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AVA et paranoïa

Les opposants à la chasse à courre ont récemment présenté leur bilan de la saison 2020/2021 sur leurs réseaux sociaux. Ceux qui doutent de l’objectivité de leur analyse, tout en nuance, ne vont pas être déçus.

Sur 15 000 journées de chasse à courre organisées entre le 15 septembre 2020 et le 31 mars 2021, nos opposants dénombrent 37 incidents qu’ils qualifient de « graves », soit un incident toutes les 405 chasses ; pas étonnant que peu d’entre nous s’en soient rendu compte. Encore précisent-ils qu’il ne s’agit là que d’une « part infime de la réalité ! Les veneurs étant prompts à faire nettoyer derrière eux, à offrir des morceaux de gibier et de l’argent aux habitants dérangés, mais aussi à tout simplement menacer et faire pression sur ceux qui hésiteraient à parler. Tout est fait pour maintenir cette omerta. » La fameuse théorie du complot revisitée à la sauce mafieuse ; on voit que, pour ce qui est du bilan objectif, ça commence très fort.

Nous avons regardé de près ces prétendus incidents :

  • Quinze d’entre eux sont de pures inventions ; la liste – fastidieuse – est à disposition.
  • Cinq sont relatifs à des chiens prétendument « errants ». Rappelons qu’un chien errant est un « chien qui vit sans entrave ni domicile parce qu’il n’appartient à personne ou parce que le lien avec son maître est cassé, par fugue ou abandon ou parce que son maître est décédé» (définition Wikipedia). Dans le cas de la chasse à courre, il ne peut s’agir de « chiens errants » ; les chiens de vènerie sont tous tatoués ou pucés ; leurs propriétaires sont ainsi parfaitement identifiables ; aucun équipage n’abandonne ses chiens. Courant librement dans des espaces ouverts, les chiens de meute peuvent s’écarter de la voie de l’animal et échapper un moment à la vigilance des veneurs, sans, pour autant, pouvoir être qualifiés d’errants.
  • Deux autres prétendus « incidents graves» sont relatifs à des cerfs graciés ; nos opposants auraient-ils préféré qu’ils soient servis, eux qui se vantent de les sauver ?
  • Signalons le tragique 2 janvier 2021 où une poule a été croquée en bordure d’une forêt tandis qu’au même moment un chien était mordu dans une autre ; on ne trouve mention d’aucun de ces deux « incidents graves» dans la moindre gazette, leurs correspondants locaux, même les plus avides d’actualité cynégétique, ne s’en étant pas montrés intéressés.
  • On relève aussi deux collisions entre un animal de meute et un véhicule ; voilà qui explique, en partie seulement, les 30 millions de mammifères tués sur les routes d’Europe chaque année selon le magazine « Frontiers in Ecology and the Environment », peu suspect de sympathie pour les veneurs.
  • Le reste est à l’avenant et on craindrait de lasser le lecteur de ces lignes à les énumérer plus longuement.

Reste un incident important, survenu en gare de Chantilly le 12 janvier, et ayant entraîné une perturbation du trafic ferroviaire ; si cet incident fait l’objet d’un règlement amiable entre la SNCF et l’équipage qui chassait, il pose aussi, bien évidemment, la question de la cohabitation de la vènerie avec la vie des villes.

Quelle énergie mauvaise, quelle imagination perverse, quelle hargne idéologique, quel délire paranoïaque habitent les rédacteurs de ces mensonges pour transformer des anecdotes dérisoires en prétendus « incidents graves » ?

« Être au-dessous de ses prétentions avouées constitue un ridicule constant dont se repaissent les petits esprits », affirmait Honoré de Balzac dans la Comédie Humaine. Il y a assurément peu de grands esprits à l’origine de ce bilan fumeux.

Tempête, la chienne qui m’a fait aimer la vènerie

Cela fait quatorze ans que j’ai rencontré mon mari Jacques, et par voie de conséquence, quatorze ans que j’ai découvert la vènerie. J’ai très vite compris que si je décidais de vivre avec l’un, je devrais également vivre avec l’autre. Cependant je ne peux pas dire que je sois tombée aussi rapidement amoureuse de la vènerie que de celui qui m’y a initiée. J’appréciais les journées à cheval en forêt, entourée de nos amis. Pour autant la chasse ne m’a pas immédiatement conquise. Il a fallu pour cela une nouvelle rencontre.

Cette rencontre, c’est celle que j’ai vécue avec les chiens. C’est à travers eux, en les voyant se donner sans compter à chaque chasse, et en découvrant tous les sentiments que cela me procurait, que je me suis à mon tour passionnée pour la vènerie. La première à m’avoir fait ressentir ces émotions fortes est une chienne du nom de Tempête.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Tempête n’est pas née chez nous, aux Capucins. Elle y est même arrivée déjà vieille, à l’âge de huit ans. En revanche, c’est un des premiers chiens à y avoir vécu. Elle faisait partie du lot que nous avait cédé M. Michel Cavarot, ancien Maître d’équipage du Rallye des Cimes, alors que nous nous lancions au lièvre. M. Cavarot nous avait conseillé de nous méfier de son caractère très chasseur et parfois peu créancé, la chienne ayant tendance à apprécier les odeurs de chevreuil.

Méfiants ou non, nous avons dû attendre avant de découvrir les qualités de Tempête. Habituée à chasser avec des veneurs à pied, elle s’est mise entre les pattes d’un cheval qui lui a marché dessus dès notre première chasse. Diagnostic : fracture. Traitement : repos ! Pendant de longs mois, nous avons donc chassé avec tous les autres chiens, sans savoir que nous laissions au chenil la meilleure d’entre eux.

Parmi tous les chiens qui ont vécu aux Capucins, Tempête n’est pas la plus belle. Elle était petite, tricolore, un peu rousse, au poil épais, et à la tête toute blanchie de vieille chienne. Ce n’était pas non plus la plus rapide. A la chasse, elle avait la fâcheuse manie de s’arrêter tous les deux mètres pour crier en levant la tête, comme si elle hurlait au loup. En termes d’efficacité, on a vu mieux. En revanche, c’était de loin la plus passionnée. C’est cette fureur de chasser qui me fascinait chez elle.

L’intelligence qu’on pouvait lire dans ses yeux était irrésistible. On aurait cru qu’elle comprenait tout. Elle savait d’ailleurs très bien se faire comprendre en retour. Ce n’est pas pour rien si elle a fini sa vie entre le chenil et la maison, passant la plupart de son temps allongée sur le canapé aux côtés de notre Jack Russel, ou en train de se balader dans le jardin.

L’amour des chiens est la motivation principale de mon mari dans sa passion pour la vènerie, et dans la vie de manière générale. Cette motivation je l’ai faite mienne, grâce à Tempête et à tous ceux qui lui ont succédé. La passion pour nos chiens est au fondement de notre équipage des Petites Landes Capucins, et nous sommes aujourd’hui très heureux de la partager avec tous ceux qui y chassent avec nous.

« La cohabitation m’exaspère… »

Retour à la Nature aidant, le veneur n’est plus seul en forêt. Et les nouveaux arrivants ont à peu près en nous voyant la réaction du facteur noir des Visiteurs lorsqu’il aperçoit le brave Montmirail. Les grandes heures de la Vénerie façon Vernet ne sont plus. Voulons-nous considérer les autres promeneurs comme des hôtes à part entière et non comme des intrus que nous tolérons ? Et si, derrière le veneur, il y avait un gars sympa croisé un jour en forêt avec qui vider un godet

Si la situation de la Vénerie n’était pas si préoccupante, ou justement peut-être parce qu’elle l’est, un bel esprit écrirait certainement une nouvelle fanfare, « Le badaud en forêt » ou « La VTT » dont les paroles chantées version piqueux commenceraient par « La cohabitation m’exaspère… » pour mieux égayer nos dîners d’après-chasse. Nous aurions sans doute plus souvent l’occasion de la sonner que notre « Passage de l’eau en barque ».

Il faut dire que, retour à la Nature aidant, nous ne sommes plus seuls en forêt. Nous avions l’habitude des ramasseurs de champignons. Ces promeneurs, connaisseurs des lieux de cueillette et des types de champignons (souhaitons-le pour eux…), étaient issus peu ou prou de la même branche d’arbre que les veneurs. Les croiser en forêt ne posait pas de difficulté particulière pour peu que l’on fasse preuve d’un minimum de civilité.

Les choses ont singulièrement changé avec l’arrivée des zélés zélotes de Décathlon, vététistes harnachés ou autres adeptes de la marche nordique embâtonnés qui ignorent à peu près tout de la chasse à courre ; ou pire encore qui n’en connaissent que ce que les médias en disent… Sûrs de leur bon droit, ils sont jeunes, ils sont bio, ils sentent bon la sueur chaude… ces nouveaux arrivants ont à peu près en nous voyant la réaction du facteur noir des Visiteurs lorsqu’il aperçoit le brave Montmirail : « des malades, c’est des malades… ». On en rit au cinéma, mais il faut s’en inquiéter en forêt car les gros bataillons de la contestation viendront de leurs rangs plus que de ceux des antispécistes déjà discrédités par leur jusqu’au boutisme. La question qui se pose à nous tous, dans la durée, est donc de savoir comment accueillir nos nouveaux amis.

Chacun a en tête des bonnes pratiques. Elles ont souvent été rappelées. Elles sont la base de la courtoisie déjà abordée dans une autre Lettre. Mais la question n’est pas là. Comment se fait-il que les êtres charmants que nous savons être au rendez-vous soient de pareils butors en action de chasse ? Bien des rancœurs profondément cuites et recuites ne proviennent que des malentendus initiaux. Le renard ne demandait rien d’autre qu’un peu de patience au Petit prince pour être apprivoisé. Savons-nous apprivoiser nos nouveaux colocataires ? Il n’y a là rien d’insurmontable… à condition de le vouloir.

Le point clé est là. Les grandes heures de la Vénerie façon Vernet ne sont plus. Voulons-nous considérer les autres promeneurs comme des hôtes à part entière et non comme des intrus que nous tolérons ? Lisez bien les commentaires sur Facebook (n’y répondez pas…). Peu d’idéologues s’expriment. La majorité parle de préjugés et de craintes. Sentiment de mépris, peur d’être bousculé, tiré comme un lapin. Et si, derrière le veneur, il y avait un gars sympa croisé un jour en forêt avec qui vider un godet en chantant « La cohabitation m’exaspère… » ?

Alors la Vénerie vivra !

La chasse, cette connexion à notre nature

Ayant passé ma jeunesse au cœur d’une meute et vivant au rythme de la forêt, c’est lors de mes années de vie à l’étranger en quête de connaissances et découvertes que j’ai compris l’essentiel. J’ai pleinement pris conscience de ce que la chasse m’apportait dans sa globalité en tant que femme et plus encore, en tant que mère.

À l’heure où chacun est pris dans le rythme effréné que nous impose la société, nombreux sont ceux qui, bienpensants, se perdent et se déconnectent.

De plus en plus marginalisés, subsistent encore quelques millions de veneurs et chasseurs, non entendus, non reconnus. Mais pourquoi les attaque-t-on au nom du bien-être animal et de l’écologie ? Encore connectés à notre nature, nous sommes ancrés, remplis de bon sens et de fait, peu manipulables. Si seulement « ils » savaient et comprenaient le lien entre la spiritualité et la chasse, pourquoi cette passion nous remplit et nous anime tant !

Chaque week-end au fil des saisons, des millions d’âmes s’illuminent pour communier avec la nature. Tôt le matin, dans le silence, une atmosphère nous pénètre. Nos animaux le sentent, on se connecte ensemble, on se prépare puis on concocte notre panier de mets élaborés avec amour pour les partager. Nous avons tous le cœur rempli de joie mais aussi plein d’interrogations, dans l’attente de découvrir les défis et les moments privilégiés que nous proposera la nature. Arriverons-nous à associer nos connaissances cynégétiques à notre savoir-être tout en écoutant notre instinct pour fonctionner en synergie et en confiance tous ensemble ?

Nous nous réjouissons de nous retrouver, puis, en symbiose, dans une même dynamique, avec notre groupe d’amis, notre famille, nos chiens et nos chevaux nous débutons la chasse. Commence alors la grande danse où nous unissons nos vibrations à celles de la forêt, des plaines, des rivières, des animaux domestiques et sauvages. Pendant ces quelques heures, nos cinq sens en éveil, tête aux aguets et corps actif, nous sommes plus que jamais à l’écoute de notre instinct, ancrés dans le moment présent à recharger nos batteries tout en fusionnant avec l’immense énergie qui nous entoure.

La journée aura offert à chacun son flot d’émotions, de fatigue et son lot de partage. Chacun aura vécu son pic d’adrénaline et en aura pris plein les yeux, le nez et les oreilles pour rentrer le cœur rassasié. Chaque animal qui aura été prélevé avec loyauté fait partie du cycle de la vie et ceux que nous aurons laissés en forêt forceront notre respect.

Comme l’ont fait mes parents, je m’évertue à transmettre à mon tour à mes enfants ces valeurs et à les sacraliser. Rester aligné à cette réalité et à son bon sens paysan, c’est détenir les clés de notre vraie nature. Cette connexion leur apportera les bons outils pour se ressourcer physiquement, se nourrir mentalement et réussir à trouver le bonheur dans la simplicité. En d’autres mots, c’est leur donner l’opportunité d’être et de rester libres en accédant à leurs ressources intérieures.

Quête, conquête et prise

La saison qui s’est achevée il y a un peu plus d’un mois aura vu revenir comme une litanie, en dépit des aléas inhabituels liés au contexte sanitaire, la question éternellement posée : « tu as chassé ? vous avez pris ? ». Cette obsession de savoir si « vous avez pris » ne saurait résumer, pour le veneur éclairé, l’intégralité de sa journée de chasse. Quand bien même la prise constitue l’objectif, « seule la route est belle » et la chasse n’est pas seulement belle d’avoir pris ; elle l’est aussi – voire surtout – de ce qui a précédé la prise.

Nos détracteurs reprochent à ce vocable « prendre – ou ne pas prendre – un animal » d’édulcorer le fait que nous le tuons. C’est – encore et toujours – ne pas comprendre ce qu’est la chasse à courre. L’expression « prendre un animal » emprunte au vocabulaire guerrier. On prend un chevreuil ou un lièvre, comme on prend une citadelle ou une place forte. Il s’agit de conquérir ici la position de l’adversaire, là l’animal sauvage. Dans l’un comme l’autre cas, cet « autre » est réputé difficile et même hostile à se laisser prendre.

L’altérité de l’animal de vènerie, c’est sa sauvagerie. Lorsque mon voisin plume son oie, je ne lui demande pas s’il vient de la prendre, mais s’il l’a tuée ce matin ou hier ; son oie est un animal domestique ; elle est née puis a été élevée pour être mangée. Insister sur ce point n’est pas une manie de grammairien vétilleux ou de carnivore obsessionnel mais la recherche de la signification profonde de ce que sont les animaux domestiques et les animaux sauvages dans leur relation à l’Homme.

Chasser à courre, c’est tenter de conquérir un animal sauvage ; ce que l’Homme n’a pas domestiqué, il tente de s’en emparer, nature du prédateur qui domine la chaîne alimentaire depuis la nuit des temps ; ambition sans cesse renouvelée puisque, par définition, le sauvage est destiné à demeurer sauvage. Prendre un animal signifie la victoire éphémère du veneur sur l’altérité de l’animal sauvage. La lutte est loyale ; l’animal n’est pris que s’il est coiffé par les chiens ou servi par l’homme « à bout touchant ».

Dès lors, on comprend mieux ce qui fascine le veneur dans la quête de l’animal qu’il chasse : tenter de triompher, grâce à ses chiens, des ruses d’un animal que son état sauvage a conduit à développer des capacités physiques et sensorielles très supérieures aux siennes ou même à celles de sa meute. Conquête provisoire, incertaine (l’animal n’est pris, en moyenne, qu’une fois sur quatre), et, pour ces raisons, passionnante et sans égal en ceci qu’elle est peut-être l’unique opportunité de nous confronter, nous autres Occidentaux, à l’altérité du monde sauvage.

D’aucuns ne voudraient voir dans la chasse qu’un moment d’équitation d’extérieur et souhaiteraient que la poursuite d’un leurre soit substituée au noble déduit ; un député avait même suggéré, l’an passé, que ce leurre soit un robot (sic). Si l’engagement physique est réel, dans la vènerie à cheval comme dans la vènerie à pied, il n’est que consécutif d’une quête plus profonde, plus mystique. Encore, pour y atteindre, faut-il accepter de se laisser mener sur les sentiers initiatiques de la quête. La quête pour la conquête ; au bout la prise, peut-être.

Les écuries du cavalier veneur de Laurent Piron

  1. Laurent Piron, comment avez-vous fait vos débuts dans l’équitation ? quand et pourquoi en avez-vous fait votre métier ?

Mon père était cavalier amateur en concours complet et passionné pour le cheval de sport en général. Il nous a transmis le virus à mon frère et moi.  L’élevage familial a démarré lorsque j’avais 7 ans, en 1994. En parallèle je faisais mes débuts à poney dans un centre équestre. J’ai très vite su ce que je voulais faire de ma vie : cavalier professionnel.

Les cavaliers de l’époque tels qu’Eric Navet, Hervé Godignon, Thierry Pomel… étaient mes idoles. Nous nous rendions très souvent sur les terrains de concours pour admirer les meilleurs couples de haut niveau disputer les Grands Prix sur des terrains magnifiques tels que La Baule ou encore Dinard.

J’ai donc suivi un cursus scolaire orienté vers l’agriculture avec l’obtention du BAC STAE puis du BTS ACSE. Durant ces années, j’ai fait mes armes en Concours Complet en allant monter chaque semaine chez le Colonel Francois de Beauregard, ancien écuyer en chef du Cadre Noir de Saumur.

Ensuite est venu le moment de concrétiser ce rêve de gosse en allant apprendre le métier de cavalier dans diverses écuries dès 2008. J’ai intégré l’école du Haras du Pin en 2011 pour me perfectionner dans l’éducation et la valorisation du jeune cheval de sport.

En 2013, j’ai décidé de rejoindre mon frère et sa compagne pour monter notre projet : Les Ecuries d’Arcé. Nous sommes tous les trois complémentaires et proposons diverses prestations telles que le débourrage du cheval, sa valorisation en compétition de saut d’obstacle jusqu’en épreuve 1m40, la reproduction avec le suivi gynécologique des juments ainsi que les poulinages. En 2015, j’ai suivi une année de formation à l’Ecole Nationale d’Equitation de Saumur qui m’a permis d’obtenir le diplôme d’entraîneur (DEJEPS). Grâce à cela, j’assure également l’enseignement et le coaching en compétition de cavaliers amateurs.

Racontez-nous vos débuts à la chasse à courre.

Mes débuts à la chasse à courre remontent à 1992, lorsque j’avais 5 ans. Nous étions partis en famille suivre le rallye Teillay en forêt de Chambier (49). J’en garde un souvenir impérissable : des images de chevaux, de chiens, de forêts mêlées à cette musique si singulière qu’est la trompe de chasse…

Puis en grandissant, c’est la passion pour la trompe qui m’a permis de garder un pied dans le monde de la vénerie. Je sonne de la trompe depuis l’âge de 6 ans. J’ai fait mon apprentissage seul à la maison avec les vinyls de la FITF de mon père, lui-même ancien sonneur au Débuché de Chandelais, puis au Rallye Gouaslière dans ses dernières années.

C’est à l’âge de 15 ans que j’ai fait la rencontre de copains sonneurs et veneurs à l’équipage du Hardy Baugeois, entre autres.

Ils m’ont gentiment invité à les suivre lors des laisser-courre du secteur.

Je suis membre du Bien Aller Sarthois depuis 2008. Ce groupe de trompe est composé en très grande partie de veneurs. C’est à leur côté que j’ai gravi les échelons pour atteindre la première catégorie en 2012, et décrocher le titre de Champion de France de Basse en 2018.

Nous avions pour tradition d’aller chaque année sonner la messe de saint Hubert du Rallye Perseigne, et de participer à l’animation du repas le soir !

 

  1. Quel constat avez-vous pu faire en observant les veneurs à cheval ?

Grâce à ma double casquette de “ sonneur et cavalier”, les gens m’invitaient volontiers à suivre des chasses en me prêtant un cheval… plus ou moins mis à la chasse. C’est au cours de ces journées que j’ai pu constater la disparité du niveau de connaissances et de pratique des cavaliers veneurs.

Il est évident que la motivation d’être à cheval lors des chasses est propre à chacun, et je ne cherche pas à faire une quelconque stigmatisation. Pour certains, c’est avant tout l’amour des chiens courants qui motive cette démarche où le cheval est le moyen très pratique (et originel) pour suivre et encadrer la meute en action de chasse.

Pour d’autres, c’est l’occasion de découvrir une autre pratique équestre, et d’y apprendre ce qu’est l’art de la vénerie. Je pense qu’il faut chercher à trouver un équilibre entre ces deux motivations. La chasse à courre est un tout !

Autrefois, les gens vivaient aux côtés des chevaux, la culture équestre était en quelque sorte transmise de père en fils. Le cheval faisait partie des us et coutumes en étant le principal moyen de locomotion et outil de travail.

Avec la modernisation, il est peu à peu tombé aux oubliettes. Seuls les passionnés ont conservé et remis en lumière le savoir-faire d’antan (comme par exemple Nicolas Blondeau).

Il me semble important que chaque pratiquant d’une discipline sportive à part entière en apprenne les fondamentaux afin de favoriser le bien-être et la sécurité de tous !

Concrètement, tout cavalier a pu être confronté à une difficulté avec son cheval, que ce soit avant (le cheval qui émet des réticences à embarquer, etc.), pendant (le cheval qui montre des signes de défense en secouant la tête, en se cabrant ; ou bien qui refuse au passage d’un fossé, etc.) ou après la chasse (cheval raide, boiteux, etc.). Autant de problèmes qu’il existe des solutions !!!

Le tout est de faire preuve de bon sens et d’apprendre les bons réflexes.

 

  1. Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon cheval de chasse ?

Un bon cheval de chasse, comme tout bon cheval de sport, doit avoir envie de faire et de donner. C’est donc au cavalier de lui donner l’envie, s’il souhaite recevoir en retour.

Un bon cheval de chasse est un cheval adapté à son cavalier, et vice et versa. En effet un cavalier, s’il est plutôt vaillant, actif et dynamique, recherche un cheval qui possède toutes les qualités requises à sa manière de chasser. Une excellente condition physique, une grande endurance, de la réactivité et une franchise sans faille sont les qualités nécessaires.   Il doit bien évidemment accepter la présence des chiens, l’usage du fouet et de la trompe, et être capable d’évoluer aussi bien en solitaire qu’en groupe.

Bien entendu, tous ces critères sont plus ou moins améliorables par le travail.

« Le cheval calme, en avant et droit » (citation du général Alexis L’Hotte, devenue la doctrine du Cadre noir) me semble être une belle représentation de ce que doit être un bon cheval de chasse.

 

  1. Et quelles sont les qualités d’un bon cavalier-veneur ?

Un bon cavalier veneur doit avant tout être à l’écoute de son cheval et apte à assurer sa bonne santé.

La chasse à courre est un sport où tous nos sens sont en éveil. C’est la sensibilité du cavalier qui va lui permettre d’évaluer l’intégrité physique et mentale de son cheval tout au long de la chasse.

La gestion et la préparation à l’effort sont des facteurs essentiels à la réussite d’une journée de chasse. Ne pas en tenir compte peut avoir des répercussions néfastes à plus ou moins long terme.

Pour cela, le cavalier doit être capable de maîtriser deux principes fondamentaux de l’équitation d’extérieur : la gestion de son équilibre et la qualité du contact main-bouche.

L’utilisation d’artifices tels que des mors combinés avec gourmette type Pelham ou autres est à proscrire si ces deux fondamentaux ne sont pas maîtrisés.

J’aime cette phrase très parlante que me disait un écuyer du Cadre Noir:

“La bride, tout comme l’éperon, est une lame de rasoir placée entre les mains d’un singe… “

 

  1. Vous proposez aux veneurs un véritable accompagnement dans l’apprentissage de l’équitation à la chasse et la sélection du cheval idéal ; expliquez-nous en quoi consiste la formation que vous proposez.

En effet, je souhaite contribuer à renforcer la passerelle entre ces deux mondes, même si pour moi il n’y en a qu’un.

Je propose différentes prestations orientées sur trois aspects:

La formation du cavalier :

  • L’apprentissage des principes de base et fondamentaux nécessaires à la pratique de l’équitation à la chasse.
  • L’optimisation du couple cheval-cavalier, grâce à la prise de conscience et la mise en situation afin de résoudre les problèmes ciblés.
  • La préparation du couple au Championnat de France du cheval de chasse.

Je propose plusieurs formules : cours particuliers ou cours collectifs, ou encore sous forme de stage collectif. Le but étant de conserver l’aspect convivial retrouvé à la chasse !

 

 

La formation du cheval à la chasse:

Préparer le cheval à sa nouvelle vie afin qu’il devienne un vrai cheval de chasse, grâce à une éducation adaptée.

Cela commence par un travail à pied :

  • Éducation aux soins de bases, pansage, douche, harnachement…
  • Apprentissage de l’embarquement et du débarquement qui, en poussant le cheval dans ses retranchements, permet l’annulation de toutes les résistances et fait en sorte qu’il se livre à l’homme. https://youtu.be/B4nWausqNSQ
  • Accoutumance au son et maniement de la trompe et du fouet https://youtu.be/M0zqyN8f-nM

Ensuite vient le travail monté :

https://youtu.be/gpj5yx9QxaE

Puis mise en pratique à la chasse, avec la découverte des chiens et de l’ambiance d’un laisser-courre.

 

La vente de chevaux de chasse :

Je propose également un service de valorisation et de commercialisation de chevaux de chasse. Chaque cheval est préalablement évalué, éduqué et mis à la chasse par mes soins.

Mon objectif est de proposer des chevaux adaptés à la demande des cavaliers. Le but étant de favoriser le plaisir en toute sécurité.

Pour me contacter : 06 17 58 42 33

Une vie de chien : Urus, chien remarquable

Quelle difficulté ! Choisir un chien remarquable parmi tous ceux que j’ai eu la chance de connaitre et d’aimer est une épreuve. C’est une épreuve car ils ont tous été remarquables chacun à leur façon. Tous ont donné le meilleur d’eux mêmes, parfois dans l’ombre des autres. La réussite de la meute même si elle met en valeur un individu, cette réussite est le résultat du travail de tous. Aussi quand on aime et que l’on a aimé ses chiens, quand on a partagé sa vie avec eux, on a envie de les citer tous et l’on éprouve un sentiment de trahison à l’idée de n’en choisir qu’un. Ce n’est pas une meute que l’on aime, mais bien chaque chien individuellement. On aime le meilleur, mais aussi le plus faible pour l’aider à progresser et à en tirer la quintessence.

Allez, je reprends avec vous la liste que j’ai reconstitué depuis l’année de ma naissance jusqu’à aujourd’hui pour essayer malgré tout de faire un choix.

Mon Dieu, cela commence mal, un des tout premiers noms qui apparaît, Mistral, le chien qui sautait le grillage du chenil pour venir me rejoindre dans mon bac à sable. Quand la voiture de Papa s’approchait du domicile situé en plein centre de Laval le chien retournait précipitamment au chenil tant et si bien qu’il n’a jamais été pris en faute. A trois ans j’étais encore bien jeune pour comprendre la qualité de ce chien mais je suis resté marqué par la séparation quand Mistral n’ayant plus de train fut donné à un ami.

J’égraine la liste, et j’y vois des noms qui me remémorent avec précision les regards, des caractères, des joies, des peines. Je n’en oublie aucun.

J’arrive sur les chiens de l’adolescence, les grands chiens qui ont fait l’équipage et dont les noms sont immortalisés dans les paroles de la fanfare « La Courcier  » : « c’est l’incomparable Congo qui a attaqué, Carillon mettra hors son train, Dictateur saura débrouillé et toute la meute reprendra en refrain ». Congo qui lançait 50 % des animaux sans jamais quêter. Une émanation, il nous quittait et le lancer était assuré dans les secondes qui suivaient ; Carillon qui donnait un train d’enfer à l’attaque ; Dictateur un chien d’une intelligence supérieure, jamais un reproche à lui faire, des éclats en permanence. Je me souviens cette fin de chasse en débucher, Dictateur avait été exceptionnel tout au long de la chasse. Il portait le coup fatal en imposant un train hors du commun et prenant dans la plaine l’animal (le renard) à vue : je lui criais, ou plutôt je le suppliais de s’arrêter pour attendre les autres. Et Dictateur s’était arrêté, couché, prêt à s’élancer à nouveau. Il a attendu l’ordre jusqu’à ce que la meute arrive. Que de caresses et même de baisers quelques instants après à la prise !

Korrigan, Litanie, Malice, Mare noire, les derniers chiens de Papa avant sa disparition tragique. Puis ceux qui ont suivi : Persac, Ténor, Equateur, des grands chiens qui ravivent le souvenir de la vie qui continuait. Plus récemment Idéal, Inventaire, Gallion. Je pourrais écrire un livre sur chacun d’eux.

Enfin les chiens d’aujourd’hui : Lauréat, Lavandière, Granger , Malouine, Norois et tous les autres qui nous donnent tant et toujours le maximum d’eux mêmes à condition de bien comprendre ce qu’ils nous disent.

Alors puisque je dois en citer un je choisirais Urus. Urus, tu étais un concentré de toutes les qualités que l’on souhaite trouver chez un chien tout en étant d’une grande modestie et d’une grande douceur. C’est à ce titre que tu mérites bien ici cet honneur de représenter tous ceux qui t’ont précédé et tous ceux qui t’ont suivi. Chien sans histoire, gentil au chenil, tu n’as jamais fait une bêtise. Tu as été toujours appliqué. Tu étais là quand il fallait, où il fallait. Rapidement tu as été de change mais plus infaillible que la normale.

Parmi tant d’anecdotes je me souviens de cette chasse ou nous couplions. Ce jour là 60 chiens des deux équipages tous bien « affûtés »emmenaient rondement un animal de 80 livres. Alors que nous venions à peine d’attaquer nous entendons un relancer magnifique. Bien aller sont sonnés sauf que… Urus revient ! Nous venions de faire change après seulement 10 minutes de chasse ! Personne ne le croit et surtout n’y porte attention tant les chiens crient. Et pourtant nous venions sans nous en rendre compte de passer sur un animal de 150 livres.

Urus chien de change « vaincu » après 10 minutes de chasse, banal me direz vous. Pas du tout ! Urus, s’il l’avait voulu savait retrouver son animal. Il était infaillible. Urus chien de change convaincu alors penserez vous ? Non plus, Urus était encore bien au delà. C’était un chien « accompli » c’est à dire qu’à chaque situation, par son intelligence, il dépassait les limites du réflexe mécanique. Ce jour là, Urus avait compris que nous ne l’écouterions pas. Il n’y avait qu’à regarder ses yeux pour comprendre ce qu’il disait.

Urus après une très belle carrière a pris sa retraite à l’âge de 8 ans chez un ami lieutenant de louveterie et il a vécu jusqu’à l’âge de 14 ans. Il a gardé précieusement avec lui jusqu’au dernier jour cette qualité de ne chasser qu’un animal. La dernière année de sa vie son propriétaire a tenu à me le faire rencontrer une dernière fois. Après quelques secondes à ma grande surprise Urus m’a reconnu et manifesté des gestes d’affection émouvants. Puis il a posé sa tête dans mes mains comme autrefois et comme il aimait tant le faire.

Merci Urus dans cette position tu représentes tous les chiens de l’équipage mais plus encore par cette tête dans les mains tu symbolises et tu immortalises la confiance que vous mettez en nous. Et si au fil de ses 70 années nous avons pu vous décevoir je vous demande ici pardon.

Disparus, actuels et à venir mes chiens, nos chiens, je vous aime, nous vous aimons, nous vous aimerons et pour toujours.

 

Déraison et ridicule

Un veneur agressé en pays Nantais par un automobiliste qui tentait de dérober un chien de meute aux cris de « On va te crever. Vous allez tous y passer. » Un autre veneur qui termine à l’hôpital, volontairement percuté par un automobiliste. Une armée de black blocs se déplaçant à 150 km de leur base pour aller, de Normandie à Rambouillet, perturber la chasse de l’équipage de Bonnelles-Rambouillet et agresser physiquement les veneurs et leurs sympathisants ; la police qui intervient pour éviter une bagarre générale. Une faction AVA qui surgit face à des veneurs piqueniquant en forêt du Gavre après la chasse, prétendant avoir « des ordres du chef » et entamant une bagarre qui conduit quatre d’entre nous à se voir prescrire un Incapacité Temporaire Totale, l’un d’entre eux ayant été gazé par une bombe lacrymogène.

Mais tout ça pour quoi ? Qu’est-ce qui a bien pu conduire ces gens à de telles extrémités ? Qui sont les propagandistes qui portent la responsabilité d’avoir ainsi exacerbé les désaccords pour les transformer en lutte frontale ?

Quelle perversion habite le cerveau malade de ceux qui ont voulu tirer prétexte de la mort affreuse d’une jeune femme en forêt de Retz pour accuser les chiens de meute, et jeter le discrédit sur la vènerie tout entière ? On sait ce qu’il en est de cette terrible affaire, le compagnon de la victime venant d’être mis en examen pour homicide involontaire. Au cours des quinze mois de l’enquête il aura, à plusieurs reprises, accusé lui-aussi les chiens de meute ; on comprend bien quel était son intérêt…

Cette hystérisation du désaccord relève d’abord de la déraison. Dans un temps où les enjeux sanitaires, économiques, et sociétaux constituent les véritables questionnements politiques du moment, attiser la haine de l’autre en créant de toutes pièces des clivages sans réel fondement, par le mensonge, la calomnie et l’ignorance, échappe à l’entendement. S’engager dans une lutte sans enjeu révèle la grande vacuité qui habite ces militants de l’inutile. Leur démarche sans rime ni raison est, à proprement parler, déraisonnable.

Mais cette hystérisation est également ridicule. Les militants anti-chasse disent tenter de « sauver un cerf » quand les nécessités de l’équilibre agro-sylvo-cynégétique mettent au plan de chasse 60 000 cervidés chaque année en France. Il s’agit donc de prélever, durant la période de chasse, 300 cerfs, biches et faons par jour ! Et quand bien même les équipages ne prendraient pas leur quota, les bracelets qui leur sont affectés seraient donnés aux chasseurs à tir, et les animaux seraient prélevés.

Sans compter les centaines de milliers de sangliers et chevreuils que les chasseurs doivent aussi réguler, afin de permettre la coexistence de la faune sauvage et des activités humaines, sur un territoire, la France, où l’emprise des espaces urbanisés a triplé en cinquante ans.

En attendant la suite, on redoute le pire, tant ces extrémistes semblent n’avoir fixé aucune limite à leur délire. Bien sûr, face à leurs exactions croissantes, les veneurs sont soutenus par des acteurs de la ruralité toujours plus nombreux qui entendent manifester ainsi leur refus de la dictature de la pensée que veulent imposer ces khmers verts. Mais il faut aussi tout le sang-froid, le sens des responsabilités, la volonté de prévenir tout risque et la cohésion des veneurs et de leurs sympathisants pour ne pas céder aux provocations dont ils sont, sans cesse, l’objet. Jusqu’à quand l’incident sera-t-il évité ? Combien d’entre ces guerriers du néant se jetteront-ils dans l’eau des étangs pour s’interposer entre les veneurs et le cerf chassé avant un grave choc thermique ou la charge de l’animal qu’ils entendent « protéger » et qui est et demeure sauvage ?

« L’odieux est la porte de sortie du ridicule », disait Victor Hugo. A n’en pas douter nos opposants se sont emparés de la clé de cette porte, à moins qu’ils n’en aient fabriqué la serrure…

Une vie de chien : Lancosme, chien sans papier !

Au cours d’une vie de veneur, beaucoup de chiens nous ont accompagnés et quelques-uns restent gravés dans notre mémoire pour différentes raisons. Lancosme est l’un d’eux, un chien unique par son histoire et ses qualités.

Kerry Beagle de race, tu es né chez l’un de mes amis irlandais. Les voyages ont forgé ta jeunesse puisque que tu es parti en Hollande où tu as été primé pour ta beauté. Désigné « trop chasseur », tu as pris racine en France à l’aube de ta seconde année, bien loin de tes origines.

Dès lors, impressionnant par ta prestance et ta puissance, tu t’adaptais d’une façon remarquable au sein de la meute. Remarquable par tes qualités, ta fougue et ton caractère t’emportaient cependant quelques fois sur tous les animaux de la forêt. Fort de ton intelligence, quelques laisser-courre t’ont permis de comprendre ce pourquoi tu chassais.

Aujourd’hui, Lancosme, tu es l’un des leaders de la meute qui, de jour en jour, s’améliore et se perfectionne. Ton élégance et ta vélocité se lient à tes capacités de lanceur hors-pair, de meneur criant ou encore de compagnon d’ordre. Exceptionnel dans le défaut, tu es l’espoir d’un équipage qui attend, impatient et ébahi, ton si reconnaissable récris.

Lorsque notre honorable goupil est terré, tu l’attends patiemment, d’un regard vif portant sur les terriers, doué d’être souvent le premier à signifier un relancer.

Que le temps soit changeant ou que les sentiments animant la voie soient estompés, tu chasses de manière hardie, sans relâche, afin de pousser tes confrères vers le succès. Malgré bon nombre de sorties, ta récupération, aussi prompte qu’absolue, est, sans nul doute, ce qui te permet de maintenir cette ardeur ainsi que cette vitalité.

De ce portrait élogieux, le plus inouï demeure ton intelligence. Subtile, malin, perçant, tu es l’un des chiens qui, de ma propre histoire de veneur, me fascine le plus.

Le renard, en réalité, j’ai cru t’apprendre à le chasser mais c’est toi qui, par ton savoir, m’enseigne sa vènerie, ses rouages ainsi que ses subtilités.

Mon chien, mon fidèle compagnon, nous ne parlons pas et pourtant nous communiquons avec une telle intensité qu’elle pourrait être qualifiée de communion. Te voilà maintenant dans tes vieux jours et inéluctablement nous savons que le vivant n’est pas éternel. Rassure-toi, ta descendance figure déjà parmi les exceptions qui continueront de perdurer tes origines au combien admirables.

Lancosme, mon Lancosme, pense à bien te reposer, demain nous chassons.

Bruno FAUVET

Equipage des Beaux Couverts

Hommage à Jacques Bizard

Monsieur Jacques Bizard nous a quittés. Il représentait pour nous un certain idéal de la vènerie du cerf. Même si nous l’avions suivi et rencontré plusieurs fois en forêt de Bercé et de Château-la-Vallière, c’est par ses écrits et les récits qu’en faisait notre ami Olivier de La Bouillerie qu’il était devenu pour nous la figure tutélaire des veneurs de cerf. Il faut lire et relire le premier chapitre de l’excellent « Voix dans voies » de  Hervé d’Andigné. Morceaux choisis.

« Je ne suis pas un homme de présentation ni de concours. Ce qui m’intéresse c’est la chasse. »

« Ainsi ai-je commencé avec exactement 23 chiens, soigneusement sélectionnés…À cette époque, chiens et chevaux arrivaient à pied au rendez-vous, fût-il à plusieurs dizaines de kilomètres du chenil. »

« Je laissais avant tout mes chiens chasser. Je suivais avec attention le déroulement des opérations  mais je laissais faire. »

« La réussite d’un équipage consiste à découpler et, de l’attaque à l’hallali, laisser vos chiens faire, sans intervenir. »

« En vènerie, ce sont les chiens qui chassent et l’homme qui aide et non l’inverse. »

« Le soir, je refaisais la chasse, enceinte après enceinte, y consacrant une partie de la nuit s’il le fallait. Je voulais comprendre ce que nous avions fait de correct et peut-être déterminer les moments où nous avions commis une erreur…Pour moi, le parcours de chasse se refait sérieusement, avec deux ou trois personnes qui savent vraiment de quoi on parle. »

« Malgré les difficultés grandissantes, notre équipage a toujours su se maintenir dans la tranche des 35 à 55 animaux pris par an. Comment ne pas mentionner la saison 1998/99! Nous avons pris 70 cerfs (21 daguets) en 76 chasses, dont 25 de suite. J’avais des chiens exceptionnels. »

« Le poids de chiens, je suis contre, absolument contre. »

« Je suis moins attaché à la race qu’aux qualités individuelles du chien. »

« On ne peut chasser sans chien de change, sur lesquels s’appuyer lors des difficultés. Vous devez leur faire une absolue confiance, ils sauront trier votre animal.

Un chien né avec de bonnes origines de change devrait montrer cette qualité plus facilement.

« En début de saison, réduire le nombre de chiens et faire confiance aux bons est finalement la seule attitude payante. Ce n’est que lorsque le lot est fait qu’on l’agrandit en ajoutant au compte-gouttes de nouvelles recrues. En milieu de saison, si pour une raison ou une autre l’équipage ne prend plus, il est nécessaire de revenir à ce principe de base de la vènerie et ne découpler que les bons. »

« J’exigeais des boutons la plus grande prudence car l’œil est trompeur: seuls les bons chiens doivent guider leurs actions. Ils devaient donc les connaître et leur faire confiance. »

« Il ne faut pas confondre le relais et l’usage de la camionnette. Lorsque la chasse croise des routes dangereuses, des chiens doivent être ramassés par la camionnette et remis à un cavalier. Mais le ramassage systématique pour remettre en meute doit être prohibé. Aussi, hormis le cas de force majeure que je viens de citer, j’interdis la camionnette. »

« Il n’y a pas de mauvaise voie, il n’y a que de mauvais chiens. »

« Face à des personnes intelligentes, on peut toujours avancer. La vènerie a encore toute sa place dans notre pays et notre société moderne. Reste à savoir l’expliquer. C’est notre défi pour les années à venir. »

Merci Monsieur Jacques Bizard. Saint Hubert vous entende.

Militants d’AVA, on vous trompe !

Les reporters de Défendons la Vènerie ont fait une plongée dans le monde des opposants à la chasse à courre ; ils en ont ressorti un documentaire instructif sur les motivations qui animent ces militants, abusés par le cynique leader picard à moustache. On avait certes compris depuis longtemps que son combat se situait sur le plan politique ; il ne s’en cachait pas ; son vocabulaire choisi fleurait bon la lutte des classes : « valets, Moyen-Age, seigneurs, féodalité, laquais, mépris ». Dans chacune de ses interventions médiatisées, il arrive à placer tous ces mots. La condition animale ne lui sert que de prétexte pour se faire valoir.

C’est ce que confirme le documentaire de DVA. On y voit des militants, certes moyennement lucides, assez peu pacifiques voire très agressifs, prêts à en découdre comme si la vènerie représentait l’ultime symbole des privilèges à déboulonner toute affaire cessante. L’un d’eux suggère même de remonter la guillotine, sans doute pour y convier quelques veneurs. Leurs propos reflètent une haine de classe qu’on croyait appartenir à un passé révolu. Ils veulent « lutter contre des ennemis », et on se demande bien ce que leur improbable victoire contre les dits-ennemis apporterait à leur quotidien. Leurs arguments ne sont pas pauvres, ils sont inexistants. Les plus avertis admettent ne participer à ces sabotages que pour faire du buzz.

Toutes les opinions politiques doivent être respectées en démocratie, même les plus extrêmes, même lorsqu’on connait les millions de morts que leur idéologie a pu essaimer de par le monde ; on a aussi le droit de les combattre. Mais en l’espèce, il y a tromperie sur la marchandise ! Les militants picards disent être mus par une volonté politique et on veut bien croire, à les entendre, que c’est pour « casser du bourgeois » qu’ils ont rejoint le « combat ».

Il y a tromperie sur la marchandise car, contrairement à ce qu’on fait croire à ces gens, la chasse à courre n’est pas un repaire de privilégiés. Il suffit, pour s’en convaincre, d’avoir suivi une chasse de lièvre dans l’Aveyron, de chevreuil en Creuse, de cerf en Gironde, ou de sanglier en Haute Garonne. La vènerie est principalement pratiquée par des gens simples, proches de la terre et aimant la chasse au chien courant. Alors bien sûr, il y a quelques « maisons » plus brillantes, à l’histoire prestigieuse et ancienne, qui n’ont pourtant pas à rougir de ce qu’elles sont. Car il en va de la vènerie comme de toute activité humaine : les gens de toute condition s’y côtoient. Comme se côtoient eux-aussi amateurs de foot ou de tennis dans les tribunes des stades, où les loges VIP voisinent avec les strapontins ; et tout le monde s’y passionne pour la même activité. Précisons même qu’à la chasse à courre, les supporters ne paient pas, ce qui, au fond de nos campagnes, constituent un avantage apprécié.

N’en déplaise à Trotsky, la révolution permanente n’est pas encore partout en route, camarade ! et la vènerie est une des magnifiques illustrations de la capacité des hommes à communier autour d’une même passion, par-delà leurs conditions sociales et leurs opinions politiques.

On peut ne pas aimer la vènerie, mais pas pour de fausses raisons.

Une vie de chien : « À mon Limier »

On a tous eu un jour un chien exceptionnel. Pour nous, il s’appelait « Limier », grand, fin et manteau couvert comme on les aime. Ah ! Il était connu et reconnu notre Limier. Avec sa voix spéciale que tout le monde identifiait.

Limier était rapide, criant et avait un nez extraordinaire. Pourtant, à la naissance, sa mère n’avait pas de lait. Récupéré au bout de 3 jours chez notre ami, il était amaigri, froid, il n’aurait jamais dû vivre.

Après l’avoir gardé à la maison et nourri au biberon, Eclipse, une chienne de chez nous qui avait mis bas, l’a adopté. Etant d’un père très fin de nez à 18 mois, il a tout de suite été mis en rapprocher ; il a vite compris son métier.

A 2 ans et demi, il emmenait déjà la meute ; on avait tous confiance en lui, chiens comme humains. Il fallait qu’ils courent, les sangliers, car notre Limier ne leur laissait aucun répit.

Je me souviens, un jour de chasse ; un sanglier méchant nous est annoncé sur le territoire. Bien sûr avec notre chance nous l’attaquons. Il se fait chasser 5 minutes dans des balais et débuche ; il est au milieu du pré alors que Limier sort juste de l’enceinte ; en quelques foulées, il le rattrape. Le sanglier s’arrête et fait face à lui « Tiens bon mon Limier ! Tiens bon ! criait mon père. » Fidèle Limier, prudent, évite les charges de notre animal et attend son équipe ; l’animal est pris, sans casse.

Grâce à lui pas de répit pendant trois belles saisons. Puis cette foutue maladie est arrivée, comme ton père, tes oncles, tes tantes. Tes reins ont commencé à te faire défaut. Prise de sang, traitement, deux mois de combat, deux mois sans toi a la chasse. Deux mois à arriver dans le change, dans un défaut, mon oreille te cherchant encore et encore ; je me suis même surprise à dire à voix haute « aide nous Limier ! »

Ce jour est arrivé, le 6 janvier, où tu es parti rejoindre les autres. Finie ta gaieté, finis les longs câlins dans la paille, terminé les « au coute à Limier ». Le chenil est rempli de tes enfants et, crois-moi, ils ont de qui tenir ; on ne pourra jamais arrêter de parler de toi.

Au revoir mon beau et bon chien.