Fantasmes et Réalités

Abusant, comme à l’accoutumée, de tous les ressorts de la manipulation émotionnelle, nos opposants mettent actuellement en scène la mort de chaque animal dans un mélodrame de pacotille. Un jour, c’est un grand cerf dont on « pleure la mort » ; un autre, un daguet est pris pas les chiens et on salue « l’enfant-cerf » (sic) dont la vie a été tristement abrégée ; un autre encore, une biche se tue dans un grillage, et c’est une « maman » à qui les animalistes disent un dernier adieu dans un concert de pleurs, savamment orchestré. Tout ce cirque, largement répandu au-delà des strictes frontières de la chasse à courre, trouve écho dans l’opinion publique. Éloignés de la réalité de la vie rurale, nos contemporains sont prompts à s’émouvoir des théories les plus fumeuses, dès lors qu’elles stigmatisent la mort, qu’ils ont décidé de faire disparaître définitivement (eh oui !). Nos opposants l’ont bien compris ; ils en usent et en abusent. Le veneur doit y trouver l’opportunité de mieux faire comprendre son mode de chasse, et de livrer ici trois précisions :

 

  • Pour commencer, il faut rappeler que les nécessités d’un équilibre entre les activités humaines – essentiellement agricoles et sylvicoles – et le maintien d’une faune sauvage dans des espaces ouverts font une nécessité de réguler les populations de grands animaux. Cette régulation se fait, depuis 40 ans, dans le cadre de plans de chasse validés par les Préfets dans chaque département. Elle n’a pas vu diminuer les populations de grands ongulés ; tout au contraire, elles sont, globalement, en croissance constante. La vènerie apporte sa contribution à cette régulation à hauteur du nombre de chasseurs qu’elle mobilise. Se focaliser sur les quelques centaines d’animaux de chaque espèce, prélevés par les veneurs, témoigne donc de la part de nos opposants de leur méconnaissance des enjeux et de la vanité de leur combat.

 

  • Nos opposants ont voulu s’offusquer de ce que l’équipage qui avait pris un grand cerf dans l’Oise n’aurait pas « respecté les règles ». Mais c’est là une nouvelle démonstration de leur ignorance de la chasse à courre et de l’anthropomorphisme qui les égare. La chasse à courre ne satisfait pas à une « règle du jeu » comme un sport qui voit s’opposer des hommes. Il n’y a pas d’en-avant comme au rugby, ou de hors-jeu comme au football. Pas besoin de se repasser la vidéo pour qu’un arbitre décide s’il y a faute ou pas, et à qui va le ballon. La vènerie n’est pas un jeu humain, puisque la confrontation dont il s’agit voit s’opposer un animal sauvage chassé et une meute de chiens, secondée par les veneurs ; c’est ce qui en fait la chasse naturelle par excellence. On dit que les veneurs « servent » leurs chiens, comme un apprenti sert son maître ; le veneur sera l’éternel apprenti de ses chiens, car ils ont sur lui cet avantage exceptionnel d’un odorat beaucoup plus développé qui est leur meilleure arme. Et d’ailleurs, par-delà l’éthique d’une confrontation loyale entre la meute et l’animal chassé, les seules règles qui entourent strictement la vènerie sont celles qui régissent ses relations à son environnement humain et le respect des volontés des riverains de la chasse.

 

  • Parlons enfin du change, puisque nos opposants semblent s’y intéresser. Il ne s’agit pas, pour le rédacteur de ces lignes, de se substituer aux « grands maîtres », dont les enseignements nous sont relatés dans chaque nouvelle livraison de la revue Vènerie. Mais les nombreuses inexactitudes qui ont été proférées par nos opposants nous obligent à le définir. Le change, c’est le fait que la meute attaque un animal, le chasse un moment, et qu’elle se mette soudain à la poursuite d’un autre animal, frais, qui n’a pas encore été chassé. Le change est causé par les ruses de l’animal chassé, notamment quand il se harde, ou par l’indiscipline de la meute, si elle croise sur son chemin un autre animal. On comprendra aisément que la meute qui fait change se fatigue plus vite que les animaux frais qu’elle attaque successivement, réduisant d’autant la perspective de la prise, qui constitue bien la finalité de la chasse à courre. Mais il arrive aussi qu’un animal de change plaise plus à la meute, et les anecdotes sont nombreuses où les chiens délaissent l’animal attaqué mollement au profit d’un autre qu’ils chasseront d’enthousiasme, et prendront finalement ; et c’est toute la finesse du veneur que de savoir apprécier ces circonstances pour aider ses chiens à réussir.

 

Là où nos opposants prétendent « documenter » la chasse à courre, ils ne font que poser le prisme de leur vision fantasmée de la nature sur la plus belle des chasses. Leur obsession à s’exprimer sur le seul registre de l’émotion entretient ceux qui prêtent l’oreille à leurs divagations dans l’ignorance, cette ignorance qui a toujours constitué, pour les idéologies totalitaires, le meilleur moyen de s’attacher leurs adeptes. Il appartient à chaque veneur d’expliquer au public qui s’y intéresse ce en quoi consiste véritablement notre passion.

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