veneur qui termine à l’hôpital, volontairement percuté par un automobiliste. Une armée de black blocs se déplaçant à 150 km de leur base pour aller, de Normandie à Rambouillet, perturber la chasse de l’équipage de Bonnelles-Rambouillet et agresser physiquement les veneurs et leurs sympathisants ; la police qui intervient pour éviter une bagarre générale. Une faction AVA qui surgit face à des veneurs piqueniquant en forêt du Gavre après la chasse, prétendant avoir « des ordres du chef » et entamant une bagarre qui conduit quatre d’entre nous à se voir prescrire un Incapacité Temporaire Totale, l’un d’entre eux ayant été gazé par une bombe lacrymogène.

Mais tout ça pour quoi ? Qu’est-ce qui a bien pu conduire ces gens à de telles extrémités ? Qui sont les propagandistes qui portent la responsabilité d’avoir ainsi exacerbé les désaccords pour les transformer en lutte frontale ?

Quelle perversion habite le cerveau malade de ceux qui ont voulu tirer prétexte de la mort affreuse d’une jeune femme en forêt de Retz pour accuser les chiens de meute, et jeter le discrédit sur la vènerie tout entière ? On sait ce qu’il en est de cette terrible affaire, le compagnon de la victime venant d’être mis en examen pour homicide involontaire. Au cours des quinze mois de l’enquête il aura, à plusieurs reprises, accusé lui-aussi les chiens de meute ; on comprend bien quel était son intérêt…

Cette hystérisation du désaccord relève d’abord de la déraison. Dans un temps où les enjeux sanitaires, économiques, et sociétaux constituent les véritables questionnements politiques du moment, attiser la haine de l’autre en créant de toutes pièces des clivages sans réel fondement, par le mensonge, la calomnie et l’ignorance, échappe à l’entendement. S’engager dans une lutte sans enjeu révèle la grande vacuité qui habite ces militants de l’inutile. Leur démarche sans rime ni raison est, à proprement parler, déraisonnable.

Mais cette hystérisation est également ridicule. Les militants anti-chasse disent tenter de « sauver un cerf » quand les nécessités de l’équilibre agro-sylvo-cynégétique mettent au plan de chasse 60 000 cervidés chaque année en France. Il s’agit donc de prélever, durant la période de chasse, 300 cerfs, biches et faons par jour ! Et quand bien même les équipages ne prendraient pas leur quota, les bracelets qui leur sont affectés seraient donnés aux chasseurs à tir, et les animaux seraient prélevés.

Sans compter les centaines de milliers de sangliers et chevreuils que les chasseurs doivent aussi réguler, afin de permettre la coexistence de la faune sauvage et des activités humaines, sur un territoire, la France, où l’emprise des espaces urbanisés a triplé en cinquante ans.

En attendant la suite, on redoute le pire, tant ces extrémistes semblent n’avoir fixé aucune limite à leur délire. Bien sûr, face à leurs exactions croissantes, les veneurs sont soutenus par des acteurs de la ruralité toujours plus nombreux qui entendent manifester ainsi leur refus de la dictature de la pensée que veulent imposer ces khmers verts. Mais il faut aussi tout le sang-froid, le sens des responsabilités, la volonté de prévenir tout risque et la cohésion des veneurs et de leurs sympathisants pour ne pas céder aux provocations dont ils sont, sans cesse, l’objet. Jusqu’à quand l’incident sera-t-il évité ? Combien d’entre ces guerriers du néant se jetteront-ils dans l’eau des étangs pour s’interposer entre les veneurs et le cerf chassé avant un grave choc thermique ou la charge de l’animal qu’ils entendent « protéger » et qui est et demeure sauvage ?

« L’odieux est la porte de sortie du ridicule », disait Victor Hugo. A n’en pas douter nos opposants se sont emparés de la clé de cette porte, à moins qu’ils n’en aient fabriqué la serrure…

Une vie de chien : Lancosme, chien sans papier !

Au cours d’une vie de veneur, beaucoup de chiens nous ont accompagnés et quelques-uns restent gravés dans notre mémoire pour différentes raisons. Lancosme est l’un d’eux, un chien unique par son histoire et ses qualités.

Kerry Beagle de race, tu es né chez l’un de mes amis irlandais. Les voyages ont forgé ta jeunesse puisque que tu es parti en Hollande où tu as été primé pour ta beauté. Désigné « trop chasseur », tu as pris racine en France à l’aube de ta seconde année, bien loin de tes origines.

Dès lors, impressionnant par ta prestance et ta puissance, tu t’adaptais d’une façon remarquable au sein de la meute. Remarquable par tes qualités, ta fougue et ton caractère t’emportaient cependant quelques fois sur tous les animaux de la forêt. Fort de ton intelligence, quelques laisser-courre t’ont permis de comprendre ce pourquoi tu chassais.

Aujourd’hui, Lancosme, tu es l’un des leaders de la meute qui, de jour en jour, s’améliore et se perfectionne. Ton élégance et ta vélocité se lient à tes capacités de lanceur hors-pair, de meneur criant ou encore de compagnon d’ordre. Exceptionnel dans le défaut, tu es l’espoir d’un équipage qui attend, impatient et ébahi, ton si reconnaissable récris.

Lorsque notre honorable goupil est terré, tu l’attends patiemment, d’un regard vif portant sur les terriers, doué d’être souvent le premier à signifier un relancer.

Que le temps soit changeant ou que les sentiments animant la voie soient estompés, tu chasses de manière hardie, sans relâche, afin de pousser tes confrères vers le succès. Malgré bon nombre de sorties, ta récupération, aussi prompte qu’absolue, est, sans nul doute, ce qui te permet de maintenir cette ardeur ainsi que cette vitalité.

De ce portrait élogieux, le plus inouï demeure ton intelligence. Subtile, malin, perçant, tu es l’un des chiens qui, de ma propre histoire de veneur, me fascine le plus.

Le renard, en réalité, j’ai cru t’apprendre à le chasser mais c’est toi qui, par ton savoir, m’enseigne sa vènerie, ses rouages ainsi que ses subtilités.

Mon chien, mon fidèle compagnon, nous ne parlons pas et pourtant nous communiquons avec une telle intensité qu’elle pourrait être qualifiée de communion. Te voilà maintenant dans tes vieux jours et inéluctablement nous savons que le vivant n’est pas éternel. Rassure-toi, ta descendance figure déjà parmi les exceptions qui continueront de perdurer tes origines au combien admirables.

Lancosme, mon Lancosme, pense à bien te reposer, demain nous chassons.

Bruno FAUVET

Equipage des Beaux Couverts

Hommage à Jacques Bizard

Monsieur Jacques Bizard nous a quittés. Il représentait pour nous un certain idéal de la vènerie du cerf. Même si nous l’avions suivi et rencontré plusieurs fois en forêt de Bercé et de Château-la-Vallière, c’est par ses écrits et les récits qu’en faisait notre ami Olivier de La Bouillerie qu’il était devenu pour nous la figure tutélaire des veneurs de cerf. Il faut lire et relire le premier chapitre de l’excellent « Voix dans voies » de  Hervé d’Andigné. Morceaux choisis.

« Je ne suis pas un homme de présentation ni de concours. Ce qui m’intéresse c’est la chasse. »

« Ainsi ai-je commencé avec exactement 23 chiens, soigneusement sélectionnés…À cette époque, chiens et chevaux arrivaient à pied au rendez-vous, fût-il à plusieurs dizaines de kilomètres du chenil. »

« Je laissais avant tout mes chiens chasser. Je suivais avec attention le déroulement des opérations  mais je laissais faire. »

« La réussite d’un équipage consiste à découpler et, de l’attaque à l’hallali, laisser vos chiens faire, sans intervenir. »

« En vènerie, ce sont les chiens qui chassent et l’homme qui aide et non l’inverse. »

« Le soir, je refaisais la chasse, enceinte après enceinte, y consacrant une partie de la nuit s’il le fallait. Je voulais comprendre ce que nous avions fait de correct et peut-être déterminer les moments où nous avions commis une erreur…Pour moi, le parcours de chasse se refait sérieusement, avec deux ou trois personnes qui savent vraiment de quoi on parle. »

« Malgré les difficultés grandissantes, notre équipage a toujours su se maintenir dans la tranche des 35 à 55 animaux pris par an. Comment ne pas mentionner la saison 1998/99! Nous avons pris 70 cerfs (21 daguets) en 76 chasses, dont 25 de suite. J’avais des chiens exceptionnels. »

« Le poids de chiens, je suis contre, absolument contre. »

« Je suis moins attaché à la race qu’aux qualités individuelles du chien. »

« On ne peut chasser sans chien de change, sur lesquels s’appuyer lors des difficultés. Vous devez leur faire une absolue confiance, ils sauront trier votre animal.

Un chien né avec de bonnes origines de change devrait montrer cette qualité plus facilement.

« En début de saison, réduire le nombre de chiens et faire confiance aux bons est finalement la seule attitude payante. Ce n’est que lorsque le lot est fait qu’on l’agrandit en ajoutant au compte-gouttes de nouvelles recrues. En milieu de saison, si pour une raison ou une autre l’équipage ne prend plus, il est nécessaire de revenir à ce principe de base de la vènerie et ne découpler que les bons. »

« J’exigeais des boutons la plus grande prudence car l’œil est trompeur: seuls les bons chiens doivent guider leurs actions. Ils devaient donc les connaître et leur faire confiance. »

« Il ne faut pas confondre le relais et l’usage de la camionnette. Lorsque la chasse croise des routes dangereuses, des chiens doivent être ramassés par la camionnette et remis à un cavalier. Mais le ramassage systématique pour remettre en meute doit être prohibé. Aussi, hormis le cas de force majeure que je viens de citer, j’interdis la camionnette. »

« Il n’y a pas de mauvaise voie, il n’y a que de mauvais chiens. »

« Face à des personnes intelligentes, on peut toujours avancer. La vènerie a encore toute sa place dans notre pays et notre société moderne. Reste à savoir l’expliquer. C’est notre défi pour les années à venir. »

Merci Monsieur Jacques Bizard. Saint Hubert vous entende.

Militants d’AVA, on vous trompe !

Les reporters de Défendons la Vènerie ont fait une plongée dans le monde des opposants à la chasse à courre ; ils en ont ressorti un documentaire instructif sur les motivations qui animent ces militants, abusés par le cynique leader picard à moustache. On avait certes compris depuis longtemps que son combat se situait sur le plan politique ; il ne s’en cachait pas ; son vocabulaire choisi fleurait bon la lutte des classes : « valets, Moyen-Age, seigneurs, féodalité, laquais, mépris ». Dans chacune de ses interventions médiatisées, il arrive à placer tous ces mots. La condition animale ne lui sert que de prétexte pour se faire valoir.

C’est ce que confirme le documentaire de DVA. On y voit des militants, certes moyennement lucides, assez peu pacifiques voire très agressifs, prêts à en découdre comme si la vènerie représentait l’ultime symbole des privilèges à déboulonner toute affaire cessante. L’un d’eux suggère même de remonter la guillotine, sans doute pour y convier quelques veneurs. Leurs propos reflètent une haine de classe qu’on croyait appartenir à un passé révolu. Ils veulent « lutter contre des ennemis », et on se demande bien ce que leur improbable victoire contre les dits-ennemis apporterait à leur quotidien. Leurs arguments ne sont pas pauvres, ils sont inexistants. Les plus avertis admettent ne participer à ces sabotages que pour faire du buzz.

Toutes les opinions politiques doivent être respectées en démocratie, même les plus extrêmes, même lorsqu’on connait les millions de morts que leur idéologie a pu essaimer de par le monde ; on a aussi le droit de les combattre. Mais en l’espèce, il y a tromperie sur la marchandise ! Les militants picards disent être mus par une volonté politique et on veut bien croire, à les entendre, que c’est pour « casser du bourgeois » qu’ils ont rejoint le « combat ».

Il y a tromperie sur la marchandise car, contrairement à ce qu’on fait croire à ces gens, la chasse à courre n’est pas un repaire de privilégiés. Il suffit, pour s’en convaincre, d’avoir suivi une chasse de lièvre dans l’Aveyron, de chevreuil en Creuse, de cerf en Gironde, ou de sanglier en Haute Garonne. La vènerie est principalement pratiquée par des gens simples, proches de la terre et aimant la chasse au chien courant. Alors bien sûr, il y a quelques « maisons » plus brillantes, à l’histoire prestigieuse et ancienne, qui n’ont pourtant pas à rougir de ce qu’elles sont. Car il en va de la vènerie comme de toute activité humaine : les gens de toute condition s’y côtoient. Comme se côtoient eux-aussi amateurs de foot ou de tennis dans les tribunes des stades, où les loges VIP voisinent avec les strapontins ; et tout le monde s’y passionne pour la même activité. Précisons même qu’à la chasse à courre, les supporters ne paient pas, ce qui, au fond de nos campagnes, constituent un avantage apprécié.

N’en déplaise à Trotsky, la révolution permanente n’est pas encore partout en route, camarade ! et la vènerie est une des magnifiques illustrations de la capacité des hommes à communier autour d’une même passion, par-delà leurs conditions sociales et leurs opinions politiques.

On peut ne pas aimer la vènerie, mais pas pour de fausses raisons.

Une vie de chien : « À mon Limier »

On a tous eu un jour un chien exceptionnel. Pour nous, il s’appelait « Limier », grand, fin et manteau couvert comme on les aime. Ah ! Il était connu et reconnu notre Limier. Avec sa voix spéciale que tout le monde identifiait.

Limier était rapide, criant et avait un nez extraordinaire. Pourtant, à la naissance, sa mère n’avait pas de lait. Récupéré au bout de 3 jours chez notre ami, il était amaigri, froid, il n’aurait jamais dû vivre.

Après l’avoir gardé à la maison et nourri au biberon, Eclipse, une chienne de chez nous qui avait mis bas, l’a adopté. Etant d’un père très fin de nez à 18 mois, il a tout de suite été mis en rapprocher ; il a vite compris son métier.

A 2 ans et demi, il emmenait déjà la meute ; on avait tous confiance en lui, chiens comme humains. Il fallait qu’ils courent, les sangliers, car notre Limier ne leur laissait aucun répit.

Je me souviens, un jour de chasse ; un sanglier méchant nous est annoncé sur le territoire. Bien sûr avec notre chance nous l’attaquons. Il se fait chasser 5 minutes dans des balais et débuche ; il est au milieu du pré alors que Limier sort juste de l’enceinte ; en quelques foulées, il le rattrape. Le sanglier s’arrête et fait face à lui « Tiens bon mon Limier ! Tiens bon ! criait mon père. » Fidèle Limier, prudent, évite les charges de notre animal et attend son équipe ; l’animal est pris, sans casse.

Grâce à lui pas de répit pendant trois belles saisons. Puis cette foutue maladie est arrivée, comme ton père, tes oncles, tes tantes. Tes reins ont commencé à te faire défaut. Prise de sang, traitement, deux mois de combat, deux mois sans toi a la chasse. Deux mois à arriver dans le change, dans un défaut, mon oreille te cherchant encore et encore ; je me suis même surprise à dire à voix haute « aide nous Limier ! »

Ce jour est arrivé, le 6 janvier, où tu es parti rejoindre les autres. Finie ta gaieté, finis les longs câlins dans la paille, terminé les « au coute à Limier ». Le chenil est rempli de tes enfants et, crois-moi, ils ont de qui tenir ; on ne pourra jamais arrêter de parler de toi.

Au revoir mon beau et bon chien.

France bleu et sa parodie d’injure

Journalistes, humoristes, avocats et autres chroniqueurs à la mode ont tendance, ces derniers temps, à prendre position contre la chasse à courre. Une position très « audacieuse » dans le contexte actuel. Gonzague Guespereau, veneur de chevreuil, en a eu la bile échauffée et nous le fait savoir. Une parole de veneur en forme de coup de gueule.

Il est vrai que ces temps-ci il est « tendance » de donner dans l’agri-bashing et dans le chasse-bashing. C’est plus facile que l’inverse ; moins courageux aussi. « Curieuse époque où certains veulent imposer leur mode de vie aux autres », nous a écrit un responsable de Radio France.

La chasse à courre est ainsi décriée de manière violente et intolérante dans les médias, jusqu’à traiter les veneurs de « tocards », de « têtes de cons. » Que cherche-t-on ? Une société intolérante, où l’on s’invective et se méprise ? Je préfère une société inclusive, qui respecte et apprécie la diversité. Ne pas aimer la chasse à courre fait partie de la sensibilité propre à chacun, et c’est donc bien respectable. Mais injurier se pratiquants et trainer ce sujet dans l’ornière du « pour ou contre », conduisant à l’intolérance radicale, c’est abject, destructeur de la paix civile, et intolérant.

S’il y a un quasi-consensus pour respecter (plus que sauver, ce qui serait bien prétentieux) la planète, pouvons-nous réellement le faire sans considérer et accepter la nature telle qu’elle est, avec la prédation qu’elle porte en elle ? Le renard est-il « méchant » quand il tue une poule ?  Ou est-ce à nous, humains, d’accepter la nature et sa chaîne alimentaire comme étant normal et même nécessaire ? L’humain n’est-il pas le seul prédateur capable d’adapter ses prélèvements en fonction des effectifs, afin de maintenir un équilibre écologique ?

Oui, la chasse est fondamentalement nécessaire et légitime, et la chasse à courre est une des chasses les plus naturelles, sans armes, impliquant uniquement des animaux, dans leur instinct le plus authentique.

Comment croyez-vous que nous emmenions 30 chiens libres en forêt, sans un merveilleux lien d’amour et de passion commune ? Venez visiter nos chenils et constater le lien d’amour très fort qui nous unit à nos chiens !

Nous, veneurs, fondons de grands espoirs sur vous, journalistes, pour vous informer puis informer votre public sur la réalité de la vènerie, plus que sur des jugements de valeur a priori, déconnectés et conflictuels. Elle passionne des dizaines de milliers de Français ; cherchez aussi à comprendre pourquoi !

Le veneur épuisé ?

Tel Sisyphe hissant son rocher vers le sommet d’une colline jamais atteint, le veneur du XXIème siècle doit inlassablement expliquer et réexpliquer à ses contemporains ce qu’est la chasse à courre. Wikipedia, « l’encyclopédie libre » en ligne auquel se réfère désormais quiconque cherche une première information, ne l’y aide pas, puisqu’il définit la chasse à courre comme « un mode de chasse ancestral qui consiste à poursuivre un animal sauvage… jusqu’à son épuisement ». Outre que dans la France des 35 heures et du burn-out, l’épuisement a mauvaise presse, on est en droit de trouver la définition légèrement orientée, et, de toute façon, incomplète.

Dit-on de Rafael Nadal, vainqueur de Roland Garros en octobre dernier, qu’il a « épuisé » Djokovic en trois sets ? Ou de Tadej Pogačar, vainqueur du Tour de France 2020 qu’il a épuisé ses concurrents ? il leur a fallu d’autres qualités pour s’assurer la victoire ; celles qui font d’eux de grands sportifs. L’épuisement a deux caractéristiques : il est largement partagé par l’ensemble des protagonistes d’une activité, quelle qu’elle soit, et il est insuffisant à la définir.

Alors oui, dans toute activité physique, on se fatigue et il suffit d’avoir participé à une seule chasse à courre dans sa vie pour savoir que cette fatigue est largement partagée par les hommes, les chiens, et les chevaux quand on les utilise. Cette fatigue, en revanche, n’est pas toujours le fait de l’animal chassé, et la plupart des animaux qu’on a « laissé coucher en forêt » y sont restés d’avoir su fatiguer les chiens avant de l’être eux-mêmes.

Si la vènerie est bien la confrontation de deux aptitudes physiques, celle de la meute et celle de l’animal chassé, le défi qui se joue est celui de la ruse de l’animal et de la capacité des chiens, servis par les hommes, à la déjouer. Et c’est bien cet aspect-là de la vènerie qu’il nous appartient d’expliquer. Pourquoi les animaux rusent, comment ils ont appris, quelles sont ces ruses, quelle part est faite à l’inné et à l’acquis. Comment les chiens les déjouent, comment les hommes tentent de les y aider. L’émerveillement du veneur face au travail des chiens guidés par un flair incomparable, sa curiosité insatiable à observer l’intelligence de l’animal chassé, son comportement et l’instinct de conservation qui préside à tous ses actes, la connaissance de la faune sauvage à la fois profonde et jamais satisfaite qu’il en acquiert.

En définissant ainsi la vènerie, on explique ce qui nous y attache si intensément. On fait aussi, peut-être, toucher du doigt à des gens moins familiers du monde sauvage, l’intérêt de sa fréquentation, telle que la conçoit le veneur.

Alors bien sûr, au bout, il y a la mort – une fois sur quatre – lorsque les chiens déjouent les ruses de leur animal de meute. Au titre de la gestion des espèces, cette mort est programmée, à courre ou à tir. Et la beauté du combat, sa loyauté vis-à-vis de l’animal, la rencontre sans égal de la faune sauvage qu’il offre, et la communion de ceux qui y participent font de notre mode de chasse une expérience exceptionnelle. Soyons heureux d’être veneurs, et surtout, épuisons-nous à une chose : le faire comprendre !

NB : pour ceux de nos lecteurs qui en auraient l’idée, modifier la définition dans Wikipedia n’est pas chose aisée. Faîtes-nous partager votre expertise.

Hommage à Alex Guiard

Mercredi 16 décembre, un jeune veneur de 26 ans est décédé dans un accident de la circulation à Bordeaux, alors qu’il partait pour la chasse. La Société de Vènerie présente ses condoléances les plus sincères à sa famille. Sa sœur Laure nous livre son témoignage, en mémoire d’Alex.

Peu de vous le connaissaient, car il était discret. Ceux qui ont eu la chance de croiser son chemin peuvent le dire : du haut de ces 26 ans, sa maturité, sa prestance et son accomplissement étaient impressionnants.

Je revois encore l’admiration que nos chiens lui vouaient, la lueur puissante dans leurs regards, lorsqu’il rentrait dans le chenil, parce qu’eux savaient. Alex allait les guider à pied ou à cheval.

La chasse qu’il aimait était la plus difficile ! Du bois le matin de bonne heure à démêler les traces laissées par le sanglier dans la nuit, aux longs rapprochés, aux laisser courre interminables riches de longs forlonger, de nombreux relancer où seule la nuit ou la prise pouvait l’arrêter. La forêt, les dunes landaises étaient le territoire qu’il affectionnait le plus, notre territoire le plus complexe, celui qui le faisait vibrer. Dans cette forêt résonneront à jamais ses « hophophop ». Je ne doute que du haut de son grand Buzz, il ne cessera de guider comme il disait « nos guerriers ».

Quelques anecdotes me reviennent. Plus de 70KM dans les pins et nous attendions tous les deux que les cavaliers nous retrouvent, sans savoir nous-mêmes où nous nous trouvions ; alors que nos chiens ne cessaient de maintenir leur animal et que la nuit nous rattrapait il avait toujours espoir. La fois où, encore mineur, sa botte s’est retrouvée avec des séquelles d’un hallali complexe, ou lors d’un bat l’eau pour lequel il trouvait que pagayer avec une pelle était plus efficace, toutes les fois où il descendait de cheval car le territoire ne permettait pas de servir les chiens à cheval, et même là il arrivait à être devant nous. Nos relancés improbables, nos hallalis inattendus resteront nos souvenirs les plus forts.

L’absence d’Alex crée l’immensité du vide, comme frère, binôme, moitié, allié, mais aussi fils, ami, veneur, maître, cavalier, pompier, collègue. Il ne suffit pas d’être âgé ni d’être d’une taille très importante pour être un grand homme ; il en était la preuve !

Les animalistes ont cru pouvoir utiliser cette photo pour discréditer la chasse à courre

Les animalistes ont cru pouvoir utiliser cette photo pour discréditer la chasse à courre.

Ils écrivaient dans un post facebook le 1er janvier dernier : « Cette photo (…) résume, à elle seule, la monstruosité de la chasse à courre. Souvenons-nous des éléments de langage constamment utilisés par ces individus : « Cette belle chasse », « Chasse juste où le cerf a toutes les chances de s’en sortir, où il s’amuse… » Traqué pendant plus de cinq heures, jusqu’à la tombée de la nuit, par une horde de chiens, chevaux, suiveurs à vélo, 4×4 tous phares allumés. C’est effectivement équitable et amusant ! »

Ils ont, encore une fois, démontré leur ignorance complète de ce qu’elle est.

Que voit-on sur cette photo ?

  • Un cerf chassé ; les cerfs font partie de ces espèces de grands ongulés qui prolifèrent sous nos latitudes et dont la régulation est une nécessité, afin d’assurer le juste équilibre entre les activités humaines et la persistance d’une faune sauvage dans nos territoires que l’Homme a grandement domestiqué. Il est légitime de chasser les cerfs.
  • Une meute de chiens qui le chasse ; on ne saurait imaginer le travail qui prélude à ce moment : élevage des meutes, soins, entrainement, éducation. Ces différentes étapes concourent à ce que ces chiens chassent un animal sauvage en territoire ouvert, s’attachant à déjouer ses ruses multiples. Ils ne triomphent qu’une fois sur quatre de ces ruses et des ressources physiques énormes de cet animal. Le moment photographié est proche de la prise de l’animal, juste récompense pour la meute de son travail appliqué.
  • Des sympathisants qui suivent la chasse à vélo ; la vènerie attire de très nombreux riverains épris de ce mode de chasse. La chasse à courre se pratique dans des territoires souvent ouverts à tous, comme c’est le cas dans cette forêt domaniale. La vènerie n’a jamais été aussi populaire.
  • Une voiture de sécurité, chargée d’assurer une cohabitation harmonieuse entre les veneurs, leurs chiens, l’animal chassé et les autres usagers des espaces forestiers ouverts que la chasse traverse.

Loisir et nécessité

Dans la note émanant du ministère de la Transition Ecologique en date du 31 octobre, qui donnait des instructions relatives à la pratique de la chasse dans la période de confinement, une notion est venue taquiner la susceptibilité des veneurs. La note distinguait en effet la chasse-loisir de la régulation. Certains ont cru y voir la sombre perspective d’une réduction future de nos activités à la seule régulation. Rien de tel n’est concevable, et ce pour trois raisons :

  1. Tout d’abord, le raisonnement ne tient pas, car il tend à confondre la cause et la conséquence. La régulation, dont presque personne ne semble remettre en question la nécessité, n’est que la conséquence d’une activité de loisir, qui s’appelle la chasse, qui mobilise chaque année plus d’un million de pratiquants, lesquels y consacre un budget de 3 milliards d’euros. Aucun de nous ne se lève le matin en disant qu’il part réguler ; nous partons nous adonner aux plaisirs de la chasse, et contribuons, par voie de conséquence, à la nécessaire régulation des espèces. L’unique alternative consisterait à confier cette mission à des fonctionnaires payés pour la mission. Quel intérêt de priver ainsi des pratiquants de leur passion et de grever un peu plus le budget de l’Etat ?
  2. Nous vivons dans une société des loisirs ; la réduction du temps de travail offre à nos contemporains la possibilité de se livrer à des activités variées hors du temps contraint pour assurer leur subsistance ; c’est assurément un progrès social. Le délassement que les temps de loisirs procurent délivre de la fatigue et du surmenage. Il développe aussi la vie émotionnelle, facteur du développement de la personnalité. Il est, par conséquent, cocasse qu’on envisage de voir disparaitre la chasse loisir, deuxième pratique sportive juste derrière le football et devant le tennis. Qu’adviendra-t-il dès lors des autres sports qui comptent moins d’adeptes ? Doit-on interdire la pétanque et ses seulement trois cent mille pratiquants ? le parachutisme qui n’en compte que soixante mille et s’avère proportionnellement beaucoup plus accidentogène que la chasse ?
  3. A moins qu’on veuille définitivement considérer que « tuer des animaux, c’est mal ». Cette idée typiquement antispéciste se heurte à la dure réalité qui veut que, pour se hisser au sommet de la chaîne alimentaire, l’Homme a tué et continue de tuer des animaux, qui, eux-mêmes, s’entretuent. L’idée chrétienne qui imprègne heureusement notre société – tu ne tueras point – doit s’entendre comme « tu ne tueras point d’autres hommes ». On ne saurait mettre sur le même plan les animaux que nous tuons depuis la nuit des temps pour nous alimenter et nous protéger. En ce sens, la chasse est dans les gênes des hommes qu’elle a façonnés. Sa pratique au XXIème siècle, outre qu’elle porte témoignage de ces origines, ne se conçoit que dans le respect d’une éthique qui doit animer chacun d’entre nous.

On peut peut-être vivre sans chasser, quoiqu’on chasse depuis la nuit des temps. On peut aussi vivre sans voiture, sans téléphone portable et sans télévision, dont, assurément, les hommes se sont passés durant l’essentiel de leur présence sur la terre. Mais, à quoi bon ? Le génie humain a conçu tout cela ; il relève d’une éthique de la responsabilité d’en user avec mesure.

Décidément non, lorsque la note ministérielle évoquait la nécessité de réguler, ses auteurs ne sous-entendaient à aucun moment le projet de réduire la chasse à cette seule activité. Et si d’aventure ils l’envisageaient, ils y auront renoncé à la lecture de ces lignes.

Teapot, cette chienne exceptionnelle !

Remarquable ? C’est-à-dire que l’on remarque, qui se distingue des autres, qui est exceptionnel ;

Les chiens de lapin doivent être courageux (il en faut du courage pour se faufiler dans les ronces ou les ajoncs !), créancés bien sûr (chez nous, il y a plus de gros gibier que de lapins !), très fins de nez (la voie du lapin est très légère), mais surtout, avoir la passion et l’intelligence de la chasse, penser « lapin » et, si possible, avoir une belle gorge. En somme être parfaits ! Autant dire que l’on n’a pas ce chien tous les jours.

Quand je repense à toutes les chiennes que j’ai élevées (on ne garde que les femelles), plusieurs me viennent à l’esprit. Celle que je choisis aujourd’hui pour illustrer ce propos s’appelait « Teapot ». Elle avait toutes les qualités que j’ai citées. D’excellentes origines de lapin de chez Philippe Boisseau, elle était bien dans le standard du Beagle.

Quand elle n’était pas à la chasse, elle avait presque l’air lymphatique. Souvent en liberté dans la cour, nous la surnommions  » le nain de jardin ». Elle pouvait rester assise au même endroit, là où l’on prépare la soupe, sans bouger pendant un temps infini, comme perdue dans ses pensées ou dans ses rêves. Mais attention, le jour de chasse, c’était un tout autre chien. Difficile de lui mettre son collier tellement elle se tortillait d’impatience. Première montée dans le camion pour partir, dernière au retour ! Teapot rapprochait à merveille. A peine descendue, elle avait déjà le nez par terre. Elle lançait un lapin rapidement et ne le lâchait plus. Mais malgré cet enthousiasme, elle restait très appliquée, ne surallant pas la voie, ne se laissant pas distraire. C’était souvent elle qui relevait les défauts compliqués. Elle avait cette intuition propre aux chiens remarquables : on avait l’impression qu’elle réfléchissait, toujours avec ce flegme qui la caractérisait. Quand les autres s’agitaient ou se décourageaient, elle respirait les feuilles une à une, les retournant parfois avec son petit nez. C’était un spectacle ! Tout le monde retenait sa respiration. Personne n’avait le droit, bien sûr, de la déranger.

Les lapins ne sont pas des animaux de grand parcours certes, mais ils ont le don pour emmêler leurs voies, passant plusieurs fois dans leur voie chassée, perturbant inévitablement les chiens. Teapot avait cette intelligence d’avoir compris cette ruse. Elle nous a souvent tirés de l’embarras. Un jour, alors que tout le monde voulait abandonner – cette fois-ci, c’est fichu ; on remet les chiens en meute pour rentrer – il manque Teapot. Plus perspicace que les autres (chiens et humains compris), elle n’a pas capitulé : toujours appliquée, elle a démêlé les voies, centimètre par centimètre.

Elle était du genre « Beagle cogneur », voix puissante que l’on reconnaissait bien. Inutile de dire qu’une telle chienne ne s’est jamais laissée tenter par la voie d’un sanglier ou d’une biche. Oui Teapot était excellente, mais ce qui la rendait remarquable c’était aussi sa « personnalité ». Son regard, ses yeux d’or nous parlaient, nous suppliaient parfois :  » alors, on y va ? » Nos chiens sont très proches de nous au lapin, les miens naissent à la maison, la complicité en est renforcée. Teapot avait ce caractère à la fois intelligent et affectueux qui jusifie l’adage : « le chien est le meilleur ami de l’homme ».

Lors d’une chasse, après une brillante saison, Teapot a eu un AVC. Mourir à la chasse, remarquable !

Liberté & vènerie

Le contexte délétère actuel invite à retrouver toute la beauté de la chasse à courre. Mais au-delà, en lisant tous les arguments pour la défendre avec intelligence, une image résolument moderne de la vénerie apparaît. En effet, derrière toutes les « raisons de ne pas interdire la chasse à courre », une idée essentielle et au cœur de la vocation du veneur, se dessine. Cette idée est celle de la liberté.

Pour le philosophe, la liberté se définit positivement comme le pouvoir propre à l’homme d’être la cause première de ses actes et de choisir entre le bien et le mal. Par ses décisions, le chasseur agit strictement selon cette définition. Il convient dès lors de se demander dans quelle mesure les attaques contre la chasse en général et contre la vénerie en particulier, menacent en réalité la liberté. Si à travers elle, la liberté est fragilisée, la défense de la chasse dépasse alors le seul cercle des chasseurs, pour intéresser toutes les personnes attachées au bien commun.

Au fondement des attaques contre la chasse se trouve une volonté liberticide, consciente ou non. La passion pour la cause animale, parfois sincère, révèle surtout une détestation pour l’Homme et une ignorance encore plus grande de sa liberté. Ce n’est pas tant la chasse en elle-même qui est visée que son exercice par des hommes libres. A cet égard, l’exemple du canton de Genève est édifiant. Après un accident, une votation populaire a décidé l’interdiction de la chasse dans le canton en 1974. Les bénéfices écologiques sont présentés aujourd’hui comme indéniables, à relativiser toutefois en raison de la physionomie urbaine du canton. Pourtant, le sort des animaux est demeuré le même. Après comme avant, les animaux sont toujours tués. La seule différence réside dans la personne qui exerce le droit de donner la mort. Après l’interdiction, ce sont des fonctionnaires, personnes neutres et sans visage, qui assurent la régulation des populations animales, bel euphémisme administratif au demeurant. Ce ne sont plus des hommes, attachés à la terre de leur pays, conscients intuitivement du fragile équilibre construit au fil des siècles entre les activités humaines et la nature, qui s’associent librement pour le préserver. Si la chasse, comme la liberté, peut être encadrée par la loi, s’en remettre à l’Etat et à son administration pour l’exercer, revient à renoncer à croire en l’homme et en sa capacité à choisir entre ce qui est bien et mal. En un mot, à être libre.

Si interdire la chasse revient à interdire la liberté, il est dès lors très dangereux d’être contre. Il est possible de ne pas aimer la chasse mais être positivement contre est impossible. Cela revient à nier la liberté. Elle est bien trop fragile, pour être imprudemment négligée. Souvenons-nous du mot de Thucydide : « le bonheur est une question de liberté et la liberté une question de vaillance ». Pour qu’elle vive, la liberté exige de faire preuve d’une force patiente et d’une grande prudence. Ce n’est que sur le temps long que se récoltent les fruits de ce travail quotidien et parfois ingrat, fait d’instruction et d’éducation. Abandonner une seule fois par facilité cette exigence, c’est renoncer à une richesse incomparable mais inaccessible tout de suite. C’est vrai pour la liberté comme pour le laisser-courre. Ces vertus sont au cœur de la vie d’un veneur et il est impossible en réalité, de les distinguer de celles d’un homme de bien. Perdre un des derniers lieux où la liberté se vit, serait une catastrophe incommensurable et ne devrait laisser personne indifférent.