« L’air du temps » stigmatise notre supposée cruauté et revendique le souci du bien-être animal. La vérité est à l’inverse : non seulement les veneurs ne sont pas cruels, mais nous sommes les vrais garants du bien-être animal. Interrogeons-nous, tout d’abord sur le bien-être animal : où doit dormir le chien qui partage notre vie familiale ? Dans une niche dans le jardin, dans le garage, sur le canapé du salon ou dans le lit de ses maîtres ? Qui décide du bien-être animal et de ce qui relève de la cruauté ?

On trouvera sans doute des éléments de réponse dans la définition de la cruauté. Je vous propose la suivante : la propension à placer un être vivant dans une situation physique et/ou traumatique contre laquelle ses défenses naturelles ne le préparent pas à lutter.

Oublions les insectes qui s’écrasent sur les parebrises de nos voitures, les guêpes gazées par nos bombes aérosols, les mouches engluées sur nos papiers collants – « l’air du temps » ne s’y intéresse pas – et concentrons-nous sur les mammifères. La cruauté pour un veneur serait de ne pas nourrir ses chiens ou de laisser son cheval déferré partir à la chasse ; pour autant, il ne viendrait à l’idée d’aucun piqueux de partager sa chambre avec son cheval ni de nourrir sa meute au filet de bœuf ; les veneurs garantissent le bien-être des animaux dont ils ont la responsabilité par de justes soins.

Et la faune sauvage ? car c’est bien la relation que nous entretenons avec les animaux que nous chassons qui concentre l’essentiel des reproches de « l’air du temps ». Les défenses naturelles de la faune sauvage sont infinies ; la résistance et la ruse de nos animaux de vènerie sont démontrées par les nombreuses rosalies que nos équipages sonnent chaque année. Ils ont forgé l’une et l’autre au fil de centaines de milliers d’années durant lesquelles ils ont fui et fuient encore leurs prédateurs.

La vènerie, en exerçant une prédation naturelle sur la faune sauvage, place simplement les animaux qu’elle chasse dans les conditions pour lesquelles ils ont développé toutes leurs aptitudes à survivre.

Pour nos chiens, lointains descendants du loup, leur flair exceptionnel ne trouve à s’exercer que s’il est porté par une condition physique athlétique qui seule leur permettra de courir l’animal de meute tout au long de la journée.

Une chasse à courre, c’est ainsi une double confrontation :

  • Celle du flair de la meute et des ruses de l’animal chassé,
  • Mais aussi celle, loyale, de deux résistances physiques ; des animaux de constitution plus faible seront bien vite pris par la meute, mais tout veneur a en mémoire la résistance incroyable de certains animaux qui ont triomphé de la meute fatiguée et finalement dépistée.

Lors d’une émission de radio à laquelle je participais récemment, un auditeur, disciple de « l’air du temps », me disait « se mettre à la place de l’animal chassé ». Grave erreur ! Nous en sommes bien incapables, car dans le temps où ces animaux développaient leurs capacités de défense face à leurs prédateurs, nous-autres humains, à l’instar de nos chiens, développions nos capacités de prédateurs. Jean de La Fontaine ne demande pas au loup de sa fable de se mettre à la place de l’agneau qu’il mange « sans autre forme de procès ».

Dans un temps où nos contemporains revendiquent la liberté de tous leurs choix, admettons cependant que l’Homme reste assigné à sa condition de prédateur, à laquelle il doit la place qu’il s’est acquise dans le monde.

Contactez-nous

Commencez à taper et appuyez sur Entrée pour lancer la rechercher

Abonnez-vous