La trompe de chasse
DÉCOUVRIR LA CHASSE À COURRE – Héritage
La trompe de chasse
Origines de la trompe de chasse
La trompe de chasse puise ses origines et son répertoire dans l’histoire de la vènerie. Chasse à courre et trompe de chasse sont intimement liées et finalement indissociables. C’est le Marquis de Dampierre qui apporte la dimension musicale à la vènerie au XVIIIè siècle, grâce à la trompe de chasse. En 1723, en tant que gentilhomme des Menus-Plaisirs du roi Louis XV, il compose les premières fanfares de chasse, servant à donner des indications sur le déroulé de la chasse à courre. Aujourd’hui et depuis 2020, l’art des sonneurs de trompe est inscrit au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Unesco.
Initialement accordée en do et ressemblant à la trompette de cavalerie, elle a pris son ton actuel en ré dès 1705, en adoptant la longueur que nous lui connaissons aujourd’hui : 4,545 mètres. À ses débuts, elle était enroulée sur un tour et demi, avec un diamètre de 73 centimètres. Ce modèle a été appelé « à la Dampierre », en hommage à l’auteur des célèbres fanfares. En 1729, l’instrument a été modifié pour être enroulé sur deux tours et demi, avec un diamètre de 55 centimètres, et a été désigné « à la Dauphine ». La trompe dite « d’Orléans » a vu le jour vers 1818, conservant les mêmes caractéristiques que les versions précédentes, mais avec 3 tours et demi et un diamètre réduit à 35 centimètres.
Le rôle de la trompe à la chasse à courre
C’est à la fois un instrument de musique à part entière et l’unique moyen de communiquer du veneur. Répertoriées dans les recueils officiels de la Fédération Internationale des Trompes de France, il existe plus de 3 000 fanfares de chasse dont on distingue les fanfares d’animaux, de circonstances, de lieux et de maîtres. Chaque fanfare a une signification précise et lorsqu’il la sonne, le veneur indique aux autres les péripéties de la chasse dont il est témoin. Le « lancer » annonce que les chiens ont trouvé la voie (l’odeur) d’un animal ; la « vue » sert à prévenir que l’animal de chasse est vu et signale le sens dans lequel il va ; le « bien-aller » indique que les chiens chassent bien leur animal et les encourage.
La trompe de chasse inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco
En règle générale, l’intérêt du veneur réside dans l’art de chasser à courre et celui du sonneur dans l’art de sonner de la trompe de chasse. Ainsi, on peut sonner de la trompe de chasse sans jamais n’avoir chassé à courre. Mais sans vènerie, l’instrument n’aurait peut-être jamais vu le jour et perdrait une part importante de son caractère et de son accent propre. Réciproquement, depuis 1723, sans trompe de chasse, on ne chasse pas à courre. Pour cette raison, la Fédération Internationale des Trompes de France introduit dans ses statuts la notion de maintien des traditions, comme celle de sonner en tenue de vènerie par exemple. De nombreux compositeurs ont utilisé la trompe de chasse dans des œuvres symphoniques et de nos jours, elle est encore l’objet de nombreuses créations originales appelées « fantaisies ». Évoqué par Vigny, l’étonnant pouvoir de séduction de la trompe de chasse lui permet de pénétrer les cœurs les plus hermétiques, faire découvrir au public un monde qu’il n’aurait jamais entrevu sans cet instrument.
Héritage – suite
Patrimoine
DÉCOUVRIR LA CHASSE À COURRE – Héritage
Patrimoine de la chasse à courre
Assurer la pérennité de la vènerie, maintenir ce patrimoine culturel et cynophile vivant unique au monde, entretenir cette connaissance cynégétique exceptionnelle sont autant de missions et responsabilités qui incombent aux veneurs d’aujourd’hui. Chasser à courre au XXIe siècle n’est pas une démarche anodine, c’est même un acte engagé. Les veneurs sont en quelque sorte les dépositaires d’une tradition séculaire inestimable. Leur détermination est à la hauteur de cet enjeu, elle permettra aux générations futures de vivre les joies immenses des laisser-courre.
Patrimoine culturel
Les musées

Musée de la vènerie à Senlis (Oise)
Installé dans le logis du prieuré Saint-Maurice du XVIIIᵉ siècle, ce musée évoque la dimension culturelle et artistique de la chasse à courre. Il présente des tableaux, gravures, photographies, objets d’art et accessoires utilisés pour ce mode de chasse.

Musée de la chasse et de la nature à Paris (Ile-de-France)
Situé dans le Marais, ce musée prestigieux est consacré à la chasse sous toutes ses formes. Il propose une approche artistique, philosophique et historique de la relation entre l’homme et l’animal, avec une riche collection de peintures, sculptures, armes, trophées et objets de vénerie.

Musée du veneur au Château de Montpoupon (Indre-et-Loire)
Ce château privé abrite un musée dédié à la vénerie et aux traditions de la chasse à courre. Les collections comprennent des tableaux, équipements de chasse, uniformes et accessoires des équipages de vénerie. Les anciens chenils et écuries du château sont également visitables.

Musée du Château de Gien (Loiret)
Installé dans le château de Gien, ce musée retrace l’histoire de la chasse à travers des collections d’armes, trophées, documents et objets d’art liés à la vénerie. Il présente également une section sur la chasse au vol et la fauconnerie.

Musée de la vènerie de l’Abbaye du Val des Choues (Côte-d’Or)
Ce musée-opéra propose un parcours respectueux des grandes traditions de présentation, en y associant un nouveau regard sur la chasse à courre avec la contribution d’artistes contemporains de renom.
Patrimoine artistique
Depuis toujours les peintres animaliers se sont inspirés de ce thème. Aujourd’hui encore, l’explosion de la photographie, les très nombreux livres et essais consacrés à l’art de la vènerie et à sa pratique montrent combien elle inspire les artistes.
Les peintres
Voici une présentation de quelques peintres majeurs de la vènerie :

Alexandre-François Desportes (1661-1743)
Desportes est un des premiers grands peintres animaliers en France. Il est célèbre pour ses tableaux représentant des scènes de chasse, des meutes de chiens et des natures mortes avec du gibier. Il a travaillé pour la cour de Louis XIV et Louis XV, réalisant des commandes pour les châteaux royaux.

Jean-Baptiste Oudry (1686-1755)
Oudry est un peintre majeur du XVIIIe siècle, spécialisé dans les scènes de chasse et les animaux sauvages. Il a produit des œuvres monumentales pour les châteaux royaux et a illustré plusieurs ouvrages de chasse. Ses peintures sont marquées par un réalisme saisissant et une grande précision anatomique.

Charles-Olivier de Penne (1831-1897)
Peintre et illustrateur, De Penne est particulièrement réputé pour ses représentations de meutes de chiens et de scènes de chasse à courre. Ses œuvres montrent une grande maîtrise du mouvement et de la dynamique entre les chasseurs et les animaux.

Karl Reille (1886-1975)
Karl Reille est considéré comme l’un des derniers grands peintres de la vènerie. Il a consacré sa carrière à immortaliser les scènes de chasse à courre, les chevaux et les chiens avec une grande fidélité aux traditions et un style très expressif.
Ces artistes ont contribué à perpétuer l’image de la vènerie à travers leurs œuvres, qui restent aujourd’hui des références pour les amateurs de chasse et d’art.
Les sculpteurs
Les principaux sculpteurs de la vènerie sont :

Antoine-Louis Barye (1795-1875)
Maître de la sculpture animalière, Barye a excellé dans la représentation des animaux sauvages en action. Ses bronzes de cerfs, chiens et scènes de chasse sont empreints de dynamisme et de réalisme.

Christophe Fratin (1801-1864)
Contemporain de Barye, Fratin s’est spécialisé dans les sculptures d’animaux, souvent en mouvement. Ses œuvres comprennent des scènes de chasse et des meutes de chiens en pleine action.

Jules Moigniez (1835-1894)
Sculpteur prolifique, Moigniez est reconnu pour ses bronzes d’animaux, notamment les chiens de chasse et les gibiers. Ses œuvres sont très détaillées et souvent pleines de mouvement.

Pierre-Jules Mêne (1810-1879)
Mêne est l’un des sculpteurs animaliers les plus célèbres du XIXe siècle. Il a produit de nombreuses œuvres représentant des chevaux, chiens et scènes de chasse avec un réalisme impressionnant.
Patrimoine architectural
les Châteaux
Le patrimoine architectural de la chasse à courre est riche et varié, reflétant l’importance historique de cette pratique en France et en Europe. De nombreux châteaux ont été construits ou aménagés pour la chasse. Parmi les plus emblématiques :

Château de Chambord (Loir-et-Cher)
Commandé par François Ier, Chambord est entouré d’un immense domaine de chasse (5 440 hectares), toujours utilisé aujourd’hui. Son escalier à double révolution aurait été conçu pour que chasseurs et domestiques ne se croisent pas.

Château de Fontainebleau (Seine-et-Marne)
Résidence favorite des rois pour la chasse, Fontainebleau est entouré d’une forêt riche en gibier. Il possède une galerie des chasses et des pavillons disséminés dans le domaine.

Château de Compiègne (Oise)
Réaménagé par Napoléon Ier, ce château était un centre important de la chasse impériale. Il est entouré de la forêt de Compiègne, toujours fréquentée par les veneurs.

Château de Chantilly (Oise)
Haut lieu de la vénerie sous les Condé, Chantilly dispose d’un vaste domaine forestier et de chenils historiques.

Chateau de Versailles (Yvelines)
Le Château de Versailles et ses environs ont été un haut lieu de la chasse à courre sous l’Ancien Ré La chasse y était une activité essentielle de la cour, notamment sous Louis XIV et Louis XV, qui en étaient passionnés.
Les pavillons
Les pavillons et relais de chasse, souvent isolés en forêt, sont pour certains, de véritables joyaux architecturaux.

Pavillon de la Muette (Yvelines)
Construit pour Louis XV en plein cœur de la forêt de Saint-Germain-en-Laye, il servait de halte lors des chasses royales.

Pavillon de chasse du Roi à Rambouillet (Yvelines)
Ce pavillon a été utilisé par plusieurs souverains, dont Louis XVI et Napoléon Ier, pour leurs parties de chasse dans la forêt de Rambouillet.
Aujourd’hui, ces lieux continuent d’attirer les passionnés de chasse, d’histoire et d’architecture.
Patrimoine linguistique
La vénerie possède un vocabulaire riche et spécifique, héritage d’une tradition pluriséculaire. Ce langage technique et imagé s’est transmis à travers les générations de veneurs et reste en usage dans les équipages de chasse à courre.
Certains de ces mots très usités sont tombés dans le langage courant à travers des expressions que nous connaissons tous.
- « Être aux abois »
Signification : Être dans une situation très difficile, sans échappatoire, acculé par les circonstances.
Origine : En vénerie, un animal est « aux abois » lorsqu’il est cerné par les chiens de la meute.
- « Être d’attaque »
Signification : Être prêt à agir, dans un état d’esprit ou de forme optimal pour faire face à une situation ou à un défi.
Origine : Cette expression vient de l’idée que, dans la chasse à courre, un veneur ou un chien « d’attaque » est celui qui est prêt à « lancer » ou « attaquer » un animal.
- « Courir deux lièvres à la fois »
Signification : Tenter de réaliser deux objectifs ou de s’occuper de deux choses simultanément, souvent avec l’idée qu’on risque de ne réussir aucune des deux.
Origine : Dans la chasse à courre, on ne chasse qu’un animal à la fois pour multiplier les chances de le prendre. Si les chiens s’éparpillent, ils n’en prendront aucun.
- « Donner le change »
Signification : Tromper quelqu’un en lui faisant croire quelque chose qui n’est pas vrai, en donnant une fausse impression.
Origine : Cette expression vient de la chasse à courre, où l’animal se mêle à d’autres individus de la même espèce pour livrer un autre animal à sa place.
- « Prendre les devants »
Signification : Agir en anticipant, prendre une position ou une décision avant qu’une situation ne se développe.
Origine : Cette expression se réfère au fait de « prendre les devants » dans une chasse, en se plaçant à un endroit stratégique avant l’arrivée de l’animal chassé.
- « Être un fin limier »
Signification : Être une personne perspicace, capable de comprendre rapidement et de résoudre des problèmes complexes.
Origine : Un « limier » est un chien de chasse, en particulier un chien sûr de nez utilisé pour faire le bois les matins de chasse.
- « Mettre sur la voie »
Signification : Orienter quelqu’un, lui donner un indice ou une direction pour qu’il trouve une solution ou atteigne un objectif.
Origine : En vènerie, mettre les chiens « sur la voie » signifie les guider vers l’endroit où est passé l’animal.
- « Relancer quelqu’un »
Signification : Essayer de nouveau d’obtenir quelque chose de quelqu’un, reprendre contact avec lui.
Origine : Cette expression provient du fait de « relancer » l’animal après un défaut, c’est à dire quand les chiens ont perdu sa trace.
- « Prendre son parti »
Signification : S’engager sans revenir en arrière souvent après avoir hésité ou confronté diverses options, faire un choix définitif.
Origine : Dans la chasse à courre, « prendre son parti » signifie que l’animal emprunte une franche direction.
- « Être sur la bonne voie »
Signification : Être sur le bon chemin, dans une situation ou dans une réflexion qui semble mener à une conclusion ou à un succès.
Origine : Dans la vénerie, être « sur la bonne voie » signifie que les chiens suivent correctement la voie de l’animal de chasse. On dit aussi qu’ils chassent « dans le droit ».
Ces expressions illustrent bien comment le lexique de la vènerie a laissé son emprunte dans le langage courant, tout en enrichissant le sens des mots et des métaphores.
Patrimoine musical
Depuis toujours, les veneurs ont utilisé un instrument de musique pour communiquer entre eux. Ce fut d’abord le huchet, suivi de la corne, puis de différentes formes de trompes, jusqu’à l’apparition de la trompe d’Orléans, qui est encore utilisée aujourd’hui. Refusant d’utiliser des moyens électroniques modernes, les veneurs se servent de la trompe de chasse pour signaler les circonstances de la chasse, appeler ou appuyer les chiens mais aussi rendre hommage à l’animal lors de la curée. La trompe de chasse est un instrument à part entière, qui trouve également sa place dans des concerts musicaux.
La trompe de chasse est apparue vers 1680. Initialement accordée en do et ressemblant à la trompette de cavalerie, elle a pris son ton actuel en ré dès 1705, en adoptant la longueur que nous lui connaissons aujourd’hui : 4,545 mètres. À ses débuts, elle était enroulée sur un tour et demi, avec un diamètre de 73 centimètres. Ce modèle a été appelé « à la Dampierre », en hommage à l’auteur des célèbres fanfares. En 1729, l’instrument a été modifié pour être enroulé sur deux tours et demi, avec un diamètre de 55 centimètres, et a été désigné « à la Dauphine ». La trompe dite « d’Orléans » a vu le jour vers 1818, conservant les mêmes caractéristiques que les versions précédentes, mais avec 3 tours et demi et un diamètre réduit à 35 centimètres.
Héritage – suite
histoire de la chasse à courre
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Histoire
Prémices
La vènerie, née à la fin du Moyen Âge, a été popularisée par François Ier, passionné de chasse. À cette époque, les grands équipages royaux, comprenant des dizaines de gentilshommes et de veneurs, chassaient le cerf, le sanglier et le loup dans les forêts royales comme celles de Fontainebleau et Rambouillet.

La Vènerie Royale des Bourbon (XVIe – XVIIIe siècle)
Sous Henri IV, la chasse à courre se développe, notamment à Fontainebleau, où il crée un grand nombre d’équipages. Louis XV, fervent chasseur, organise jusqu’à onze équipages royaux, consacrés à différents gibiers, avec un budget annuel important. Sous Louis XVI, ces équipages diminuent en raison des préoccupations économiques avant la Révolution.

La Vènerie sous le Premier Empire (1802-1814)
Sous Napoléon Ier, la vènerie impériale prend son essor, avec un grand équipage impérial dirigé par des officiers prestigieux. Napoléon Bonaparte participe régulièrement aux chasses, marquant l’importance de la vènerie pour l’Empire.

La Vènerie sous la Restauration (1816-1830)
Louis XVIII et Charles X continuent la tradition de la vènerie, bien que le nombre d’équipages et de chasses diminue. La dernière chasse royale à courre a lieu avant la Révolution de Juillet de 1830.

Le Retour de la Vènerie Impériale (1852-1870)
Napoléon III renouvelle la grandeur des chasses impériales avec un grand équipage et une importante production artistique sur ces événements. Les chasses du Second Empire sont un moment important de la cour impériale.

Le Renouveau au XXe Siècle
Au début du XXe siècle, la vènerie connaît un renouveau malgré le déclin au XIXe siècle. Pratiquée par l’élite et la grande bourgeoisie, elle s’adapte aux évolutions sociales et techniques tout en restant fidèle aux traditions. La Première Guerre mondiale marque un tournant pour la chasse à courre en France.
Évolution au fil des siècles
La vènerie moderne est plus technique et plus restreinte en termes d’équipements, mais reste fidèle aux principes ancestraux. Les savoir-faire se sont affinés au fil des siècles, et la chasse à courre contemporaine perpétue cette tradition.
Aujourd’hui, la vènerie continue d’être pratiquée par des milliers de veneurs qui préservent un savoir-faire unique et respectent des règles codifiées. Elle demeure un élément culturel vivant dans les territoires ruraux, avec une forte présence lors des événements locaux liés à la nature et à la chasse.
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