La vènerie, un art plus vivant que jamais
Les faits sont éloquents : Il n'y a jamais eu autant d'équipages - plus de quatre cents dans la longue histoire de ce mode de chasse. Au cours de la dernière décennie, il s'en est créé plus de vingt par an. De même n'y a t'il jamais eu autant de pratiquants et de sympathisants. En 2010, plus de 10.000 ''boutons'' portent la tenue d'un équipage et quelques 100.000 suiveurs passionnés sont régulièrement présents lors des chasses ! Ce phénomène, tout autant cynégétique que sociologique, est unique au monde.
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La chasse à courre n'a pas d'âge. Ou plutôt, chaque époque a la sienne, qui est un maillon dans une longue chaine. L'usage du chien courant pour poursuivre et appréhender des animaux sauvages est aussi ancien que la civilisation. Les Grecs du Vè siècle avant Jésus-Christ étaient de fervents adeptes de ce qui était déjà décrit par Xénophon comme une science et un art. Depuis le début de notre ère, la vènerie a traversé toutes les époques et tous les chocs de l'histoire. Il y eut d'abord les Gaulois, grands adeptes de chiens courants, qui initièrent les Romains. Puis au Moyen-âge, dont Charlemagne reste la figure de proue, on a vu apparaitre les premiers traités de chasse. Vint la Renaissance, où du Fouilloux fut le génial et succulent porte-parole des veneurs. A partir du XVIIème siècle, la science des veneurs et la pratique du courre furent portées à un degré de raffinement jusque là inégalé. Après les turbulences de la révolution, la chasse à courre finit le XIXème siècle dans une sorte d'état de grâce. Un scénario voisin se répète au XXème siècle : d'abord éprouvée par les deux guerres, où elle a bien entendu cessé, elle connait depuis les années 60 un nouvel épanouissement.
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Formidable vitalité si l'on sait qu'il y a davantage d'Equipages en ce début de XXIème siècle, qu'il y en avait avant la guerre de 1914.
Ce qui attire en elle l'homme moderne, c'est qu'elle lui ouvre les portes d'un univers authentique. Car, tandis qu'elle évolue d'un point de vue sociologique, elle reste immuable sur un plan technique.
Les défenses de l'animal chassé, quel qu'il soit, n'ont pas changé depuis l'origine des temps. Pour les vaincre, le chien emploie des ressources qui ne changeront pas d'ici la fin du monde. Et les qualités d'un bon veneur ne sont pas différentes aujourd'hui de ce qu'elles étaient il y a 5 siècles. Armé seulement de son sens de la chasse et du chien, il est entièrement soumis aux forces de la nature - à commencer par la météorologie - et n'a d'autre moyen de se déplacer que ses deux jambes ou les quatre pieds de son cheval. Dans le laisser-courre, les produits de la modernité n'ont pas de place. La chasse à courre est une colonne du temple de la nature éternelle. C'est ainsi que ceux qui consacrent le meilleur de leur temps à la forêt et aux chiens se sentent à la fois retrempés dans un monde intemporel et lavés de toutes les turbulences du quotidien contemporain.
Face à la modernité, la vènerie est un témoin planté une fois pour toutes. Assurer sa pérennité, c'est plus que préserver un patrimoine, c'est conserver la mémoire vivante de ce que fut la relation de l'homme à la nature pendant la plus grande partie de son histoire. Elle constitue une vraie richesse de toujours, que les veneurs actuels sont fiers de porter.
Une activité populaire
La chasse à courre s'est ouverte depuis une cinquantaine d'années à un public vaste et passionné. La quasi-totalité des équipages est aujourd'hui constituée en associations dont les membres, à l'image des sociétaires de clubs sportifs, paient une cotisation. Ces cotisations sont du même ordre de grandeur qu'une action dans une chasse à tir (de 150 à 3000 euros). Le nombre global des membres des équipages (cotisants et bénévoles) est d'environ 10 000. Le nombre de suiveurs est dix fois plus élevé entre les assidus (30 000) et les occasionnels (70 000). Ils sont toujours plus nombreux parce que sans nul doute, la vènerie a toujours su accueillir gratuitement les suiveurs qui le souhaitaient à condition qu'ils respectent les règles de la chasse.