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Teapot, cette chienne exceptionnelle !

Remarquable ? C’est-à-dire que l’on remarque, qui se distingue des autres, qui est exceptionnel ;

Les chiens de lapin doivent être courageux (il en faut du courage pour se faufiler dans les ronces ou les ajoncs !), créancés bien sûr (chez nous, il y a plus de gros gibier que de lapins !), très fins de nez (la voie du lapin est très légère), mais surtout, avoir la passion et l’intelligence de la chasse, penser « lapin » et, si possible, avoir une belle gorge. En somme être parfaits ! Autant dire que l’on n’a pas ce chien tous les jours.

Quand je repense à toutes les chiennes que j’ai élevées (on ne garde que les femelles), plusieurs me viennent à l’esprit. Celle que je choisis aujourd’hui pour illustrer ce propos s’appelait « Teapot ». Elle avait toutes les qualités que j’ai citées. D’excellentes origines de lapin de chez Philippe Boisseau, elle était bien dans le standard du Beagle.

Quand elle n’était pas à la chasse, elle avait presque l’air lymphatique. Souvent en liberté dans la cour, nous la surnommions  » le nain de jardin ». Elle pouvait rester assise au même endroit, là où l’on prépare la soupe, sans bouger pendant un temps infini, comme perdue dans ses pensées ou dans ses rêves. Mais attention, le jour de chasse, c’était un tout autre chien. Difficile de lui mettre son collier tellement elle se tortillait d’impatience. Première montée dans le camion pour partir, dernière au retour ! Teapot rapprochait à merveille. A peine descendue, elle avait déjà le nez par terre. Elle lançait un lapin rapidement et ne le lâchait plus. Mais malgré cet enthousiasme, elle restait très appliquée, ne surallant pas la voie, ne se laissant pas distraire. C’était souvent elle qui relevait les défauts compliqués. Elle avait cette intuition propre aux chiens remarquables : on avait l’impression qu’elle réfléchissait, toujours avec ce flegme qui la caractérisait. Quand les autres s’agitaient ou se décourageaient, elle respirait les feuilles une à une, les retournant parfois avec son petit nez. C’était un spectacle ! Tout le monde retenait sa respiration. Personne n’avait le droit, bien sûr, de la déranger.

Les lapins ne sont pas des animaux de grand parcours certes, mais ils ont le don pour emmêler leurs voies, passant plusieurs fois dans leur voie chassée, perturbant inévitablement les chiens. Teapot avait cette intelligence d’avoir compris cette ruse. Elle nous a souvent tirés de l’embarras. Un jour, alors que tout le monde voulait abandonner – cette fois-ci, c’est fichu ; on remet les chiens en meute pour rentrer – il manque Teapot. Plus perspicace que les autres (chiens et humains compris), elle n’a pas capitulé : toujours appliquée, elle a démêlé les voies, centimètre par centimètre.

Elle était du genre « Beagle cogneur », voix puissante que l’on reconnaissait bien. Inutile de dire qu’une telle chienne ne s’est jamais laissée tenter par la voie d’un sanglier ou d’une biche. Oui Teapot était excellente, mais ce qui la rendait remarquable c’était aussi sa « personnalité ». Son regard, ses yeux d’or nous parlaient, nous suppliaient parfois :  » alors, on y va ? » Nos chiens sont très proches de nous au lapin, les miens naissent à la maison, la complicité en est renforcée. Teapot avait ce caractère à la fois intelligent et affectueux qui jusifie l’adage : « le chien est le meilleur ami de l’homme ».

Lors d’une chasse, après une brillante saison, Teapot a eu un AVC. Mourir à la chasse, remarquable !