À Fontainebleau, Oudry a du chien
Le Figaro – ven 10 janvier
Le château, qui abrita la capitainerie des chasses, expose en majesté le grand peintre animalier du XVIIIe siècle.
Hauts les cors ! Dans les 3 000 arpents du domaine de Fontainebleau, la pluie hivernale ne décourage pas plus les chasseurs que les esthètes. Au château, qui met en valeur quelques-unes des grandes battues de Jean-Baptiste Oudry (1686-1755), le peintre animalier préféré de Louis XV, la chasse est lancée. Tableaux, cartons de tapisserie et tapisseries, orfèvrerie (tel cet incroyable surtout de table du duc de Bourbon, 40 kg d’argent ciselé par Jacques Roëttiers et venu du Louvre), dessins de détail ou de présentation au commanditaire, pièces de porcelaine, gravures : tout concourt ici à la mise en valeur de cet homme de cour comme de courre, qui, en son temps, suscita une véritable « Oudrymania ».
Dans ses vastes scènes de forêts rocheuses, de clairières à profondes allées, sous d’immenses frondaisons, foxhounds et beagles tirent sur leur laisse. Les queues rasées s’agitent, les chevaux piaffent. On boit du vin tandis que les équipages s’organisent. On en boira encore durant le spectacle, et après pour fêter à la bonne franquette cette nouvelle moisson de trophées. Chasser, c’était alors communier avec le terroir, se retrouver dans le giron de Dame Nature un peu moins inégal et un peu plus authentique parmi les hommes.
En attendant, devant les huiles ou leurs aboutissements en tentures de haute lisse sorties de la manufacture des Gobelins, on entend presque le halètement des bêtes ou leurs aboiements impatients. Au fil des scènes, peu à peu, les meutes se distinguent. Celle lancée dans la voie du cerf, celle courant le sanglier, celle traquant le loup. Certains flancs ont été tondus, une croix de Saint-Hubert apparaissant sur les pelages. On compare avec les portraits de chiens royaux voisins. Ici c’est peut-être Gredinet, à moins qu’il ne s’agisse de Polydore.
Ces chéris ont des prénoms. Ceux des préférés du roi sont même lisibles en lettres d’or au pied des effigies. Mignonne, Perle, Pomme, Misse, Turlu ou l’élégante levrette Sylvie n’étant pas en reste. Tous, issus de dynasties canines des plus aristocratiques, ont si bien été servis par leur peintre qu’ils laissent transparaître des sentiments. Envie, agressivité, peur ou douleur les rapprochant encore un peu plus de nous.
L’art de la vénerie
Au premier plan, mais pas systématiquement au centre, souvent à cheval, parfois à pied, le roi est leur propriétaire. Ce maître à la passion dévorante (il règne sur un chenil de 600 truffes) préside bien sûr à la scène. Ce beau monde (comptez aussi une écurie personnelle de 500 chevaux), il ne se contente pas de le goûter. C’est un peu sa création. Il la conduit, attentif aux avis éclairés, s’informant ou au besoin se faisant aider. Autour de lui, le ballet de livrées à ses couleurs, bleu et rouge brodé d’or (voir, dans sa vitrine, le justaucorps offert à Christian VII de Danemark lors de sa visite à Fontainebleau), n’est ainsi qu’action harmonieuse.
La danse des animaux est, elle, inverse. Lorsqu’elle est déclenchée, elle n’est que chaos, courses et luttes acharnées. Le cercle se forme autour de la proie aux abois. Puis c’est une pyramide de corps convulsant. Cela jusqu’à la curée, où la meute victorieuse a droit aux entrailles de la biche ou du daim. Dans ce genre, cruel, seul un Rubens a alors fait mieux. Oudry n’est donc pas admirable que pour sa technique virtuose. Son art de rendre la plume ou le poil, de saisir la nature sur le motif bien avant Corot, et plus encore son art de portraiturer les chiens préférés du « Bien-Aimé » appelle et rappelle une ambition : celle du « bon gouvernement ».
L’artiste, qui sait que le monde est profondément violence, sublime celle-ci, canalisant l’universelle loi du plus fort en chantant l’art de la vénerie. Par elle aussi il donne à voir une société cohérente, bien huilée, efficace et juste, dans la mesure où chacun participe à son niveau à l’entreprise commune. Le message porte donc bien au-delà du cercle des amoureux de la nature ou de celui des zélateurs de l’Ancien Régime. Il dépasse largement la chronique des menus plaisirs, celle qui suffisait aux grands du moment ou à « ces chasseurs (qui) se faisaient un plaisir d’envoyer à Oudry du gibier de toutes parts », comme le rapporte en 1761 l’abbé Gougenot, le premier biographe de l’artiste.
Derrière le fabuliste, Oudry est un moraliste. Mezza voce, il pense comme Jean de La Fontaine dont il a illustré la plupart des écrits. Notons que ces 275 dessins ont été transposés en gravures par Charles-Nicolas Cochin, l’homme qui créa le frontispice de l’Encyclopédie. Dans le portrait de lui qu’a laissé Jean-Baptiste Perronneau (prêt du Louvre), Oudry arbore d’ailleurs la mine franche, détendue et souriante d’un Diderot. L’historien des Lumières trouvera sûrement d’autres affinités entre ces trois-là, tels une certaine critique de l’absolutisme, le goût de l’inventaire ou l’aspiration à un monde raisonnable.
Jusqu’au 27 janvier au château de Fontainebleau (Seine-et-Marne). Catalogue Grand Palais/RMN, 224 p. 40 €. Un appel aux dons est lancé pour la restauration de quatre des neuf grands cartons de la tenture des « Chasses royales », chef-d’œuvre d’Oudry. Tél. : 01 60 71 50 70. www.chateaudefontainebleau.fr
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