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9 mai 2021 -Reichshoffen, du plaisir à sonner des fanfares ensemble

Réservée avant la Révolution aux familles royales et à l’aristocratie, la vénerie est pratiquée par des populations urbaines ou rurales diverses.

Pour ce qui est de la grande vénerie, le cerf, le sanglier ou le chevreuil, la plupart des veneurs chassent à cheval et disposent d’une trompe de chasse.

Une trompe de chasse datée de 1870

Cet instrument est le moyen de transmettre des informations aux autres membres de l’équipage. Il existe en effet tout un répertoire de fanfares illustrant un événement de la chasse ou évoquant un animal vu. Le veneur sonne alors telle ou telle fanfare pour communiquer.

Mais en dehors de la vénerie, de nombreux musiciens sonnent de la trompe de chasse et des groupes de sonneurs existent en Alsace.

À Reichshoffen, deux sonneurs de trompe s’entraînent parfois ensemble sur les hauteurs du Dagsberg. Marc Meissner de l’ensemble Alta Musica, est un musicologue spécialiste des instruments de cuivre anciens. Il dispose en particulier d’une trompe de chasse datée de 1870, et d’Yves Moritz, qui chasse à courre sur le massif de Fontainebleau et d’Orléans. Lui sonne avec une trompe contemporaine de la Maison Périnet, la maison référente pour ces instruments.

Marc Meissner, musicien de formation classique, sonne en déchiffrant les partitions, Yves Moritz, praticien de la trompe lors de chasses, sonne les fanfares de mémoire, ce qui peut-être moins rigoureux mais qui permet de réagir de suite au cours d’une chasse.

Les deux sonneurs, d’écoles différentes, savent se coordonner et sonner en duo, pour un résultat certes perfectible, mais au demeurant agréable à écouter, surtout en cette période de pandémie et de confinement.

La chasse, cette connexion à notre nature

Ayant passé ma jeunesse au cœur d’une meute et vivant au rythme de la forêt, c’est lors de mes années de vie à l’étranger en quête de connaissances et découvertes que j’ai compris l’essentiel. J’ai pleinement pris conscience de ce que la chasse m’apportait dans sa globalité en tant que femme et plus encore, en tant que mère.

À l’heure où chacun est pris dans le rythme effréné que nous impose la société, nombreux sont ceux qui, bienpensants, se perdent et se déconnectent.

De plus en plus marginalisés, subsistent encore quelques millions de veneurs et chasseurs, non entendus, non reconnus. Mais pourquoi les attaque-t-on au nom du bien-être animal et de l’écologie ? Encore connectés à notre nature, nous sommes ancrés, remplis de bon sens et de fait, peu manipulables. Si seulement « ils » savaient et comprenaient le lien entre la spiritualité et la chasse, pourquoi cette passion nous remplit et nous anime tant !

Chaque week-end au fil des saisons, des millions d’âmes s’illuminent pour communier avec la nature. Tôt le matin, dans le silence, une atmosphère nous pénètre. Nos animaux le sentent, on se connecte ensemble, on se prépare puis on concocte notre panier de mets élaborés avec amour pour les partager. Nous avons tous le cœur rempli de joie mais aussi plein d’interrogations, dans l’attente de découvrir les défis et les moments privilégiés que nous proposera la nature. Arriverons-nous à associer nos connaissances cynégétiques à notre savoir-être tout en écoutant notre instinct pour fonctionner en synergie et en confiance tous ensemble ?

Nous nous réjouissons de nous retrouver, puis, en symbiose, dans une même dynamique, avec notre groupe d’amis, notre famille, nos chiens et nos chevaux nous débutons la chasse. Commence alors la grande danse où nous unissons nos vibrations à celles de la forêt, des plaines, des rivières, des animaux domestiques et sauvages. Pendant ces quelques heures, nos cinq sens en éveil, tête aux aguets et corps actif, nous sommes plus que jamais à l’écoute de notre instinct, ancrés dans le moment présent à recharger nos batteries tout en fusionnant avec l’immense énergie qui nous entoure.

La journée aura offert à chacun son flot d’émotions, de fatigue et son lot de partage. Chacun aura vécu son pic d’adrénaline et en aura pris plein les yeux, le nez et les oreilles pour rentrer le cœur rassasié. Chaque animal qui aura été prélevé avec loyauté fait partie du cycle de la vie et ceux que nous aurons laissés en forêt forceront notre respect.

Comme l’ont fait mes parents, je m’évertue à transmettre à mon tour à mes enfants ces valeurs et à les sacraliser. Rester aligné à cette réalité et à son bon sens paysan, c’est détenir les clés de notre vraie nature. Cette connexion leur apportera les bons outils pour se ressourcer physiquement, se nourrir mentalement et réussir à trouver le bonheur dans la simplicité. En d’autres mots, c’est leur donner l’opportunité d’être et de rester libres en accédant à leurs ressources intérieures.

Quête, conquête et prise

La saison qui s’est achevée il y a un peu plus d’un mois aura vu revenir comme une litanie, en dépit des aléas inhabituels liés au contexte sanitaire, la question éternellement posée : « tu as chassé ? vous avez pris ? ». Cette obsession de savoir si « vous avez pris » ne saurait résumer, pour le veneur éclairé, l’intégralité de sa journée de chasse. Quand bien même la prise constitue l’objectif, « seule la route est belle » et la chasse n’est pas seulement belle d’avoir pris ; elle l’est aussi – voire surtout – de ce qui a précédé la prise.

Nos détracteurs reprochent à ce vocable « prendre – ou ne pas prendre – un animal » d’édulcorer le fait que nous le tuons. C’est – encore et toujours – ne pas comprendre ce qu’est la chasse à courre. L’expression « prendre un animal » emprunte au vocabulaire guerrier. On prend un chevreuil ou un lièvre, comme on prend une citadelle ou une place forte. Il s’agit de conquérir ici la position de l’adversaire, là l’animal sauvage. Dans l’un comme l’autre cas, cet « autre » est réputé difficile et même hostile à se laisser prendre.

L’altérité de l’animal de vènerie, c’est sa sauvagerie. Lorsque mon voisin plume son oie, je ne lui demande pas s’il vient de la prendre, mais s’il l’a tuée ce matin ou hier ; son oie est un animal domestique ; elle est née puis a été élevée pour être mangée. Insister sur ce point n’est pas une manie de grammairien vétilleux ou de carnivore obsessionnel mais la recherche de la signification profonde de ce que sont les animaux domestiques et les animaux sauvages dans leur relation à l’Homme.

Chasser à courre, c’est tenter de conquérir un animal sauvage ; ce que l’Homme n’a pas domestiqué, il tente de s’en emparer, nature du prédateur qui domine la chaîne alimentaire depuis la nuit des temps ; ambition sans cesse renouvelée puisque, par définition, le sauvage est destiné à demeurer sauvage. Prendre un animal signifie la victoire éphémère du veneur sur l’altérité de l’animal sauvage. La lutte est loyale ; l’animal n’est pris que s’il est coiffé par les chiens ou servi par l’homme « à bout touchant ».

Dès lors, on comprend mieux ce qui fascine le veneur dans la quête de l’animal qu’il chasse : tenter de triompher, grâce à ses chiens, des ruses d’un animal que son état sauvage a conduit à développer des capacités physiques et sensorielles très supérieures aux siennes ou même à celles de sa meute. Conquête provisoire, incertaine (l’animal n’est pris, en moyenne, qu’une fois sur quatre), et, pour ces raisons, passionnante et sans égal en ceci qu’elle est peut-être l’unique opportunité de nous confronter, nous autres Occidentaux, à l’altérité du monde sauvage.

D’aucuns ne voudraient voir dans la chasse qu’un moment d’équitation d’extérieur et souhaiteraient que la poursuite d’un leurre soit substituée au noble déduit ; un député avait même suggéré, l’an passé, que ce leurre soit un robot (sic). Si l’engagement physique est réel, dans la vènerie à cheval comme dans la vènerie à pied, il n’est que consécutif d’une quête plus profonde, plus mystique. Encore, pour y atteindre, faut-il accepter de se laisser mener sur les sentiers initiatiques de la quête. La quête pour la conquête ; au bout la prise, peut-être.

Les écuries du cavalier veneur de Laurent Piron

  1. Laurent Piron, comment avez-vous fait vos débuts dans l’équitation ? quand et pourquoi en avez-vous fait votre métier ?

Mon père était cavalier amateur en concours complet et passionné pour le cheval de sport en général. Il nous a transmis le virus à mon frère et moi.  L’élevage familial a démarré lorsque j’avais 7 ans, en 1994. En parallèle je faisais mes débuts à poney dans un centre équestre. J’ai très vite su ce que je voulais faire de ma vie : cavalier professionnel.

Les cavaliers de l’époque tels qu’Eric Navet, Hervé Godignon, Thierry Pomel… étaient mes idoles. Nous nous rendions très souvent sur les terrains de concours pour admirer les meilleurs couples de haut niveau disputer les Grands Prix sur des terrains magnifiques tels que La Baule ou encore Dinard.

J’ai donc suivi un cursus scolaire orienté vers l’agriculture avec l’obtention du BAC STAE puis du BTS ACSE. Durant ces années, j’ai fait mes armes en Concours Complet en allant monter chaque semaine chez le Colonel Francois de Beauregard, ancien écuyer en chef du Cadre Noir de Saumur.

Ensuite est venu le moment de concrétiser ce rêve de gosse en allant apprendre le métier de cavalier dans diverses écuries dès 2008. J’ai intégré l’école du Haras du Pin en 2011 pour me perfectionner dans l’éducation et la valorisation du jeune cheval de sport.

En 2013, j’ai décidé de rejoindre mon frère et sa compagne pour monter notre projet : Les Ecuries d’Arcé. Nous sommes tous les trois complémentaires et proposons diverses prestations telles que le débourrage du cheval, sa valorisation en compétition de saut d’obstacle jusqu’en épreuve 1m40, la reproduction avec le suivi gynécologique des juments ainsi que les poulinages. En 2015, j’ai suivi une année de formation à l’Ecole Nationale d’Equitation de Saumur qui m’a permis d’obtenir le diplôme d’entraîneur (DEJEPS). Grâce à cela, j’assure également l’enseignement et le coaching en compétition de cavaliers amateurs.

Racontez-nous vos débuts à la chasse à courre.

Mes débuts à la chasse à courre remontent à 1992, lorsque j’avais 5 ans. Nous étions partis en famille suivre le rallye Teillay en forêt de Chambier (49). J’en garde un souvenir impérissable : des images de chevaux, de chiens, de forêts mêlées à cette musique si singulière qu’est la trompe de chasse…

Puis en grandissant, c’est la passion pour la trompe qui m’a permis de garder un pied dans le monde de la vénerie. Je sonne de la trompe depuis l’âge de 6 ans. J’ai fait mon apprentissage seul à la maison avec les vinyls de la FITF de mon père, lui-même ancien sonneur au Débuché de Chandelais, puis au Rallye Gouaslière dans ses dernières années.

C’est à l’âge de 15 ans que j’ai fait la rencontre de copains sonneurs et veneurs à l’équipage du Hardy Baugeois, entre autres.

Ils m’ont gentiment invité à les suivre lors des laisser-courre du secteur.

Je suis membre du Bien Aller Sarthois depuis 2008. Ce groupe de trompe est composé en très grande partie de veneurs. C’est à leur côté que j’ai gravi les échelons pour atteindre la première catégorie en 2012, et décrocher le titre de Champion de France de Basse en 2018.

Nous avions pour tradition d’aller chaque année sonner la messe de saint Hubert du Rallye Perseigne, et de participer à l’animation du repas le soir !

 

  1. Quel constat avez-vous pu faire en observant les veneurs à cheval ?

Grâce à ma double casquette de “ sonneur et cavalier”, les gens m’invitaient volontiers à suivre des chasses en me prêtant un cheval… plus ou moins mis à la chasse. C’est au cours de ces journées que j’ai pu constater la disparité du niveau de connaissances et de pratique des cavaliers veneurs.

Il est évident que la motivation d’être à cheval lors des chasses est propre à chacun, et je ne cherche pas à faire une quelconque stigmatisation. Pour certains, c’est avant tout l’amour des chiens courants qui motive cette démarche où le cheval est le moyen très pratique (et originel) pour suivre et encadrer la meute en action de chasse.

Pour d’autres, c’est l’occasion de découvrir une autre pratique équestre, et d’y apprendre ce qu’est l’art de la vénerie. Je pense qu’il faut chercher à trouver un équilibre entre ces deux motivations. La chasse à courre est un tout !

Autrefois, les gens vivaient aux côtés des chevaux, la culture équestre était en quelque sorte transmise de père en fils. Le cheval faisait partie des us et coutumes en étant le principal moyen de locomotion et outil de travail.

Avec la modernisation, il est peu à peu tombé aux oubliettes. Seuls les passionnés ont conservé et remis en lumière le savoir-faire d’antan (comme par exemple Nicolas Blondeau).

Il me semble important que chaque pratiquant d’une discipline sportive à part entière en apprenne les fondamentaux afin de favoriser le bien-être et la sécurité de tous !

Concrètement, tout cavalier a pu être confronté à une difficulté avec son cheval, que ce soit avant (le cheval qui émet des réticences à embarquer, etc.), pendant (le cheval qui montre des signes de défense en secouant la tête, en se cabrant ; ou bien qui refuse au passage d’un fossé, etc.) ou après la chasse (cheval raide, boiteux, etc.). Autant de problèmes qu’il existe des solutions !!!

Le tout est de faire preuve de bon sens et d’apprendre les bons réflexes.

 

  1. Selon vous, quelles sont les qualités d’un bon cheval de chasse ?

Un bon cheval de chasse, comme tout bon cheval de sport, doit avoir envie de faire et de donner. C’est donc au cavalier de lui donner l’envie, s’il souhaite recevoir en retour.

Un bon cheval de chasse est un cheval adapté à son cavalier, et vice et versa. En effet un cavalier, s’il est plutôt vaillant, actif et dynamique, recherche un cheval qui possède toutes les qualités requises à sa manière de chasser. Une excellente condition physique, une grande endurance, de la réactivité et une franchise sans faille sont les qualités nécessaires.   Il doit bien évidemment accepter la présence des chiens, l’usage du fouet et de la trompe, et être capable d’évoluer aussi bien en solitaire qu’en groupe.

Bien entendu, tous ces critères sont plus ou moins améliorables par le travail.

« Le cheval calme, en avant et droit » (citation du général Alexis L’Hotte, devenue la doctrine du Cadre noir) me semble être une belle représentation de ce que doit être un bon cheval de chasse.

 

  1. Et quelles sont les qualités d’un bon cavalier-veneur ?

Un bon cavalier veneur doit avant tout être à l’écoute de son cheval et apte à assurer sa bonne santé.

La chasse à courre est un sport où tous nos sens sont en éveil. C’est la sensibilité du cavalier qui va lui permettre d’évaluer l’intégrité physique et mentale de son cheval tout au long de la chasse.

La gestion et la préparation à l’effort sont des facteurs essentiels à la réussite d’une journée de chasse. Ne pas en tenir compte peut avoir des répercussions néfastes à plus ou moins long terme.

Pour cela, le cavalier doit être capable de maîtriser deux principes fondamentaux de l’équitation d’extérieur : la gestion de son équilibre et la qualité du contact main-bouche.

L’utilisation d’artifices tels que des mors combinés avec gourmette type Pelham ou autres est à proscrire si ces deux fondamentaux ne sont pas maîtrisés.

J’aime cette phrase très parlante que me disait un écuyer du Cadre Noir:

“La bride, tout comme l’éperon, est une lame de rasoir placée entre les mains d’un singe… “

 

  1. Vous proposez aux veneurs un véritable accompagnement dans l’apprentissage de l’équitation à la chasse et la sélection du cheval idéal ; expliquez-nous en quoi consiste la formation que vous proposez.

En effet, je souhaite contribuer à renforcer la passerelle entre ces deux mondes, même si pour moi il n’y en a qu’un.

Je propose différentes prestations orientées sur trois aspects:

La formation du cavalier :

  • L’apprentissage des principes de base et fondamentaux nécessaires à la pratique de l’équitation à la chasse.
  • L’optimisation du couple cheval-cavalier, grâce à la prise de conscience et la mise en situation afin de résoudre les problèmes ciblés.
  • La préparation du couple au Championnat de France du cheval de chasse.

Je propose plusieurs formules : cours particuliers ou cours collectifs, ou encore sous forme de stage collectif. Le but étant de conserver l’aspect convivial retrouvé à la chasse !

 

 

La formation du cheval à la chasse:

Préparer le cheval à sa nouvelle vie afin qu’il devienne un vrai cheval de chasse, grâce à une éducation adaptée.

Cela commence par un travail à pied :

  • Éducation aux soins de bases, pansage, douche, harnachement…
  • Apprentissage de l’embarquement et du débarquement qui, en poussant le cheval dans ses retranchements, permet l’annulation de toutes les résistances et fait en sorte qu’il se livre à l’homme. https://youtu.be/B4nWausqNSQ
  • Accoutumance au son et maniement de la trompe et du fouet https://youtu.be/M0zqyN8f-nM

Ensuite vient le travail monté :

https://youtu.be/gpj5yx9QxaE

Puis mise en pratique à la chasse, avec la découverte des chiens et de l’ambiance d’un laisser-courre.

 

La vente de chevaux de chasse :

Je propose également un service de valorisation et de commercialisation de chevaux de chasse. Chaque cheval est préalablement évalué, éduqué et mis à la chasse par mes soins.

Mon objectif est de proposer des chevaux adaptés à la demande des cavaliers. Le but étant de favoriser le plaisir en toute sécurité.

Pour me contacter : 06 17 58 42 33

Une vie de chien : Urus, chien remarquable

Quelle difficulté ! Choisir un chien remarquable parmi tous ceux que j’ai eu la chance de connaitre et d’aimer est une épreuve. C’est une épreuve car ils ont tous été remarquables chacun à leur façon. Tous ont donné le meilleur d’eux mêmes, parfois dans l’ombre des autres. La réussite de la meute même si elle met en valeur un individu, cette réussite est le résultat du travail de tous. Aussi quand on aime et que l’on a aimé ses chiens, quand on a partagé sa vie avec eux, on a envie de les citer tous et l’on éprouve un sentiment de trahison à l’idée de n’en choisir qu’un. Ce n’est pas une meute que l’on aime, mais bien chaque chien individuellement. On aime le meilleur, mais aussi le plus faible pour l’aider à progresser et à en tirer la quintessence.

Allez, je reprends avec vous la liste que j’ai reconstitué depuis l’année de ma naissance jusqu’à aujourd’hui pour essayer malgré tout de faire un choix.

Mon Dieu, cela commence mal, un des tout premiers noms qui apparaît, Mistral, le chien qui sautait le grillage du chenil pour venir me rejoindre dans mon bac à sable. Quand la voiture de Papa s’approchait du domicile situé en plein centre de Laval le chien retournait précipitamment au chenil tant et si bien qu’il n’a jamais été pris en faute. A trois ans j’étais encore bien jeune pour comprendre la qualité de ce chien mais je suis resté marqué par la séparation quand Mistral n’ayant plus de train fut donné à un ami.

J’égraine la liste, et j’y vois des noms qui me remémorent avec précision les regards, des caractères, des joies, des peines. Je n’en oublie aucun.

J’arrive sur les chiens de l’adolescence, les grands chiens qui ont fait l’équipage et dont les noms sont immortalisés dans les paroles de la fanfare « La Courcier  » : « c’est l’incomparable Congo qui a attaqué, Carillon mettra hors son train, Dictateur saura débrouillé et toute la meute reprendra en refrain ». Congo qui lançait 50 % des animaux sans jamais quêter. Une émanation, il nous quittait et le lancer était assuré dans les secondes qui suivaient ; Carillon qui donnait un train d’enfer à l’attaque ; Dictateur un chien d’une intelligence supérieure, jamais un reproche à lui faire, des éclats en permanence. Je me souviens cette fin de chasse en débucher, Dictateur avait été exceptionnel tout au long de la chasse. Il portait le coup fatal en imposant un train hors du commun et prenant dans la plaine l’animal (le renard) à vue : je lui criais, ou plutôt je le suppliais de s’arrêter pour attendre les autres. Et Dictateur s’était arrêté, couché, prêt à s’élancer à nouveau. Il a attendu l’ordre jusqu’à ce que la meute arrive. Que de caresses et même de baisers quelques instants après à la prise !

Korrigan, Litanie, Malice, Mare noire, les derniers chiens de Papa avant sa disparition tragique. Puis ceux qui ont suivi : Persac, Ténor, Equateur, des grands chiens qui ravivent le souvenir de la vie qui continuait. Plus récemment Idéal, Inventaire, Gallion. Je pourrais écrire un livre sur chacun d’eux.

Enfin les chiens d’aujourd’hui : Lauréat, Lavandière, Granger , Malouine, Norois et tous les autres qui nous donnent tant et toujours le maximum d’eux mêmes à condition de bien comprendre ce qu’ils nous disent.

Alors puisque je dois en citer un je choisirais Urus. Urus, tu étais un concentré de toutes les qualités que l’on souhaite trouver chez un chien tout en étant d’une grande modestie et d’une grande douceur. C’est à ce titre que tu mérites bien ici cet honneur de représenter tous ceux qui t’ont précédé et tous ceux qui t’ont suivi. Chien sans histoire, gentil au chenil, tu n’as jamais fait une bêtise. Tu as été toujours appliqué. Tu étais là quand il fallait, où il fallait. Rapidement tu as été de change mais plus infaillible que la normale.

Parmi tant d’anecdotes je me souviens de cette chasse ou nous couplions. Ce jour là 60 chiens des deux équipages tous bien « affûtés »emmenaient rondement un animal de 80 livres. Alors que nous venions à peine d’attaquer nous entendons un relancer magnifique. Bien aller sont sonnés sauf que… Urus revient ! Nous venions de faire change après seulement 10 minutes de chasse ! Personne ne le croit et surtout n’y porte attention tant les chiens crient. Et pourtant nous venions sans nous en rendre compte de passer sur un animal de 150 livres.

Urus chien de change « vaincu » après 10 minutes de chasse, banal me direz vous. Pas du tout ! Urus, s’il l’avait voulu savait retrouver son animal. Il était infaillible. Urus chien de change convaincu alors penserez vous ? Non plus, Urus était encore bien au delà. C’était un chien « accompli » c’est à dire qu’à chaque situation, par son intelligence, il dépassait les limites du réflexe mécanique. Ce jour là, Urus avait compris que nous ne l’écouterions pas. Il n’y avait qu’à regarder ses yeux pour comprendre ce qu’il disait.

Urus après une très belle carrière a pris sa retraite à l’âge de 8 ans chez un ami lieutenant de louveterie et il a vécu jusqu’à l’âge de 14 ans. Il a gardé précieusement avec lui jusqu’au dernier jour cette qualité de ne chasser qu’un animal. La dernière année de sa vie son propriétaire a tenu à me le faire rencontrer une dernière fois. Après quelques secondes à ma grande surprise Urus m’a reconnu et manifesté des gestes d’affection émouvants. Puis il a posé sa tête dans mes mains comme autrefois et comme il aimait tant le faire.

Merci Urus dans cette position tu représentes tous les chiens de l’équipage mais plus encore par cette tête dans les mains tu symbolises et tu immortalises la confiance que vous mettez en nous. Et si au fil de ses 70 années nous avons pu vous décevoir je vous demande ici pardon.

Disparus, actuels et à venir mes chiens, nos chiens, je vous aime, nous vous aimons, nous vous aimerons et pour toujours.

 

3 mai 2021 – La trompe de chasse

 

 

 

Un peu d’histoire. Les hommes ont toujours eu besoin de communiquer entre eux à distance. Un des premiers moyens de communication consistait à souffler dans une corne d’animal préalablement évidée. Les sons émis, on disait alors des cornures, répondaient à un code, sorte de morse, et étaient utilisées à la guerre, à la chasse, pour informer d’un danger incendie, etc.

Nombreuses ont été les modifications au cours des ans et on retrouve notre instrument sous le nom de cornet, olifant, huchet, suivant les époques. Plus élaboré, il arrive sous le nom de trompe de chasse (et non pas cor de chasse) sous Louis XIII.

La trompe de chasse est mise au goût du jour par Louis XIV qui l’intègre aux chasses royales pour leur donner encore plus de faste. C’est alors Marc-Antoine, marquis de Dampierre (1676-1756) qui est chargé d’écrire les fanfares qui seront sonnées lors des différentes actions de chasse. Ce sont ces fanfares, entre autres, qui sont, encore aujourd’hui, sonnées lors des laisser courre.

La trompe au XXIè siècle. La trompe a donc enrichi la chasse à courre d’un ornement musical caractéristique. Elle est aujourd’hui utilisée en grande vénerie (cerf, sanglier chevreuil) et parfois en petite vénerie (lapin, lièvre, renard).

Dans la vénerie moderne les règles sont, à peu de chose près, les mêmes qu’au XII e siècle et, bien sûr, le téléphone portable est proscrit. C’est la trompe qui sert à communiquer, entre les veneurs, et entre les veneurs et la meute pour solliciter les chiens ou rappeler la meute.

Les fanfares à disposition permettent aux veneurs de s’informer mutuellement des actions, des circonstances de chasse (on sonne : le débuché lorsque l’animal sort de la forêt, les animaux en compagnie lorsqu’il entraîne dans sa fuite d’autres animaux, le bat l’eau si l’animal va se réfugier dans l’eau, etc.) et les fanfares d’animaux qui permettent d’identifier l’animal de chasse.

Il est de tradition que les veneurs se découvrent lorsque certaines fanfares sont sonnées. C’est le cas pour l’hallali et ce par respect pour l’animal, pour une fanfare d’équipage (chaque équipage a sa fanfare), pour la curée, etc.

Toutes ces fanfares sont sonnées dans l’action, certains veneurs expérimentés arrivent à sonner de la trompe au trot ou au galop.

En fin de chasse, si l’animal a été pris, avant la curée les veneurs se réunissent et en dernier hommage à l’animal, sonnent en groupe les fanfares qui retracent le déroulement de la journée.

Dans la Nièvre, deux équipages de grande vénerie découplent en forêt des Bertranges : Le Piqu’avant Nivernais dans la voie du cerf et le Rallye Tempête dans la voie du chevreuil.

La trompe de chasse est également utilisée à des fins exclusivement musicales par des groupes de trompes qui s’appliquent à sonner les fanfares de chasse mais également des fanfares de fantaisie et d’église. On les retrouve lors des messes de Saint-Hubert ou lors des messes de mariages.