Revue de presse23 janvier 2026

Protection animale : des chasses à courre… avec des êtres humains comme proies

Samuel Martin – Boulevard Voltaire – 22 janvier 2026

Cette pratique anglaise est digne des Monty Python, mais que reste-t-il de la chasse ?

Après le zoo sans animaux, la chasse sans animaux non plus ! En Angleterre, la chasse à courre ne poursuit plus les renards mais des leurres et, parfois même… des être humains. Adaptation aux mœurs du temps ou perte de l’esprit de cette pratique ?

Quand Göring interdisait la chasse à courre

L’interdiction de la chasse à courre en Allemagne en 1936.

Brigitte Bardot, on le sait, avait pressé Emmanuel Macron d’abolir la chasse à courre en France. En Belgique, la pratique en est interdite depuis 1995 ; en Angleterre depuis 2005. Tout le monde est « en retard » par rapport à l’Allemagne, où la Parforcejagd (la chasse « par force », en français dans le texte) a été prohibée… en 1936. Une volonté de Hitler et de Göring, « maître chasseur du Reich ». Le décret déplut fortement à la noblesse et on se demande ce que peuvent penser, aujourd’hui, les animalistes de ce précédent marqué idéologiquement — sur plus d’un point, les nazis furent des précurseurs de l’animalisme.

De la chasse au leurre…

Cependant, pour ne pas perdre le savoir-faire en vénerie, des alternatives sont nées. La plus courante est la chasse au leurre présentée en Allemagne comme « la préservation des traditions et du patrimoine culturel ancien ». Une vision des choses que ne partage pas Antoine Gallon, de la Société (française) de vénerie. Contacté par BV, il explique que dès lors que manque l’animal dans l’équation, il n’y a plus vénerie. Rien ne peut remplacer des animaux sauvages « dotés d’une résistance physique extraordinaire » et qui ont développé « des aptitudes très spécifiques à fuir leurs prédateurs ». La preuve : l’animal triomphe de la meute trois fois sur quatre.

Pour lui, « c’est donc à cette double confrontation que nous convie la vénerie : confrontation de la ruse de l’animal sauvage chassé et de la capacité de la meute à la déjouer et confrontation physique ». Il n’en reste rien dès lors qu’on traque un leurre. La chasse au leurre n’est pas une chasse à courre. Un ersatz, au mieux, avec tout ce qu’on peut mettre de frelaté dans ce mot.

…à la chasse à l’homme

En Angleterre, aussi, la chasse au leurre est pratiquée, mais elle vit peut-être ses derniers mois. On soupçonne, rapporte la fondation Brigitte-Bardot, qu’elle servirait trop souvent à couvrir de réelles chasses au renard. C’est là que l’initiative de Jeremy Whaley se démarque. En 2002, il a fondé « Les chiens de Saint-Hubert du Wessex – Chasser les humains pour le plaisir ». À 75 ans, il se présente comme « l’un des maîtres-chiens les plus expérimentés du pays »(d’abord avec des foxhounds, puis des saint-hubert).

Le principe est simple : quelques coureurs partent dans la campagne pour une boucle d’une douzaine de kilomètres. Ils doivent rester en groupe. Vingt minutes après, les cavaliers et la meute partent sur leurs traces. Les saint-hubert ont un flair hyper aiguisé et sont rapides comme le vent. Les coureurs ont peu de chance d’en réchapper. Mais nulle curée à l’arrivée : le saint-hubert est joueur. Pour le décorum, tout y est. Belles tenues, chevaux magnifiques, tel qu’on peut le voir sur la vidéo d’une partie de cette chasse spéciale.

Un jeu de cache-cache

Mais sous les dehors ludiques de l’activité, où est la chasse ? « Cette « chasse au joggeur » ne constitue en aucun cas une alternative acceptable ni encore moins plaisante », nous dit clairement Antoine Gallon. Et cela, sous au moins deux aspects. D’abord parce que l’homme n’a aucune aptitude à être une proie, puisqu’il est le prédateur. Le second aspect est philosophique : « Cette idée que l’homme chasse d’autres hommes paraît une hérésie. Non, les hommes ne se chassent pas les uns les autres. » Il y voit « la négation pure et simple de l’humanisme qui guide, dans l’Occident, les rapports entre les hommes depuis trois cents ans ».

Au fond, cette chasse à l’homme ressemble à un escape game inspiré de The Hunt (2020), film dans lequel de riches chasseurs traquent des péquenots pour assouvir leur soif de cruauté. Ou à une loufoquerie purement anglaise dans le goût des Monty Python. Peut-être est-ce juste « un nouveau jeu de cache-cache pour adultes consentants », se demande Antoine Gallon. Et pourquoi pas ? Mais, conclut-il, ce n’est « en aucun cas un acte de vénerie tel qu’il passionne les veneurs ».


Les autres actualités de la Vènerie

Abonnez-vous à la Lettre des Amis pour rester informé de l’actualité de la chasse à courre par mail chaque mois

Les autres communiqués

Les autres revues de presse

Privacy Preference Center