Feux de forêts : le mauvais procès fait aux chasseurs
À quelques semaines de l’ouverture générale de la chasse, des voix s’élèvent pour demander son interdiction totale dans l’ensemble des régions touchées par les grands incendies de l’été.
À première vue, cela pourrait passer pour du bon sens. Après les terribles incendies qui ont ravagé la France cet été, brûlant plus de 120.000 hectares de végétation, dont environ 50.000 hectares de forêt, plusieurs associations de protection de la nature demandent aujourd’hui à l’État d’interdire toute forme de chasse là où les flammes ont été les plus meurtrières pour la biodiversité.
En pointe dans ce combat, l’Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas) vient notamment de demander aux préfets de 44 départements de « suspendre les activités de chasse dans les territoires gravement affectés par les feux, la canicule et la sécheresse, ainsi que de reporter l’ouverture générale de la chasse ». Quatre autres associations de protection de la nature, Aves (Agir pour le vivant et les espèces sauvages) France, One. Voice, Focale pour le sauvage, Pôle Grands Prédateurs, ainsi que le Parti animaliste, ont également sollicité un moratoire nationale.
Mais pour l’heure, seul le Var, où la préfecture prépare effectivement un arrêté interdisant la chasse dans les secteurs boisés incendiés, a pris les devants. « À compter du 13 septembre prochain, la chasse devrait en effet être suspendue, explique Raynaud Jaubert, chef du service départemental de l’Office français de la biodiversité (OFB). Notre objectif affiché est de laisser le petit gibier et les autres espèces qui ont souffert cet été recoloniser les endroits brûlés. Toutefois, cette interdiction, prise en totale concertation avec l’ensemble des acteurs locaux, parmi lesquels des représentants de l’État, des chasseurs, des propriétaires, des agriculteurs, des forestiers et des associations de protection de la nature, devrait exclure la chasse au sanglier en battue afin de protéger les cultures situées à proximité des zones incendiées. »
Dans les Landes, département particulièrement touché, en revanche, la Fédération départementale des chasseurs n’a pas attendu les associations écologistes pour agir et a rapidement appelé « à suspendre toutes les chasses tant que l’épisode de risque incendie restait élevé ». Même constat en Gironde, où les chasseurs ne cachent pas leur agacement en dénonçant un « faux procès » alors que le monde cynégétique s’était déjà massivement investi dans la protection des milieux après les incendies meurtriers de l’année 2022.
En première ligne
« C’est chaque fois la même rengaine, constate, un peu amer, Thubault Varenne, le président de la Fédération départementale des chasseurs de la Gironde (FDC 33). Les défenseurs autoproclamés de la nature profitent de la situation pour attaquer l’ensemble de la chasse et des chasseurs, alors que nous étions une nouvelle fois en première ligne, avec les autres volontaires, venus aider les pompiers et les services d’urgence à lutter contre les feux. Dans la magnifique chaîne de solidarité et de bénévolat que tout le monde a pu voir, les chasseurs ont largement participé à l’appui logistique des secours. De plus, nous n’avons pas eu besoin de consulter les écologistes pour décider de notre plein gré de ne pas ouvrir la chasse dans les secteurs sinistrés. Comme après les feux de Landiras de 2022, il n’y aura aucune pression de chasse dans les zones brûlées. Un point, c’est tout. C’est notre devoir de passionnés et de gestionnaire de la faune sauvage. »
Même si l’impact direct des brasiers estivaux sur la mortalité des animaux forestiers reste difficile à évaluer, les observateurs régionaux affirment que la plupart des grands mammifères, sangliers, cerfs et prédateurs, ont été relativement épargnés. Plus inféodés à leur milieu, les chevreuils et les lièvres ont probablement payé un plus lourd tribut, sans toutefois que leur avenir soit hypothéqué à court terme. En revanche, les amphibiens, les reptiles, les insectes, les petits mammifères et les jeunes oiseaux ont subi une véritable hécatombe, et de nombreuses interrogations planent aujourd’hui sur leur devenir. « C’est pourquoi la préservation des zones fragilisées a été immédiatement actée dans nos territoires, assure Thibault Varenne. Mais si la mise au repos des espaces brûlés est essentielle pour protéger la biodiversité, une interdiction uniforme, idéologique et politique de la chasse, imposée à toute la France par une minorité d’activiste sans tenir compte des réalités locales, serait une absurdité totale. » Une de plus sans doute dans la gestion du sauvage dans notre pays.
par Cyril Hofstein dans Le Figaro
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