Reconnaissons-le ; les veneurs ont un véritable talent pour exprimer les ressorts de leur passion lorsque l’occasion leur en est donnée ; la revue de presse livrée dans chaque Lettre des Amis de la Vènerie nous en donne des exemples toujours renouvelés. Mais parmi les atouts mis en avant par les pratiquants de la chasse à courre, il en est un qui me semble hasardeux : la tradition.

La tradition a-t-elle la faveur de nos contemporains ? Dans un pays qui a connu quatre révolutions en un siècle, qui a vu naître Mai 68, les Nuits (à dormir) Debout et où 250 000 gilets jaunes se mobilisent spontanément pour gronder aux grilles de l’Elysée, la tradition symbolise l’ancien monde, coupable tout désigné au pilori médiatico-progressiste dont la bien-pensance règne en maître.

Des traditions, faisons table rase ! D’autant que la vènerie du XXIème siècle ne correspond plus en rien aux images éculées qui ne perdurent plus que dans l’esprit de nos opposants les plus étriqués. Au contraire, elle est riche d’une dynamique nouvelle, recrute dans tous les milieux socio-professionnels et accueille tous ceux qu’elle intéresse.

S’il apparaît donc urgent de renoncer à en appeler à la tradition, il n’en va pas de même de nos rituels. Nos rituels formalisent nos valeurs et notre éthique ; ils sont constitués de représentations plus ou moins symboliques qui confèrent aux différents moments de la chasse une gravité particulière. Les rituels sont de tous les instants. Ils rendent hommage à chacun des acteurs de la journée de chasse : les veneurs, invités, invitants et suiveurs qui se retrouvent au rendez-vous, les valets de limier qui donnent leur rapport devant l’assemblée réunie, les chiens qui partent les premiers à la brisée sous la conduite de celui qui les sert, l’animal de meute sonné à son passage, et que les veneurs saluent en se décoiffant à sa prise. La curée elle-même est un grand rituel qui donne à revivre les moments de la chasse, rend hommage à l’animal pris et honore l’invité de marque.

Parmi ces rituels, il en est un qui me touche particulièrement ; celui qui consiste, à la curée, à tourner la tête de l’animal vers le chenil, comme un dernier regard, un ultime pont, entre la meute des chiens d’ordre et l’animal sauvage vaincu.

Oh, bien sûr, on peut sans doute prendre des animaux sans ces rituels, comme manger sans couverts, s’unir sans se marier, vivre sans rire, jouir sans entrave et mourir sans obsèques.

Mais nos rituels confèrent à la vènerie, comme à la vie en général, une solennité et une signification qui constituent peut-être les meilleurs atouts de sa pérennité. Ils hissent la chasse à courre au rang d’une célébration, celle qui voit la rencontre du monde sauvage et du monde civilisé.

Soyons fiers de nos rituels !

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Les rituels
Par Céline Anaya Gautier . Extrait du livre Chasse à courre, à la croisée des mondes
« Qu’elle que soit leur ancienneté, c’est dans la répétition et la transmission des gestes, des mots, des règles, que les rituels puisent leurs fondements. Si on les retrouve au cœur d’une pratique comme la chasse à courre, chasse après chasse, ils sont également les marqueurs d’un chemin de vie. Et mon existence en a été et en est chaque jour encore jalonnée.»
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