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Municipales 2020 : veneurs, engagez-vous !

Mes chers amis chasseurs,
Comme vous avez pu le constater un peu partout, l’opposition à nos valeurs rurales et à nos traditions s’affiche de plus en plus à visage découvert. Les résultats des élections européennes ont même donné des ailes à l’écologie politique qui s’imagine déjà diriger un maximum de villes et de villages dans quelques mois, piloter des régions en 2021 et gagner la présidentielle de 2022.

L’écologie dogmatique et intolérante qui veut mettre la nature sous cloche et exclure les femmes et les hommes de nos campagnes au nom du droit des animaux et de la nature se croit déjà majoritaire.

Les contre-vérités sur nos activités et notre passion nature sont devenues monnaie courante, et nous voyons parfaitement la stratégie de clivage de l’opinion publique qui se met en place.

Opposer les français, sur le principe que le mal c’est nous et les autres sont des gens bien, ne peut que nous interpeller sur l’avenir sombre qui en découlerait s’ils parvenaient au pouvoir. Au nom de l’écologie punitive, de l’antispécisme et du bien-être animal, nous devrions rapidement rivaliser avec les heures les plus noires de notre histoire. La diabolisation médiatique est leur moyen d’action, mais la destruction de nos choix et de nos modes de vie ruraux est leur principal objectif…

Je me bats chaque jour contre ce nouvel ordre moral, contre cette nouvelle religion verte en rejetant cette intolérance et cette haine affichées au nom de la défense de la nature et de la planète.

Nous aussi nous aimons la nature, nous aussi nous voulons une planète qui puisse garantir l’avenir de nos enfants, mais pas en prônant l’intolérance et le sectarisme.

La nature et nos terroirs sont à défendre avec passion car ils ne sont le monopole de personne. Ce sont d’abord ceux qui y vivent et qui en vivent qui peuvent le mieux en prendre soin et lutter contre les dérives sectaires qui nous menacent.
C’est pourquoi il faut que nous chasseurs, soyons mobilisés en mars prochain lors des élections municipales.
C’est d’abord à cet échelon de proximité que nous devons agir collectivement, pour ne pas laisser la place à ces nouveaux arrivistes de la nature et des terroirs.

Nous devons assumer le fait d’être des écologistes pragmatiques qui revendiquent leur appartenance à l’espèce humaine sans honte et sans tabou.

Nous ne pouvons pas laisser les conseils municipaux de nos villages et de nos villes devenir le terrain de jeu de ces faux amis de la nature et des animaux qui sont les vrais ennemis de l’homme.

C’est pourquoi je vous lance un appel afin que partout vous vous présentiez aux élections municipales.
Qu’importe votre étiquette politique car vous savez que notre force est d’être partout au sein de toutes les sensibilités politique pour faire comprendre et défendre nos valeurs rurales.

J’ai conscience que nombreux d’entre vous hésitent à s’investir ou à se réinvestir par manque de temps. Hélas, nous les ruraux, nous risquons d’avoir beaucoup plus de temps libre dans les années à venir si nous ne réagissons pas rapidement.

Vous êtes nombreux à me faire remonter vos craintes sur l’explosion de l’intolérance et d’une nouvelle morale malsaine de ceux qui disent aimer le monde rural mais qui contrastent y compris devant les tribunaux toutes nos pratiques. Le coq, le chien, les cloches des vaches ou du clocher, l’agriculture, l’élevage, la chasse, la pêche comme toutes nos traditions rurales, deviennent les têtes de turc de ceux qui ne comprennent pas notre mode de vie et nos passions.

Alors prenons chacun nos responsabilités, et commençons ensemble la reconquête de nos libertés, de nos traditions et de nos passions.
Pour cela engagez-vous dans la campagne des municipales pour que nous puissions toujours transmettre à nos enfants, ce que nous avons reçu de nos parents !
Vive la Ruralité!

Willy Schraen : voyage initiatique au pays des veneurs

Hier je me suis accordé un petit voyage initiatique chez nos amis les veneurs. Depuis longtemps, je m’étais engagé à aller découvrir cette chasse qui a fait couler tant d’encre et de salive. Après quelques ratés cette saison chez Hubert dans le Loir et Cher entre autres, pour cause de planning trop chargé, me voilà répondant à l’invitation du président de l’Oise Guy Harlé D’Ophove. Quoi de mieux dans le fond que de me rendre en Picardie, au cœur des problèmes, et de pouvoir même suivre deux équipages en chasse, à Compiègne et en forêt de Laigue.

J’arrive ce samedi matin au chenil du Vineux où les chiens piaffent d’impatience. Mais ma première rencontre, c’est avec les marcheurs de la chasse que je l’effectue, devant une tasse de café. Des marcheurs, me direz-vous, mais c’est quoi ces marcheurs ? C’est la nouvelle technique de la chasse à courre. A savoir, réunir des jeunes volontaires pour suivre non pas les chasseurs, mais les AVA ! Les fameux AVA, ceux qui veulent la fin de la chasse à courre. Je suis surpris par ces filles et ces garçons, leur détermination et leur courage. Certains sont veneurs et posent le pied-à-terre pour défendre leur passion, d’autres sont chasseurs mais dans d’autres modes de chasse, et les autres ? Les autres ne sont pas chasseurs, mais sont des passionnés de cette chasse qu’ils suivent chaque année depuis leur plus jeune âge, souvent en famille ou avec les amis. Ils sont plein d’enthousiasme ; ils parlent de leur passion, de leur combat pacifiste, et de ces journées particulières où leur rôle est de suivre et d’encadrer tous les AVA qui viennent entraver chasseurs et chiens. Un sacerdoce risqué où les noms d’oiseaux se mélangent aux crachats, aux intimidations ; mais la passion est là, pure, intacte, immortelle ! Moi qui n’y connais rien, je vois pourtant tellement de similitudes avec les autres chasses. Ils pourraient être huttiers, bécassiers, chasseurs de petits gibiers, chasseurs de chamois ou de tétras en montagne, paloumayres dans le sud-ouest ; bref je vérifie à nouveau que la chasse, ici comme ailleurs, se définit dans ce dénominateur commun de la passion et de l’amour de la nature.

Je fais la connaissance de Nicolas, un homme très sympathique qui va nous guider toute la journée. Nous partons pour le point de départ de la chasse, et là, c’est le deuxième choc. Il y a des dizaines de personnes le long des routes de la forêt. Et de kilomètres en kilomètres, ces dizaines deviennent des centaines ! On dirait que c’est le passage du tour de France qui se prépare pour le début d’après-midi. J’affirme naïvement à Guy que les AVA doivent être nombreux, mélangés dans toute cette foule. Il éclate de rire. « Mais non Willy, ces gens sont là pour la chasse ! »

Nous descendons enfin de la voiture. C’est le rapport des valets de limier qui commence et les chiens sont là, rassemblés en meute. Les chiens se taisent, les femmes et les hommes aussi, il n’y a plus que le rapport des valets de limier qui compte, et la foule est suspendue à leurs lèvres. Les nouvelles sont mauvaises, les animaux sont difficiles à localiser. Alain écoute, puis décide, mais ne révèle rien de ses intentions. Les fanfares s’enchaînent et commencent à parler aux hommes et aux chiens. Les codes sont là. La magie opère enfin, sans geste, sans parole, avec de la musique, tout le monde communique et les chiens sont les premiers à tout comprendre. C’est parti pour la chasse.

Maintenant je voudrais trouver les AVA, et Guy aussi ; je le sens impatient. Pourtant ma venue avait été éventée largement, mais rapidement nous comprenons la raison de leur absence, ils sont en forêt de Laigue ; France 3 s’y trouve pour faire un film sur eux. Nous filons là-bas, et laissons Alain dans sa quête du cerf. Nicolas prend maintenant les choses en main. Il connaît chaque mètre carré de ces forêts. Directeur adjoint d’une grande structure locale, il vit pleinement son amour de la chasse et de la forêt, depuis sa plus jeune enfance. Nous rejoignons rapidement la chasse voisine où une quatrième tête a déjà débuché devant les chiens. Nous nous arrêtons, nous écoutons, et la mélodie des chiens entre dans mes tympans. Je frisonne, je m’approche et j’essaie de décrypter ce langage tellement envoûtant. Nicolas sait déjà tout, le cerf retourne vers la nationale, il faut se déplacer car la chasse à courre va vite, très vite.

Nous croisons France 3, et bien sûr je vais vers eux pour m’exprimer devant les caméras. Refus catégorique, ils ne veulent pas m’entendre, c’est pour les AVA qu’ils sont là. Même pas surpris, nous les laissons continuer à filmer ce qui peut faire le buzz. Ils sont là pour cela, pas pour comprendre, mais pour abîmer médiatiquement les choses.

La chasse s’emballe, mais le cerf semble bien aguerri à cette pratique. Il donne le change en se mêlant de longues minutes à un daguet qui doit être bien embarrassé par ce nouveau compagnon. Les deux cerfs se séparent, et les chiens suivent le daguet. A la chasse à courre, on ne chasse que l’animal qui a été choisi au démarrage et aucun autre ! Il faut arrêter les chiens, et retrouver la voie du premier cerf. Les chiens relancent enfin le cerf d’attaque qui a une bonne heure d’avance maintenant. Il entre dans « le parc », endroit où de nombreuses biches se cantonnent souvent. Les chiens perdent la voix, et Florence se démène, parle à ses chiens, les encourage, et ils lui répondent. L’inquiétude qui s’installe entre les hommes et les chiens est alors plus que palpable. Tous les suiveurs attendent en retenant leur souffle, la chasse va t’elle se relancer ?

J’en profite pour m’attarder au milieu du public, et je discute. Je vois une petite fille qui n’a pas plus de 6 ou 7 ans, et qui affiche un regard désespéré. Ses parents qui l’accompagnent ne sont pas chasseurs, mais elle me répond du tac-au-tac, comme une pro de la question : « la chasse aura du mal à repartir, il y avait une voie de dégel ce matin, et c’est toujours difficile. De toute façon, il y a des papillons ce matin, et c’est pas bon pour la chasse. » Je la regarde, estomaqué, et lui demande si elle aime la chasse. Elle me répond avec toute la candeur de son jeune âge : « j’adore ça Monsieur ! ». Et l’hallali, tu en as déjà vu un ? « Oh oui, et c’est magnifique ! ». Je viens de prendre mon salaire comme on dit, ma petite tartine de bonheur qui me donne cette formidable énergie à me battre pour la chasse, toutes les chasses.

La chasse piétine toujours. Je dis à Nicolas qu’il est temps de trouver le chef des AVA. Il actionne son réseau, et le Stanislas B. est repéré à quelques centaines de mètres de nous. On y va. Je le vois sur un chemin avec 5 autres personnes, et une quinzaine de mes marcheurs de ce matin.

Le premier contact s’effectue, et je lui dis quel bonheur pour moi de pouvoir enfin regarder mon ennemi dans les yeux. Il me demande où sont mes gros bras du gibier d’eau. Le ton semble donné… Mais moi je ne veux pas d’un échange vindicatif et stérile, je veux comprendre ce qui amène ces gens à entraver la chasse comme ils le font ? Mes premières questions le déstabilisent sûrement un peu, mais on a vite la réponse, « c’est féodal ». Ah la lutte des classes et la chasse ! Les sentiments d’extrême gauche sont palpables et les arguments de La France Insoumise semblent bien rodés. Pourtant c’est bien là qu’un premier mensonge éclate à mes yeux depuis ce matin : la chasse à courre est extrêmement populaire, et toutes les classes sociales sont bien présentes, que ce soit sur les chevaux ou au bord des chemins. Les soi-disant barrières sociales n’existent pas ici, et les gens se saluent tous par leur prénom. Je l’ai vérifié le matin quand Alain Drach, fils de Monique de Rothschild, se déplace sur son cheval, que les « salut Alain ! » pleuvent, et qu’il répond à chacun d’entre eux.

Rapidement la fille qui se tient à ses côtés change l’orientation du débat sur le côté barbare de la chasse à courre, et les conneries pleuvent. « Comment peut-on de nos jours accepter que des chiens dévorent un cerf vivant ? » Poursuivre depuis deux ans les chasses pour dire de telles conneries, c’est du lourd ! Non les chiens ne dévorent pas le cerf, ça c’est le travail du loup ou de l’ours, mais pas des chiens. Rapidement le débat tourne court, car les arguments manquent cruellement. Je suis déçu de la qualité de mes interlocuteurs, qui sont, dans le fond, des gens sans grand intérêt, mais qui ont trouvé un moyen d’exister. Cela n’en est d’ailleurs que plus grave, car ça veut dire que s’ils lâchent, ils retourneront se morfondre dans l’anonymat.

France 3 essaie enfin de faire quelques images de moi, maintenant qu’ils ont vu de loin que le contact avait eu lieu… petits joueurs !

La chasse ne repartira pas, et Florence sonne la « Rosalie ». Nicolas me donne les paroles, et elles ont ce petit côté grivois qui les rendent délicieuses : « Rosalie prépare mon lit… » bref tout un symbole. Nous apprenons que chez Alain le résultat est le même, et que la chasse qui maltraite et fait tant souffrir les animaux a encore perdu. Après une heure de chasse, et avec un cerf en pleine force de l’âge, les chiens sont perdus par ses ruses et sa force physique. Car dans le fond, la chasse à courre, c’est vraiment la plus simple expression de la sélection naturelle et de la complexité à comprendre les stratagèmes de la nature.

Il est temps de saluer tout le monde et de reprendre la route du Pas-de-Calais. De remercier Alain, Florence, Nicolas, Guy et tous les autres. Nicolas qui, en professeur expérimenté, aura passé toute sa journée à m’expliquer tous les codes et tous les langages de cette chasse magique, où, sans parole et sans geste, on comprend tout ce qui se passe par la magie des messages qui sortent des trompes de chasse. Je suis déjà sur l’A26, et je repense à cette journée qui m’a fait comprendre que cette chasse est vraiment magnifique, que comme toutes les autres, elle est pleine de passion, d’histoires et de traditions, que son évolution doit se faire avec l’évolution de la société, mais que jamais nous ne devons perdre une telle richesse, un tel bonheur !

Cette chasse, comme d’autres, est l’héritage précieux de l’intelligence de l’espèce humaine, où, en l’absence d’une arme à feu, le travail long et complexe de notre génétique, a fait que des hommes s’élevèrent en intelligence pour attraper les animaux. Que ce soit avec des chiens pour la chasse à courre, que ce soit avec des bâtons et de la résine pour les gluaux, que ce soit avec des lacets de crin de cheval pour les tenderies, ou que ce soit avec des pierres et des bouts de bois pour les matoles, rien ne peut et rien ne doit jamais faire disparaitre ces modes de chasse qui ont permis à l’espèce humaine d’être ce qu’elle est devenue. Les oublier ou les détruire, reviendrait à mentir aux générations futures, et à nous mentir à nous-mêmes.

Allez, on arrête là les grandes phrases, je suis simplement heureux, le cœur léger, et je me dis que toutes les chasses sont extraordinaires. Désolé les veneurs si mon approche technique reste sûrement imparfaite et si les mots que j’emploie le sont peut-être à mauvais escient, mais je n’ai pris que ma première leçon de chasse à courre, et je sais déjà maintenant qu’il y en aura d’autres…

Longue vie à la chasse à courre et merci pour le bonheur que vous m’avez donné.