Actualités5 mars 2026

Chasser le joggeur, est-ce de la vènerie ?

Édito d’Antoine Gallon

En Grande-Bretagne, une nouvelle activité a vu le jour tendant à substituer à la chasse à courre une chasse au joggeur. Des coureurs évidemment consentants suivent en groupe un itinéraire préalablement défini et les chiens de l’équipage poursuivent leur odeur ; les « veneurs » suivent les chiens sur un parcours d’une douzaine de kilomètres.

Affirmons clairement que cette « chasse au joggeur » ne constitue en aucun cas une alternative acceptable ni encore moins plaisante à la chasse à courre. La vènerie est la confrontation entre une meute de chiens, servis par les veneurs, et un animal sauvage.

Animal sauvage, c’est là la notion-clé. Car les animaux sauvages ont développé, depuis la nuit des temps, des aptitudes remarquables pour fuir leurs prédateurs, que furent autrefois les loups, les lynx, les ours. Ils doivent à ces aptitudes la survie de leurs espèces. Elles cumulent la capacité innée à mettre en œuvre des ruses et une puissance physique exceptionnelle.

C’est donc à cette double confrontation que nous convie la vènerie : une confrontation de la ruse de l’animal sauvage chassé et de la capacité de la meute à la déjouer grâce à son odorat et une confrontation physique de l’animal sauvage et des chiens. Ce qui conduit l’animal chassé à triompher de la meute trois fois sur quatre. Trois fois sur quatre, les chiens qui le chassent ne prennent pas l’animal chassé.

Dans cette « chasse au joggeur » britannique, l’animal chassé est l’homme, ce qui n’est pas sans rappeler un film d’Yves Boisset de 1983, « le prix du danger », ou, plus ancien, « les chasses du comte Zaroff » d’Ernest B. Schoedsack et Irving Pichel, sorti en 1932. Dans l’un comme dans l’autre, les chasseurs chassent des hommes. En Grande-Bretagne, nous ne sommes plus dans la fiction, mais dans une forme de réalité que semblent imposer les contraintes législatives britanniques.

La « chasse au joggeur » pose un double problème. Tout d’abord, l’homme chassé n’a pas développé, depuis la nuit des temps, des ruses pour échapper à ses prédateurs, ne serait-ce que parce que, depuis la nuit des temps, c’est lui le prédateur ! Et pour être prédateur, il faut développer des capacités différentes de celles que requiert le statut de proie. Un seul exemple : les yeux des prédateurs (homme, chien, loup) sont rapprochés afin de voir précisément leur proie ; ceux des proies sont écartés pour identifier le danger prédateur lorsqu’ils broutent.

Ensuite, dans l’esprit, cette idée que l’homme chasse d’autres hommes est une hérésie. Non, les hommes ne se chassent pas les uns les autres ; c’est la négation pure et simple de l’humanisme qui s’efforce de guider, en Occident, les rapports entre les hommes depuis trois cents ans.

Certes les jeux vidéo les plus violents banalisent le meurtre « virtuel » des hommes entre eux ; quoiqu’on en dise, ce n’est pas un divertissement, c’est une incitation à tuer, une réminiscence des jeux du cirque ; n’y ajoutons pas la chasse à l’homme.

Enfin, dans la vènerie, l’aléa du parcours est déterminé par l’animal chassé ; dans la « chasse au joggeur » pas d’aléa ; les coureurs savent d’où ils partent et où ils arrivent ; les cavaliers aussi. Cela s’apparente à une course au clocher – point-to-point – en aucun cas à une forme quelconque de vènerie telle qu’elle nous passionne.


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