Revue de presse22 juillet 2026

« Il va falloir trouver un équilibre » : après l’incendie qui a ravagé la forêt de Fontainebleau, le président de la Société de Vènerie revient sur le drame et prépare l’avenir

Publié le 21 juillet 2026 par Le Petit Bleu, rédigé par Nathan Cauquil

La forêt de Fontainebleau a été victime d’un incendie qui a ravagé plus de 2 000 hectares. Alors que tout est maîtrisé depuis le 17 juillet dernier, l’enquête avance. En effet un jeune sapeurs pompiers et deux ouvriers, qui travaillé à proximité du bois, sont accusé d’être l’auteur des départs de feux. Pierre-François Prioux, président de la Société de Vènerie en France et président de la Société de Vènerie de Fontainebleau revient sur ces évènements et les conséquences de cette catastrophe. ENTRETIEN. 

Quelle a été votre réaction en apprenant l’incendie qui a débuté il y a presque deux semaines à Fontainebleau ?

Je suis né ici, j’ai grandi dans cette forêt. Donc, pour moi, c’est vraiment un drame. Fontainebleau, ce n’est pas n’importe quelle forêt. Elle a quelque chose d’exceptionnel, façonnée par les rois de France, prisée évidemment par la vénerie, et avec une biodiversité extraordinaire. Quand on voit une telle étendue réduite en cendres par le feu, c’est d’une tristesse. 

À quel moment avez-vous pris la mesure de l’ampleur des dégâts ?

Personnellement, j’ai appris la gravité de la situation presque immédiatement. Je travaille avec la préfecture, étant maire d’une commune voisine. On a très vite compris qu’il fallait agir : des centres équestres de la région m’ont contacté le lendemain matin pour mettre leurs chevaux à l’abri, et on a tout de suite organisé l’accueil dans nos prés et nos boxes. Ce qui ressort de cette tragédie, c’est la mobilisation : les sapeurs-pompiers, les mairies, la communauté de communes, les gens du coin, tous ont réagi.

La forêt de Fontainebleau, elle représente quoi pour vous et pour le monde de la vénerie ?

C’est très simple : Fontainebleau, c’est le joyau de la couronne. Pour l’histoire, Louis XV, qui était un chasseur invétéré, disait : « Hors de Fontainebleau, il n’y a pas de laissé-cour. » Ça veut dire qu’ici, la chasse à courre est incomparable, du fait du relief, du sable, des roches… C’est unique, ça n’existe nulle part ailleurs.

Quelles seront les conséquences du feu sur la faune sauvage, à votre sens ?

Pour la grande faune (les cerfs, chevreuils, sangliers NDLR), je pense que l’impact reste limité. En général, ces animaux savent fuir le feu, ils s’échappent rapidement. On a retrouvé quelques cadavres, oui, notamment chez les plus jeunes ou certains petits sangliers ou faons. Par contre, la petite faune et une partie de la biodiversité ont plus souffert. Mais il faut relativiser : la forêt fait 17 000 hectares, et c’est environ un dixième qui est parti en fumée. C’est énorme, mais il reste beaucoup d’espace pour les animaux.

Vous dites que les chasseurs auront un rôle crucial pour l’avenir de la forêt, pouvez-vous préciser ?

Oui, tout à fait. Il faudra faire en sorte qu’il n’y ait ni trop, ni trop peu d’animaux. Il va falloir trouver un équilibre. Si on laisse une surpopulation de cervidés, les jeunes pousses risquent d’être broutées trop vite, et la régénération forestière sera compromise. Mais ce n’est pas une histoire d’en profiter pour régler des comptes ou opposer les uns aux autres. Il faut vraiment un travail d’équilibre, de concertation entre tous : chasseurs, ONF, habitants, agriculteurs, écologistes… 

Est-ce que cela veut dire adapter les plans de chasse suite à ce feu ?

Il faudra certainement s’ajuster, mais il ne faudra pas faire d’annonce trop hâtive. La forêt de Fontainebleau est divisée en trois parties : le nord, le centre, le sud. C’est le centre qui a le plus souffert : 2 000 hectares brûlés sur environ 6 000. Le nord et le sud ont été préservés. Je ne pense pas que les animaux du nord et du sud soient affectés par ce qui s’est passé au centre. Les plans de chasse devront être territorialisés : peut-être baisser les prélèvements dans les zones brûlées, mais il ne faut pas tomber dans l’excès. Ce qui compte pour la régénération, c’est de surveiller la densité d’animaux, d’agir au cas par cas, d’attendre de voir comment la forêt va réagir à l’automne. Se précipiter, c’est toujours une erreur. Prenons le temps d’observer avant toute décision.

par  Nathan Cauquil


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